C’est la dernière ligne droite avant le grand gâchis annuel de papier cadeau : alors, besoin d’une ultime idée pour combler votre grand frère geek ? Envie de se faire plaisir ? Curieux de vérifier que vous n’avez rien loupé du meilleur de la littérature science-fiction-fantasy-fantastique de 2010 ?
Notre sélection du Noël Imaginaire 2010 est faite pour vous...


100% SCIENCE-FICTION

Starfish de Peter Watts, roman des abysses, huis-clos cinglé qui confirme l’immense talent de cet auteur Canadien. Au menu : anatomie humaine complète, biologie des grands fonds, tectonique et biochimie des plaques, neuroprogrammation, pathologies comportementales, le tout, on l’avoue, à un niveau de précision difficile à évaluer par le novice - mais récompensé par un final jubilatoire. Par l’auteur du déjà très remarqué Vision aveugle

Singularité de Stephen Baxter, second volet du Cycle des Xeelees. Un ingénieur-physicien amoureux de l’espace et solitaire affronte la race supérieure des Qax dans une course-poursuite temporelle à couper le souffle. Chaudement recommandé.

La plage de verre de Iain M. Banks se déroule sur la planète Golter, dotée d’un système gouvernemental qui a tout de la vieille royauté anglaise, avec baronets ridicules et castes religieuses obscurantistes. Une guerrière poursuivie par une secte apocalyptique va devoir reformer son ancienne équipe et partir en quête de différents objets pour s’affranchir d’un passé gênant. Pas le plus pointu des romans du grand Iain M. Banks, mais du Banks quand même.
À noter également la parution du recueil L’essence de l’art, traduction in extenso du recueil The State of the Art.

Sous des cieux étrangers de Lucius Shepard, recueil longtemps attendu de cinq nouvelles formidables par l’un des auteurs les plus audacieux du genre.


100% SF FRANCAISE

Le monde enfin de Jean-Pierre Andrevon. Un virus a quasiment éradiqué l’humanité en quelques semaines. Très peu de survivants. Un officier français cryogénisé se réveille d’une réalité virtuelle peu enthousiasmante pour découvrir un monde neuf où l’humanité n’a plus cours. Des astronautes redescendent sur Terre en plein Paris pour y trouver la capitale vidée de ses habitants, hantée par des lions et les hippopotames... De Paris à New York en passant par Avignon, les rares humains sont confrontés à leur flagrante absence d’avenir... Poétique et parfois douloureusement crédible.

Le Tueur venu du Centaure de Jacques Barbéri. Plusieurs lignes narratives a priori indépendantes s’entrecroisent le temps de courtes scènes d’exposition : on y devine les prémices d’une révolution extra-terrestre, on croise en un éclair Katleen Slobovtna et Harry Botkine (déjà au cœur de l’intrigue de La Mémoire du crime) et l’on devine rapidement que l’équipe scientifico-militaire (?) chargée d’installer de mystérieuses portes risque de déclencher une catastrophe. Car, dans l’ombre, une horde de démons attend son heure.
Sans conteste l’aboutissement d’un de nos créateurs de mondes les plus originaux.

Cygnis de Vincent Gessler Bien longtemps après la fin du monde, les vestiges de l’humanité vivent au sein d’une civilisation retournée à la nature ou presque. Fouisseurs, trappeurs, marchands itinérants, villageois sédentaires et autres troglodytes doivent se garder de périls divers - et des robots en maraude. Syn, jeune trappeur accompagné d’un loup mi-naturel, mi-synthétique, erre en marge des communautés humaines... Un premier roman qui a créé la surprise, Prix Julia Verlanger 2010 et Prix Européen Utopiales 2010.

May le monde de Michel Jeury, retour du grand Jeury après plusieurs années de silence science-fictionnesque. Une petite fille en convalescence dans la vaste propriété de son grand-père, à l’orée d’une forêt, invente des aventures imaginaires dans l’attente du résultat de ses analyses médicales. Pour un peu, on se croirait dans un roman de la Comtesse de Ségur, l’ombre de la Faucheuse en plus. Car, le lecteur le découvre peu à peu, May agonise dans une chambre d’hôpital. Mais il n’est pas dit que la Mort ait le dernier mot. En effet la petite fille habite un univers parallèle au nôtre, le Monde 1 situé sur une autre branche parmi une infinité d’autres peuplées de nos innombrables doubles. Et certains ont trouvé le moyen de voyager entre les mondes…
Une recherche formelle qui n’exclut pas l’humour et une subtile gravité. On sort ému de la lecture de ce roman.


