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Publié le 01/12/2005

« Noctivores » de Stéphane BEAUVERGER

EDITIONS LA VOLTE, NOVEMBRE 2005

Par Daylon

Rappelez-vous : il y a quelques mois, Stéphane BEAUVERGER débarquait dans le petit monde douillet de la SF avec une œuvre que d’aucuns comparèrent à une bombe littéraire. Une mine qui irait vous arracher les tripes, de par son univers en déliquescence et la brutalité de son propos. Une bombe, baptisée "Chromozone", lâchée par un touche-à-tout décidément bien ancré dans son temps [on lui doit des créations dans l’audiovisuel, la bande-dessinée...], mais qui n’était pas dénuée de maladresses et de défauts. Des scories qui avaient laissé plusieurs lecteurs [et j’en fais partie] sur le carreau.

Puis vint la suite. "Les Noctivores". Verdict en nuances.


« Avance rapide. »

Une grosse poignée d’années ont passé sur notre belle France apocalyptique et bien des choses ont changé. Sur les tombes des héros de « Chromozone » poussent les fleurs d’une évolution à deux vitesses. Tandis que Peter Lerner continue à développer ses très hautes technologies, les groupuscules à tendance mafieuses se sont regroupés à Marseille sous la houlette du mutant Khaleel. Coté Ouest, les renégats du premier épisode se terrent à Ouessant... Les choses changent, et arrive un nouvel être : Cendre. De la graine de prophète aux pouvoirs tout sauf naturel, chaperonné par une secte chrétienne. Un être évolué qui ne sera pas sans attirer l’attention des différentes factions. Une guerre pour un nouveau pouvoir s’annonce.

« Interface #2 »

Grosse nouveauté : si l’illustratrice n’a pas changé, force est de constater [et saluer] la très nette évolution de la maquette. Exit les compositions numériques hideuses. Voici venir des inserts infiniment plus élégants, s’intégrant parfaitement dans le texte. Adieu les effets tapageurs, bienvenue aux illustrations discrètes. On regrettera peut-être le coté « récup’ sur Internet » des images [trop compressées], mais cela ne gâchera pas le plaisir du lecteur.

Changement aussi du coté de la structure narrative : l’histoire s’axe sur un découpage [peu rigoureux, d’ailleurs] par personnage. Du même genre que ce qu’on a pu lire chez Jeff VANDERMEER dans son extraordinaire « Veniss Underground ». Mais là où l’auteur américain jouait sur ce détail pour jeter la confusion sur l’issue de l’histoire, BEAUVERGER ne profite pas de ses points de vue de manière stricte ; plus comme des faire-valoir au contexte.

En plus de ces mouvements, nous croisons à intervalle régulier les « interfaces » : descriptions hallucinées d’une pensée dématérialisée... Mais là encore, on doute un peu.

« Puzzle, face cachée. »

On se plaint, mais il faut bien l’avouer : coté ambiance, BEAUVERGER est à son affaire ; maîtrise parfaitement son monde, ses mécaniques, pour nous retranscrire un magma acide de violences et de haine. Grande réussite de ce point de vue, BEAUVERGER vient jouer avec le sourire dans une cour malsaine ; dominée par un JETER tout puissant et un peu délaissé sous nos latitudes [on pourra toujours citer malgré tout des gens comme HOUSSIN -disparu du fandom, paix à son âme- ou DI ROLLO]. « Je les emmerde. Ma crasse les emmerde. Et je pisse sur leurs matelas king size. »

Mais est-ce que cela suffit pour faire un grand roman ? Hélas, non.

J’ai passé plusieurs jours à réfléchir comment j’allais amener ma conclusion ; quel jugement je donnerai au final. Car clairement, on CROIT en Stéphane BEAUVERGER. C’est toute une culture graphique qui semble assimilée. Dans ces deux premiers tomes, on croise des véritables archétypes, des identités. Il est évident que cet auteur est capable de quelque chose. Et il le fera ; on l’espère. Mais « Noctivores » souffre des mêmes problèmes que son grand frère « Chromozone » : Aussi incroyable soit-il de par son ambiance ; même envoyé comme un uppercut dans sa mâchoire, on ne peut s’empêcher de penser en tant que lecteur que BEAUVERGER se joue de nous.

Il nous décrit un univers complexe, mais aux fortes odeurs de colle néoprène ; de carton pâte. Le décor apparaît factice, creux. Le point où la science-fiction dite « prospectiviste » ne pardonne pas : décrire des technologies futures nécessite un minimum de crédibilité... Notion absente de ce diptyque [et future trilogie]. Rappelons par exemple les phéromones au comportement de particule élémentaire dans « Chromozone ». Notons aussi le revirement « mystique de bazar » de Noctivores [qui rappelle un tantinet BORDAGE, le côté doucement naïf en moins].

Pire : « Noctivores » paraît, au final, vain. On referme le livre sans rien en retirer d’autre qu’un « la suite dans le prochain épisode ». Et ainsi tombe la phrase fatidique : Tout ça pour ça ?


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« Je m’attendais à quelque chose de plus grand, dit le garçon. » « Noctivores » est une galerie d’un panthéon original. Mais à moins de vraiment vouloir la suite [les suites, donc], passez votre chemin.

Nous, on patientera jusqu’au prochain projet. [doit-on rappeler que « Chromozone » et « Noctivores » s’inscrivent dans une trilogie dont le dernier tome est prévu pour le courant 2006 ?].