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Publié le 17/10/2010

Noir Océan
de Stefan Mani

ÉD. GALLIMARD / SÉRIE NOIRE, FÉV. 2010

Par PAT

Paru au printemps 2010 en Série Noire et bêtement mis de côté par une rédaction débordée, le très singulier "Noir océan" de Stéfan Mani se glisse dans les interstices de la narration traditionnelle et suit à sa manière le chemin d’un certain H.P. Lovecraft. De quoi avoir envie d’en savoir plus sur cet auteur islandais qui publie ici son premier roman.


Les visiteurs du dernier festival Étonnants Voyageurs auront sans doute remarqué un géant brun, affable, au regard clair et aux tatouages détonnants dans un milieu littéraire somme toute policé. Si Stefan Mani a une carrure impressionnante, son roman n’a rien à lui envier. Noir océan possède une force brute indéniable, un ton personnel et une structure narrative curieuse. Quant à l’étiquetage, autant avouer d’emblée son impuissance.

Conte noir, parabole existentielle, polar, roman fantastique, le livre de Mani échappe aux définitions. Pourtant, les ingrédients sont classiques : en Islande, un équipage s’apprête à embarquer sur un cargo. Direction le Suriname. La compagnie de transport souhaite apparemment se débarrasser de tout le monde une fois ce dernier voyage effectué. Restrictions budgétaires, réorganisation des postes etc etc. Le capitaine est au courant. Les autres non. Mais parmi les hommes, certains ont l’oreille qui traîne. D’où l’idée d’une mutinerie, chantage absolu et définitif contre l’entreprise qui souhaite les licencier.

On imagine sans peine le huis clos. Une mer déchaînée, des hommes qui se méfient les uns des autres, le hurlement du vent, le noir de la nuit et les abysses insondables. On l’imagine et on a raison, mais en partie seulement. Chaque personnage a un secret, plus ou moins lourd. Là encore, rien de bien nouveau. Les choses s’accélèrent néanmoins quand un quiproquo complique sérieusement le déroulé du roman. Violent, sec et dur comme du béton, un truand notoire connu sous le nom de Démon embarque lui aussi sur le navire. Accident, fatalité, erreur, là n’est pas vraiment la question. On aurait tendance à croire que des marins chevronnés se débarrasseraient sans peine du passager clandestin, mais curieusement, ces hommes sont lâches, faibles, incapables de se débrouiller avec eux-mêmes, coupables, bêtes et bientôt fous. Et si Le Démon est à bord, c’est sans doute pour jouer les anges gardiens. Car d’autres périls menacent.
Bientôt, la radio est coupée. Plus tard, c’est le moteur qui dérape. Quant au navire, il dérive vers le sud, d’un pôle à l’autre, bouchon flottant sur un océan insondable, un océan lovecraftien où l’absence de monstres ne doit pas faire oublier l’éternel petite phrase : n’est pas mort qui à jamais dort, et au long des ères peut mourir même la mort.

Déroutant, hanté par des personnages aux portes de la démence, parfois difficile à suivre, Noir océan accumule les passages fulgurants, les paragraphes obscurs, l’humour glauque et la violence retenue. Mais quand cette dernière explose, c’est rapide, direct et sans détour. Construit comme une lente descente aux enfers, le roman fonctionne à l’image du navire. Il dérive de plus en plus bas, vers un avenir sombre, terrifiant, dont personne ne peut décemment revenir. Le loufoque le dispute à l’horreur, le fantastique au rêve éveillé, la drogue à la lucidité, et si le terme "Halluciné" convient aux montagnes antarctiques chères à Lovecraft, signalons que la fin de Noir océan ravira les puristes.


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Beau, tragique, dense et essentiellement bizarre, Noir océan trace sa route sans se soucier des genres. Si sa structure première s’apparente au polar, le reste relève de la littérature au sens large, celle qui parle des hommes et de la perte de leur humanité. L’angoisse lovecraftienne en plus. Ne passez pas à côté.