100% UCHRONIQUE

Le fleuve des Dieux de Ian McDonald. Né du démantèlement de l’Union indienne, le Bhârat et sa capitale Vârânasî concentrent tous les maux : un parti fondamentaliste hindou xénophobe et technophobe, un nationalisme enflammé, une grande misère et un antagonisme larvé entre communautés... Le destin de neuf personnages tresse l’intime et la géopolitique, l’humain et les technosciences. 600 pages qui se dévorent d’une traite.

Les Démons de Paris de Jean-Philippe Depotte. Dans une Belle-Epoque fantasmée, à l’instar des feuilletonistes, Depotte imagine un thriller trépidant, convoquant les ombres de Lénine, de Fulgence Bienvenüe, du préfet Lépine, et de Raspoutine pendant que s’exhalent les vapeurs méphitiques d’invocations démoniaques. Un roman qui n’hésite pas à violer l’Histoire afin de lui faire de beaux enfants.

Le Club des policiers yiddish de Michael Chabon Prix Hugo 2008, ce roman de l’épatant Michael Chabon mêle scénario de roman noir, influences comics et univers uchronique : après guerre, les juifs d’Europe de l’Est se sont vus offrir un morceau d’Alaska par Franklin D. Roosevelt, et c’est dans ce pays glacé que Meyer Landsman, flic solitaire et têtu, va chercher à percer l’énigme d’un meurtre. Drôle, désespéré, habile avec les mots et le néo-vocabulaire de cette diaspora du grand nord, Le Club des policiers yiddish est un roman noir glacial et délicieux d’intelligence.

Oussama de Norman Spinrad. Dans ce futur indéterminé, l’Umma réunifiée rassemble pays arabes et Pakistan. Un Islam conquérant et rigoriste appelé à dominer le monde, les pétrodollars et l’arme atomique pourvoyant à son indépendance. Reste à vaincre le Grand Satan incarné par l’Occident chrétien et surtout les États-Unis, l’hyperpuissance technologique combattant par drones et robots interposés.
L’auteur américain use de l’uchronie comme d’un vecteur politique, une arme de réflexion massive, certes décalée dans le futur, où l’ironie se conjugue à la satire pour inciter à réfléchir et proposer une autre lecture de notre présent.


100% AU-DELÀ DU RÉÉL

Cleer de L.L. Kloetzer. Cleer. Be Youself. Charlotte Audiberti et Vinh Tran se rencontrent au bas de la grande tour de verre et vont en gravir les étages, à force de missions. Ils appartiennent à la branche « Cohésion Interne » du Groupe, sorte de cellule de gestion de crise. Quatre missions renforceront leur duo et feront évoluer leurs compétences parallèlement à leur progression dans la pyramide hiérarchique très structurée de Cleer. Assurément atypique, ce roman novelliste dérange les genres et tient ses promesses.

CosmoZ de Claro. Ce n’est pas une réécriture du mythe moderne de L. Frank Baum (The Wonderful Wizard of Oz) ou du film de 1939 crédité à Victor Fleming. Ce monde d’Oz, ces personnages pétris d’optimisme et de volonté, tout cela demeure intact, puissant, féerique. L’optimisme de ces œuvres persiste et, par l’intermédiaire de CosmoZ, se confronte à la violence du monde, à la modernité, aux guerres et aux massacres des cinquante premières années du vingtième siècle.
Immense, violent, capital.

Le Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite. Pirate Sans Nom est une énigme. Le mystérieux forban au pavillon blanc ne serait-il qu’un rêve d’or, de rêves et de sang ? Son existence problématique guide pourtant la plume de Jean-Claude Marguerite et fournit l’accroche d’une œuvre monumentale, dans la plus impressionnante acception du terme. Un roman bâti comme un puzzle, un livre foisonnant où l’aventure maritime, les références à l’Histoire, côtoient mythes bibliques et païens.

