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Quasi inconnu il y a quelques années, Robert HOLDSTOCK, s’est vu en 2004 publié tout azimuts : le Cycle des Mythagos a été réédité en intégrale chez FOLIO SF, pendant que Denoël sortait coup sur coup « Le Souffle du temps » et « La Vallée des statues » et que de son côté, Mnémos publiait « Earthwind ». Nous l’avons rencontré lors des Utopiales de Nantes en 2004.


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Robert HOLDSTOCK

- Le Cafard cosmique : Pourquoi avoir choisi les mythes celtiques comme pivot ?

- Robert HOLDSTOCK : Ce n’est pas venu immédiatement. Je n’ai pas commencé l’écriture avec ça. J’ai découvert la mythologie celtique et l’âge de fer un peu plus tard, grâce à ma première femme, une irlandaise. J’ai donc beaucoup visité l’Irlande et j’y ai trouvé une merveilleuse tradition celtique, de très vieilles histoires, des légendes fantastiques et fascinantes.

Etudiant, j’avais déjà été initié à cette mythologie à l’université des Galles du Nord. D’autres étudiants m’ont fait découvrir un recueil d’histoires anciennes appelé le Mabinogion. On ne sait pas ce que signifie le titre, mais ces histoires concernent des héros pré-arthuriens. Des héros dont on se souviendra au Premier millénaire, mais dont les aventures sont clairement liées à l’âge de pierre. Ils sont devenus la base des histoires arthuriennes que l’on connaît bien.

Je suis très intéressé par ces contes, j’en décèle de plus mystérieux derrière les histoires arthuriennes primitives. Mais je n’ai pas commencé à écrire là-dessus avant la fin des années 70, et malheureusement, je les ai écrites d’une manière assez commerciale, sous pseudonyme, parce que je ne pensais pas qu’il y avait un marché autour de l’histoire celtique. J’avais vraiment tort ! La vraie fascination est venu au début des années 70. L’écriture réelle au début des années 80.

- CC : Votre manière d’aborder le mythe celtique est très personnelle : le mythe sort du mythe et entre dans la quotidienneté, avec du poil, des os, du sang et des odeurs... C’est un mythe très réaliste.

- RH : C’est exactement mon attention, et ça l’a toujours été. Créer un monde légendaire et mythologique dans lequel les mythes et légendes sont vivants. Les dieux de la Nature, les esprits, les forces élémentaires sont vivants et se promènent, nagent, sont bien présents. Les vieux animaux, les animaux légendaires, les animaux premiers [j’ai tendance à croire à l’animal premier, à l’animal originel, à l’animal mère, comme dans la mythologie aborigène australienne, par exemple], apparaissent beaucoup dans les mythes celtiques au sens large. Mon idée était de faire un monde vivant, intégré dans une réalité qui a dû être très brutale quand on la compare à notre monde à nous [je ne parle évidemment pas de ce qui se passe en ce moment en Irak]. Un monde très proche des bois, de la terre, des forêts, des rochers. Un monde sale, mais aussi très fier, avec un solide sens de l’humour, avec des gens réels, des paysages réels et des mythes... Réels. Toute ma Fantasy relève de ce principe.

- CC : ... Et ça se sent....

- RH : Oui, merci... Le sang, les os... Vous l’avez dit.

- CC : Êtes-vous en contact avec des spécialistes universitaires, des chercheurs dont le travail tourne autour de la mythologie celtique ? Comment jugent-ils vos romans ?

- RH : J’ai mis du temps à entre en contact avec ce monde-là. Un de mes très bons amis [rencontré lors d’une convention de Fantasy en Floride], C.W. SULLIVAN Jr. [on l’appelle Chip], a écrit un livre définitif sur la question. Le rencontrer fut un plaisir, parce qu’il aime mon travail, et discuter avec lui m’a ouvert des horizons auxquels je n’avais pas pensé. Donc, oui, j’ai des "contacts". J’ai été interviewé plusieurs fois par des experts. Les experts sérieux apprécient mes bouquins. Mes premières histoires, écrites sous le nom de Christopher CARLSON relèvent plus de la sword and sorcery classique, avec des personnages celtiques et des situations celtiques qui n’ont somme toute pas grand-chose à dire. Ce sont de bons romans d’aventures, c’est tout. Mais ils m’embarrassent. J’ai l’impression d’avoir gâché de bonnes idées avec ça... Disons que ça m’a donné l’énergie de faire de meilleurs livres.

- CC : Votre travail le plus célèbre [en France, s’entend] est publié en deux tomes chez Denoël. Il s’agit de « La forêt des mythagos. ». Vous travaillez encore dessus ? .

- RH : Oui, oui. Cet univers est très vivant pour moi. Les livres ne se suivent pas vraiment. Le lien commun est le bois, cette forêt primaire dans laquelle les mythes viennent à la vie via la mémoire et l’inconscient des personnages. Ces livres évoluent à travers le temps, les histoires sont parallèles... Cette forêt me fascine. Je me sens comme mon personnage de George Huxley, obsédé par son exploration. On me dit souvent que je suis devenu comme lui. Je n’y échappe pas. C’est assez vrai. Je vais donc y revenir, dès que j’aurai fini le troisième tome du « Codex Merlin ».

