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Publié le 04/10/2009

Nouvelle Aurore de Jean-Pierre Andrevon

ED. MANGO / AUTRES MONDES, MAI 2009

Par Goldeneyes

Créateur aux multiples facettes, Jean-Pierre Andrevon nous est revenu en mai dernier avec un agenda littéraire chargé : la sortie d’une étude consacrée aux « guerres des mondes », et une incursion en jeunesse, Nouvelle Aurore, publiée dans la désormais classique collection « Autres Mondes » chez Mango. L’occasion de revenir - avec un peu de retard - sur l’un des auteurs les plus prolifiques du genre...


Le décor s’impose d’entrée : un futur post-cataclysmique dont tout laisse à penser que l’homme du XXIe siècle, incapable de réfréner sa frénésie consommatrice, est le responsable direct. Prisonnière d’un hiver éternel, la surface de la planète ne permet plus à l’espèce d’y vivre. Les « Terriers », comme ils se nomment, ont trouvé refuge dans les entrailles de la Terre, loin du froid mortel de l’extérieur. Cela fait des générations que leurs prunelles n’ont pas contemplé la lumière du jour. Leurs semelles éculées arpentent d’interminables corridors sombres, et de cette gangue minérale, il faut extraire les trésors hérités des siècles passés que la glace et la roche ont submergés : les métaux. Car une fois recyclés, les métaux produisent l’énergie et la chaleur nécessaires à la survie de la multitude. Au sein de cette société « ergocratique » parfaitement organisée, tout Terrier trouve sa place ; et comme le dit l’adage : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Les foules obéissantes sont dirigées par la voix omnisciente du « Père » qui se manifeste auprès de chacun : il conseille, il rassure, il ordonne, et, lorsque c’est nécessaire, il punit. Azir et Lark appartiennent à ce monde souterrain. Amis d’enfance, ils partagent les mêmes journées, faites d’excavations et de sueur. Leur seule perspective : mettre à jour un gisement de fer qui leur vaudra peut-être la récompense provisoire que tous, ici, convoitent en silence : un séjour dans « l’envap » où la chaleur dispensée transforme chaque seconde en instant d’extase. Mais le destin en a décidé autrement. Et pour eux, la route semée d’embûches est porteuse du changement de tout un peuple…

Sujet porteur de la SF, l’après-apocalypse fascine Jean-Pierre Andrevon : on se souvient que Le Monde enfin (Prix Julia Verlanger 2006) s’en voulait une cruelle et plausible illustration. Même principe pour Zombies : Un horizon de cendres. D’une tonalité résolument moins pessimiste, Nouvelle Aurore partage avec ces romans sus-cités les mêmes préoccupations écologiques chères à l’auteur. On retrouve aussi son style très visuel, servi par une plume toujours aussi agréable.

On rentre rapidement dans le texte : l’auteur déploie un imaginaire à la fois cohérent et attractif. À ce titre, les barbarismes et autres néologismes dont usent les protagonistes pour évoquer des objets ou des concepts tirés du passé de l’humanité – objets et concepts inconnus, car révolus – participent de l’immersion du lecteur. Même si par moments le procédé, facile, affuble les deux héros d’une naïveté candide proche de la douce crétinerie – ce qui peut parfois prêter à sourire, mais avec tendresse… – il a le mérite de rendre les protagonistes attachants et de parfaire l’arrière-plan post-apocalyptique du récit. Dans le même ordre d’idée, le caractère oppressant de la vie des Terriers, rendu par des descriptions poétiques souvent réussies, nous conforte dans cette impression de claustration qui préside à l’existence de toute une communauté. On pourra reprocher à l’auteur la carte facile de la société totalitaire, avec la voix du Père posée comme une sorte d’entité invisible et omnisciente dirigeant les foules – clin d’œil appuyé à 1984 d’Orwell – mais au final, ce parti pris a le mérite de soulever la question de la capacité ou de l’incapacité de l’homme privé de l’artifice technologique à s’organiser en société.

Les ingrédients semblent donc réunis pour faire de Nouvelle Aurore un roman jeunesse réussi. Et il ne fait aucun doute qu’il remplit son cahier des charges. Malheureusement, placé à côté d’autres lectures jeunesse actuelles, il tient plus difficilement la route et perd très rapidement l’attrait suscité par son sujet. Là où certains écrivains déploient un imaginaire qui triture les codes du genre (Jérôme Noirez par exemple), là où d’autres ne lésinent pas sur des scènes choc (Fabrice Colin), Jean-Pierre Andrevon se laisse prendre au piège de la retenue corsetée. Il est d’ailleurs amusant – mais aussi rassurant – de constater une telle différence de ton, de forme et de fond entre ces trois écrivains… Ce constat soulève l’épineuse et intéressante question des limites que doivent s’imposer les auteurs lorsqu’ils écrivent à destination d’un jeune public. Limites que l’on sent bien fluctuantes d’une plume à une autre, d’une sensibilité à une autre… En ce qui concerne Nouvelle Aurore, il ne serait pas injuste d’affirmer que le texte, placé dans le contexte éditorial actuel, trouverait un accueil chaleureux auprès des 8-15 ans ; mais quant aux autres lecteurs...


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On retiendra de ce court roman quelques descriptions magnifiques (Paris sous la glace) et une prose toujours aussi délectable. Mais si le très jeune lectorat y trouvera matière à s’évader, les plus âgés passeront certainement leur chemin. Avec, au choix, la perspective de se replonger dans Le Monde enfin, ou celle d’attendre la prochaine sortie de l’écrivain en rayon adulte.