Le Don de Patrick O’Leary Hanté par la mort ses parents, accablé d’une surdité soudaine, le jeune roi Simon est miraculeusement guéri par un étrange apprenti sorcier : l’Huissier de la Nuit. Mais ce dernier le dote en prime de la capacité d’entendre toutes les pensées à des kilomètres à la ronde. Rendu fou par la prolifération et la stupidité des pensées de ses sujets, Simon choisit l’exil, s’initiant aux arcanes de la magie, animé par l’aveugle espoir de briser sa malédiction.
Un splendide roman, audacieux dans ses mots et ses thématiques, proche de la fantasy adulte d’Ursula Le Guin ou de Gene Wolfe.


100% INFERNAL

Evadés de l’Enfer de Hal Duncan. Quatre personnages que tout oppose trouvent la mort. C’est la vie. Un gangster noir, maniaque de la gâchette, prêt à n’importe quoi pour survivre, un jeune homosexuel athée, un vieux clochard suicidé au passé douloureux et une prostituée passée à tabac par son maquereau. Réveillés sur l’embarcation qui traverse le Styx, ces quatre anti-héros sont évidemment conduits en enfer. Une série B explosive, blasphématoire et dérangeante.

Jakabok de Clive Barker. Le jeune Jakabok est élevé à la dure par un père brutal et une mère exigeante, obligé d’échapper sans cesse aux bandes qui parcourent la cité, il n’a pour unique refuge que l’écriture. Jakabok est en fait un jeune démon tout ce qu’il y a de plus laid. Son destin bascule le jour où son père met la main sur des fragments de son journal. Fou de rage, il immole ces écrits blasphématoires et défigure Jakabok par la même occasion. Ce dernier doit prendre la fuite pour échapper à la mort. C’est là qu’il tombe dans un piège tendu par des humains partis à la pêche aux démons et qu’il finit par arriver à la surface...
Une œuvre percutante et maîtrisée, qui laisse apparaître en filigrane toute la foi de Clive Barker en la puissance de la littérature.

Laisse-moi entrer de John Ajvide Lindqvist. Oskar a 12 ans, il vit seul avec sa mère au coeur d’une banlieue glacée de Stockholm. Il est martyrisé par trois adolescents de son collège. Eli emménage un soir dans l’appartement voisin. Un homme l’accompagne. Eli sort le soir, semble ne craindre ni le froid ni la neige et exhale une odeur douceâtre et indéfinissable. Une magnifique et sanglante histoire d’amour et d’amitié entre deux êtres désespérément seuls et différents.

Monstre, une enfance de Frédéric Jaccaud. Juin 1986 : de jeunes enfants s’ennuient dans la chaleur de l’été, cherchent quelque jeu innocent pour combler leur désarroi. 2048 : un vieil homme incarcéré dans un établissement aux motivations troubles doit écrire sa vie, son enfance, tout ce qui permettra de comprendre les meurtres qu’il a commis dans son passé. Deux recherches, l’une naïve, l’autre sordide, révèlent peu à peu une tragédie commune et la folie d’un homme...


100% RÉÉDITION INDISPENSABLE

World War Z de Max Brooks. La Guerre des Zombies a bien eu lieu. Dix ans de conflit suivis d’une longue reconstruction. L’humanité a remportée la victoire. Mais à quel prix ?
C’est pour répondre à cette question que le narrateur écrit ce livre, version longue du rapport établi pour l’ONU. Des premiers symptômes à la victoire — si elle a jamais eu lieu — en passant par toutes les grandes phases stratégiques, il nous décrit cette guerre terrible, esquissant au passage traumas et conséquences pour notre civilisation. L’invasion zombie tourne à la farce gore, avec réalisme et même un certain sens de la tragédie. Inattendu, bien fichu, un des grands succès de l’année.
A conseiller, du même auteur le Guide de survie en territoire zombie lui aussi réédité en Livre de Poche.

La fille dans le verre de Jeffrey Ford. En 1929, aux USA, un charlatan/magicien/médium de génie, aussi élégant qu’intelligent, dépouille de leur argent des riches désoeuvrés en les faisant communiquer avec les morts. Les choses prennent une tournure différente le jour où l’homme, en pleine séance de communication avec les esprits chez de riches new-yorkais, aperçoit pour de vrai le fantôme d’une petite fille.
Un vrai bonheur de lecture, intelligent, drôle, décalé et subtil.

