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Publié le 18/02/2007

Nova Swing de M. J. Harrison

I M P O R T

Par PAT

« Everything he played this evening, the audience understood, would be a joke at the expense of some other tune, some other musician, some other kind of music. »

Parfaitement fidèle aux parti-pris narratifs qui le caractérisent, M John Harrison se paye la SF dans son ensemble avec « Nova Swing » . Tout ce qu’il y décrit, chaque situation, chaque personnage, chaque implication est un rappel, une moquerie, une satire, une destruction, un hommage subversif à la Science-Fiction contemporaine.


Apôtre de la méta-science-fiction avec « Light » [ « L’ombre du Shrander », RVA ], voici M.J.H. dans la méta-science-fiction-non-sensique, une destination aussi courageuse qu’exigeante, dans la mesure où seul un lecteur sur 12 est susceptible de pousser l’expérience jusqu’au bout [on notera la présence d’un canard jaune page 198, ça peut aider].

Pendant viriconiumesque de « « Light  » », « Nova Swing » ressemble comme deux gouttes d’eau à Raymond Chandler en vacance chez les frères Strougatski. On y décrit une planète, Saudade [nostalgie en portugais, pour ceux qui n’ont jamais entendu Cesaria Evora], éloignée de tout et dont le douteux privilège est d’avoir reçu [!] des morceaux [! !] de la bande de Kefahuchi [! !!] après la petite promenade spatiale d’Ed le Chinois [dont on ne reparlera plus jamais].
Bref, là où la chose s’est produite, on trouve maintenant une Zone tout à fait Stalkerienne, dûment ceinturée et interdite d’accès par des autorités absentes. Et dans cette zone s’appliquent des règles qui n’ont plus rien d’humain [en plus de grouiller de chats noirs et de chats blancs, la zone est bizarre, c’est dire]. Temps élastique, objets-pièges, objets miracles [j’invente rien, c’est la quatrième de couverture de Stalker], autant de merveilles que vous pouvez visiter le plus illégalement du monde, à condition de partir accompagné d’un guide touristique qui connaît le coin. Et le meilleur d’entre eux, c’est assurément Vic Serotonin.

Etroitement surveillé par un Flic qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Albert Einstein [vieux], Serotonin débloque sévère après avoir emmené une de ses clientes dans la zone. De retour avec un artefact semi-vivant qu’il offre derechef au chef mafieux local [une excellente idée], Serotonin se brouille avec pas mal de monde, tente de comprendre ce que n’a jamais réussi à lui dire son mentor [maintenant réduit à l’état de vieux légume en phase terminale] et continue sa vie vaille que vaille.
De son côté, le flic est accompagné d’une super-agente limite bionique [d’où une scène hilarante de tuerie qui rappelle « Hyperion » sous trip] qui lui sert de garde du corps autant que d’assistante sociale. Car Monsieur Flic ne se remet pas vraiment de la mort de sa femme...

Chez Chandler, les flics/privés boivent. Chez Harrison, ils ne se remettent pas de la mort de leur femme. Au final, c’est la même chose, le même spleen et la même nostalgie pour un monde qui n’est plus [voire qui n’a jamais été]. Et c’est là tout le propos de « Nova Swing » , ça tombe bien : un monde pourrissant traversé par quelques individus qui n’ont plus grand chose à vivre d’intéressant.
Déprime au programme, donc, même si c’est d’une déprime sublime qu’il s’agit, car tout en nuance, jamais larmoyante et toujours pertinente.

La grande originalité du roman, c’est aussi de faire sortir des gens de la zone. Simulacres humains ? Entités d’outre-espace ? Toujours est-il que ces individus jouent au touristes dans notre monde et que ça met pas mal de gens mal à l’aise. Au fur et à mesure que l’histoire progresse vers un climax qui ne viendra jamais [on louche plus du côté de Tarkovski que de Soderbergh], on comprend que certains protagonistes sont à coup sûr des touristes à leur insu, d’où leur certitude d’avoir loupé une marche quelque part et de ne pas vraiment être intégré au décors.
Et pour Serotonin comme pour le flic qui ressemble à Albert Einstein, la sortie est au bout de la route. Une route qui commence/finit dans la zone...


Tout simplement... Beau, lent et complexe, « Nova Swing » est une sorte de long poème en prose d’où suinte un spleen permanent, triste et inquiet. Vraie plongée psychologique dans une SF qui en manque singulièrement, ce roman-ovni est plutôt raide à avaler. Extrêmement dense, extrêmement structuré, précis et imparable, le texte se livre peu à peu et accroche son lecteur de manière définitive.

On y décèle une allégorie sur ce fichu âge adulte qui piétine nos illusions nos plus tenaces et qui flingue à bout portant les gosses que nous avons été un jour. A ce titre, « Nova Swing » est exceptionnel. Et parfaitement invendable en France.