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Publié le 14/09/2007

« O Révolutions » de Mark Z. DANIELEWSKI

[« O Revolutions », 2004]

ED. DENOËL / ET D’AILLEURS, AOÛT. 2007

Par PAT

Attendu comme le messie par tous les amateurs d’expérimentation pas encore remis de La maison des feuilles, DANIELEWSKI revient là où on l’attend en allant très exactement là où on ne l’attend pas. Joli paradoxe pour un texte qui ne manque pas de défauts, mais dont la beauté [formelle et/ou visuelle] est un festival à elle seule.
Prêts ?
Plongez.


Difficile de s’affranchir de O Révolutions l’objet en se concentrant sur O Révolutions le livre. Comment décrire un roman [?] conçu comme un long poème en prose, consacré à deux adolescents flamboyants, Sam et Hailey, et à leurs dérive automobile mi-onirique mi-réaliste dans une sorte d’Amérique de pacotille ?
Road-movie couché sur papier ?
Vaine tentative de faire exploser les codes narratifs ?
A vous de choisir.
Toujours est-il que O Révolutions renvoie au cercle. La révolution pour le tour complet. Le O pour les 360 degrés. La mise en page inversée pour le tour sur soi-même. Et bien sûr, 360 pages composées de 4 blocs de textes de 90 mots avec une police allant en diminuant [une chute vers la mort et le néant joliment déployée d’un point de vue esthétique], l’ensemble étant "parasité" par ce qu’on pourrait appeler des dépêches AFP, faute de mieux, qui donnent un cadre chronologique [mais décalé dans le temps, et tronqué tout de même] aux aventures de nos deux sympathiques héros.

Au moins c’est clair, O Révolutions est un cadre, pour ne pas dire un carcan. Dès lors, l’expérimentation n’en est plus une, dans la mesure où la logique inhérente aux choix narratifs dicte le reste et où le texte obéit à des règles strictes absolument indépassables.

Pour le traducteur, Claro, le défi est triple. D’abord traduire, ensuite déduire, et enfin adapter. Car O Révolutions est un festival de mots-valises, de délires verbaux intraduisibles et autres joyeusetés qui posent problème à chaque page. Dès lors, Claro tranche dans le vif, opte pour des partis-pris et invente à son tour. On peut aimer ou pas, mais il faut reconnaître que l’ensemble est remarquable de fluidité et que le livre fonctionne en tant qu’objet et roman.

Pour le reste, O Révolutions souffre des défauts classiques du livre atypique tendance extrême : d’entrée de jeu, l’auteur passe une sorte de contrat avec son lecteur. Aimez-moi ou laissez-moi. En clair, ce livre s’adresse aux convaincus. Les autres n’y trouveront rien.
Ce préambule admis, on se plonge avec délice dans cette histoire aussi absurde que drôle, aussi tragique que palpitante. Et là où Mark DANIELEWSKI est grand, c’est dans l’incroyable légèreté qui anime chaque page, une légèreté tourbillonnante [littéraire et physique, d’ailleurs], une légèreté qui donne l’impression que le livre sautille, que les lignes dansent et que la lecture vibre.


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Une légèreté littéraire qui tourne sur elle-même en spirale, vers le vide, donc, mais dans un récit où le moyen est tout et la fin rien. Pour paraphraser Georges BATAILLE, la vie est un gigantesque gâchis. Nouveau sens donné à un terme pourtant péjoratif. Et si O Révolutions ressemble à La maison des feuilles au sens où sous une forme originale, il ne va nulle part, n’oublions pas qu’il faut quand même [et parfois] du temps pour aller nulle part. C’est le voyage qui compte, pas la destination.