- CC : C’est donc une sorte de malédiction qui vous poursuit...

- RH : Oui, non, ça dépend de ce que vous entendez par malédiction. Quand je n’ai pas d’idées fortes, ça devient une malédiction. Ca l’est vraiment quand le bouquin ne va pas dans la bonne direction [et tous vont dans la mauvaise direction à un moment ou un autre pendant la rédaction], mais fondamentalement, c’est un vrai bonheur d’y revenir. Je pense que c’est plutôt un cadeau offert par mon imagination. La bonne idée utilisée correctement. Donc, non, ce n’est pas une malédiction.

- CC : A l’opposé de ce travail, « Le souffle du temps » est un roman de pure SF. Un de vos premiers, d’ailleurs. Comment le regardez-vous aujourd’hui ?

- RH : J’ai commencé à écrire des nouvelles, puis des romans. Les premiers [« Eye on the blind », inédit en France, « Earthwind » et « Le souffle du temps »] on été écrit sur une période de 5 ans. Chaque livre essayait d’être original, sur deux sujet : l’alien et l’aliénation. Les extraterrestres du « Souffle du temps » sont le temps en tant que tel ! J’aime beaucoup cette idée. Cette planète est immensément dangereuse, mais explorée par des chercheurs de trésors, qui cherchent des objets d’un lointain futur, déposés par les vents du temps. C’était amusant à écrire. Le livre est assez dense. Les personnages sont très angoissés. Mais son accueil a été assez bon. Ce n’est pas vraiment un succès, mais il trace sa route quand même. Idem pour « Earthwind ». Une planète néolithique comme le fut la Terre elle-même. Comment une planète du futur peut-elle être néolithique ? C’est la question que se posent les explorateurs... Et il faut lire le livre pour connaître la réponse.

- CC : Ecririez-vous le même livre aujourd’hui ?

- RH : Non, je ne pourrais pas. J’ai évolué différemment. Je ne fais plus de SF. Ma fascination pour l’espace et l’avenir s’est tarie avec ces 3 livres. La mécanique quantique m’est incompréhensible. Quand je lis les excellents bouquins de Stephen BAXTER ou de Peter F. HAMILTON, je réalise que ma SF est dépassée. Mais la SF m’intéresse. Je pourrai y retourner si je trouve une vraie bonne idée.

- CC : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

- RH : Exclusivement sur le troisième tome du « Codex Merlin ». C’est presque fini. Le cycle commence avec « Celtika », se poursuit avec « Le Graal de fer » et se termine avec « The Broken King ». Ce livre est assez différent des deux précédents, qui eux, ont une ligne narrative en commun. « The Broken King ». se déplace sur l’ancienne île [la Crête] pour une exploration aventureuse. Jason et les argonautes sont en toile de fond. J’aime beaucoup ces personnages. Jason, Viviane. J’en suis tombé amoureux, pas littéralement, mais ce sont des personnages qui deviennent peu à peu des amis. Ils génèrent leurs propres histoires. Je suis très content de ces bouquins. Je vais ensuite m’atteler à un nouveau livre sur les Mythagos. Je ne vous dirai pas le titre parce que je le trouve très bien et je le garde jalousement !

- CC : Que pensez-vous de la SF anglaise d’aujourd’hui, d’auteurs comme HARRISON ou BANKS ? Pensez-vous faire partie du même courant ou tracez-vous votre propre route ?

- RH : Je veux tracer ma propre route, tout le monde veut faire ça. L’exemple le plus parfait est M. John HARRISON, un auteur d’une originalité incroyable. « L’ombre du Shrander » est un roman fantastique. Iain BANKS est excellent également. C’est un auteur double, d’ailleurs, mainstream et SF. Il y a d’excellents auteurs en Angleterre. Surtout ceux qui traitent d’un avenir éloigné. Ils le font différemment de ce que nous faisions dans les années 70. La technologie a changé. C’est un champ très vivant, qui n’a pas autant de succès que la Fantasy, mais vraiment vivant. Je n’ai pas l’impression de faire partie de ce monde SF. Mais je me sens bien vis-à-vis des auteurs qui le représentent. Ils m’intéressent beaucoup.

- CC : Envisagez-vous de passer un jour au mainstream ? De faire un livre "normal" ?

- RH : J’ai tendance à regarder mes livres comme normaux, bien qu’ils aient une très forte implication mythologique. Quand j’écrivais mes livres de SF, c’était vraiment de la littérature de genre, mais je n’aime pas faire ces distinctions là. Je crois que les frontières s’estompent. Mais si votre question est voulez-vous écrire un thriller, je ne pense pas que je pourrais. Bien sûr, il y a des mystères dans mes livres, j’aime ce côté détective, mais écrire une histoire mainstream, l’histoire d’une famille qui déménage en Provence pour cultiver des oranges, non, ne je ne crois pas que je pourrais...

Mais qui sait ? Je suis encore jeune. Hum.


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de Holdstock Robert [et d'autres critiques]

PAT