Péninsule de Michael Coney. Joe Sagar élève des slictes. La peau de ces reptiles sert à faire des bracelets et des vêtements. Elle a l’étrange capacité de changer de couleur selon les émotions de celui qui la porte. Cette propriété intéresse beaucoup sa voisine Carioca Jones, une ex-star de cinéma.
Joe n’est pas débordé de travail. L’essentiel étant effectué par sa PDC. PDC comme pièce détachée corporelle. Un prisonnier qui a choisi de voir réduire sa peine d’un tiers en devenant le serviteur d’un homme libre. A ceci prêt qu’en cas d’accident, toute greffe d’organe, de membre ou autre sera prise sur la PDC.
Le chaînon manquant entre la poésie du J.G Ballard de Vermilion Sands ou le Christopher Priest de L’archipel du rêve et la noirceur de Thomas Disch ou Thierry Di Rollo.

Shutter Island de Dennis Lehane. Dans les années 50, les marshalls Teddy Daniels et Chuck Aule débarquent sur Shutter Island. Cet îlot déchiqueté, au large de Boston, abrite un hôpital psychiatrique pour fous dangereux. Une femme s’en est mystérieusement échappée.
Un polar gothique pour amateurs d’angoisse, qui bascule dans le fantastique paranoïaque... certainement parmi les meilleurs du genre, ces dix dernières années.


100% CLASSIQUE À SAISIR

Le Cycle de Majipoor de Robert Silverberg. Une double réputation plane sur le cycle de Majipoor : tire-la-ligne alimentaire pour les uns, chef d’œuvre pour les autres. Ce planet opera colossal prend pour cadre Majipoor, planète gigantesque régie par un étrange concordat : le Coronal (le monarque absolu), le Pontife (le grand administrateur), la Dame de l’île du Sommeil et le Roi des rêves (contrôlant et conditionnant tous deux le peuple via leurs rêves et leurs cauchemars).
Lire la totalité n’est recommandable qu’aus fans absolus (il y en a), mais on conseille sans hésiter Le Château de Lord Valentin et Les Sorciers de Majipoor, tous deux largement indépendants.

Simulacron 3 de Daniel F. Galouye. Hannon Fuller est le génial inventeur du Simulacron 3, un simulateur d’environnement total qui permet de créer un monde virtuel afin d’y mener, notamment, des expériences sociologiques. Mais Hannon Fuller meurt peu de temps avant la mise en marche du Simulacron 3. A moins qu’il n’ait été éliminé ?
Simulacron 3 est un de ces classiques para-dickien qui méritent d’être relus presque cinquante ans après leur publication.

Stalker de Arkadi et Boris Strougatski. Redrick Shouhart travaille comme laborantin à l’institut international des cultures extra-terrestres de la ville de Harmont. En échange de quelques billets rapidement liquidés en beuveries frénétiques, il explore et ramène des objets étranges issus de la Zone - l’une des six aires d’atterrissages connues d’extra-terrestres débarqués et repartis en toute discrétion, mais abandonnant tout de même quelques restes à la curiosité humaine. Un trafic officiel, et officieux, s’organise autour de la capture des reliefs de ce pique-nique sidéral. Trafic non sans danger, car les objets en question dont la nature et le fonctionnement échappent à l’entendement humain, gisent dans des territoires dangereux défiant les lois de la physique.
Faux roman d’invasion extra-terrestre, Stalker déjoue tous les poncifs de la science-fiction.
A lire des mêmes auteurs, également réédité cette année chez Denoël / Lunes d’Encre, L’ïle habitée.

Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et et La Traversée du miroir et ce qu’Alice trouva de l’autre côté, illustrés par Mervyn Peake. Après la sortie en salle de l’adaptation cinématographique de Tim Burton, quand fleurissent sur les tables des libraires des éditions plus kitsch et moches les unes que les autres, Calmann-Levy nous offre un objet raffiné et élégant, où les deux textes ne sont pas bout à bout, mais bien tête-bêche (riche idée, comment personne n’y a-t-il pensé avant ?).
L’occasion rêvée de découvrir ou redécouvrir cette œuvre majeure, d’une richesse telle qu’aucune relecture ne saurait l’épuiser.
A conseiller aussi, les Leçons du monde fluctuant de Jérôme Noirez, roman carrollien réédité cette année, par l’une des plumes les plus originales de l’Imaginaire français.


Mr.C