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Comment a-t-on pu oublier Greg EGAN ? Comment a-t-on pu négliger un auteur qui, avec une puissance littéraire inégalée en matière de hard SF, nous avait, parmi les premiers, fait basculer dans les mondes virtuels [ "La Cité des permutants" ], les mathématiques appliquées [ "L’Enigme de l’univers" ] ou la théorie des quantas [ "Isolation" ] ? Certes ce très discret auteur australien n’est pas des plus faciles à lire. Cela a, sans doute, effrayé les lecteurs... et donc les éditeurs. Conséquence : son dernier roman « Schild’s Ladder », publié en 2002, est toujours inédit en France.

Voici pourtant que les éditions du Bélial prennent l’audacieuse décision de publier trois recueil de ses nouvelles. La lecture du premier, "Axiomatique", suffit à restituer à Greg EGAN la place qui est la sienne : tout en haut du podium.


- Olivier GIRARD, directeur de collection / Editions du Bélial’ : « Axiomatique » est un événement littéraire. C’est bien simple, je pense que c’est le recueil de science-fiction le plus important des années 90. Je parle de « récits vertigineux » sur la quatrième de couverture du livre, et c’est exactement ça, c’est vertigineux. Il me semble qu’en science-fiction, il y a un avant et un après Greg EGAN. « Axiomatique » en est l’illustration. Sur les 18 nouvelles du recueil, je pense qu’il y en a au moins 13 qui sont tout à fait incontournables. Mes préférées ? « L’Assassin infini », même si c’est probablement le texte le plus complexe du recueil, « Le Coffre-fort », « En apprenant à être moi », « Un Amour approprié », « Orbites instables dans la sphère des illusions ».

- Le Cafard cosmique : Pourtant il aura fallu des années pour que le recueil « Axiomatique » connaissent enfin une traduction française

- O.G. : Cela fait un bon moment que je tourne de ce projet. Je suis un lecteur d’EGAN nouvelliste depuis longtemps. En fait, depuis le jour où j’ai découvert « Baby Brain », une nouvelle d’EGAN tirée du recueil « Axiomatic » [nouvelle que nous avons titrée « Un Amour approprié » en VF] et publiée sous la forme d’un petit bouquin aux défuntes éditions Car rien n’a d’importance... j’ai été très marqué par ce texte. J’ai, depuis, toujours plus ou moins surveillé ce que faisait EGAN [adorant les nouvelles, sans jamais toutefois parvenir à finir un de ses romans]. Puis je l’ai publié dans Bifrost, tout en l’ayant pas mal soutenu également dans l’anthologie périodique Etoiles Vives dirigée par Gilles DUMAY.

Je comprends pourquoi « Axiomatic » n’a pas été publié avant, chez Denoël / « Lunes d’encre » ou chez chez Robert Laffont / « Ailleurs & demain » : peur de ventes trop faibles, taille du livre, etc., mais je n’en trouve pas moins cela étonnant. Ça me frustrait pas mal que ce livre ne sorte pas. J’en avais discuté à plusieurs reprises avec Francis LUSTMAN, qui avait déjà fait, pour son propre compte, un premier jet de toutes les traductions des nouvelles du recueil qui demeuraient inédites. Je lui ai dit que ça m’intéressait de publier le bouquin, mais que l’investissement en traduction était trop lourd pour moi, ce qui était plus ou moins ce que lui répondaient tous les éditeurs. Francis était vraiment emmerdé. Il a pensé un temps publier le livre tout seul, comme ça, sans diffusion, sans structure éditoriale. Je lui ai dit que c’était une mauvaise idée, qu’ « Axiomatique » méritait une visibilité en librairie...

- CC : Puis le temps à passé...

- O.G. : Nous en sommes restés là pendant un moment. Jusqu’à ce que les Quarante-deux [[Dominique et Ellen Hatzfeld, qui animent le site du même nom, connaissent bien EGAN et cosignent les traductions de Francis LUSTMAN], me disent en substance que cette situation était vraiment trop bête, un sentiment que je ne pouvais que corroborer. Finalement, nous avons convenu de couper la poire en deux, histoire de diminuer les risques pour le Bélial’ par une coédition avec Quarante-deux. Quarante-deux prendrait à sa charge toutes les nouvelles traductions et géreraient l’harmonisation des anciennes, le Bélial’ s’occuperait de la fabrication, des droits des traductions à rééditer [celles de Francis VALERY et Sylvie DENIS], ainsi que des droits de l’auteur, l’éventuel paratexte [comme la bibliographie d’Alain SPRAUEL, par exemple] et les droits d’illustration. En fait, Quarante-deux et Francis LUSTMAN nous offraient ni plus ni moins leurs droits sur les traductions d’EGAN, puisqu’ils ne sont pas intéressés sur les ventes de l’ouvrage. Cela réduit l’investissement d’environ 35 % et a rendu le projet économiquement plus viable pour le Bélial’.

Enfin, en discutant de tout cela, nous avons très vite planifié, au-delà de la publication d’ « Axiomatique », la traduction du recueil « Luminous » [septembre 2007], puis d’un troisième recueil, sans équivalent en langue anglaise, qui reprendra les textes d’EGAN les plus récents [septembre 2008] - l’ensemble de ces trois volumes présentant une manière d’intégrale raisonnée des nouvelles de l’auteur.

- CC : Vous misez beaucoup sur EGAN. N’est-ce pas un risque commercial que d’investir à ce point sur un auteur relativement méconnu en France et pas un gros vendeur ?

- O.G. : Un auteur ayant trois romans publiés chez Robert Laffont / « Ailleurs & demain », plus un quatrième chez Denoël / « Lunes d’encre », ces quatre titres étant tous disponibles en poche, n’est pas un auteur « méconnu en France ». En revanche, il est vrai qu’on ne peut pas dire que Greg EGAN soit un des écrivains les plus vendeurs du domaine. Côté risques, l’investissement du Bélial’ sur Greg EGAN est, comme je l’ai expliqué plus haut, considérablement revu à la baisse grâce au « parrainage » de Quarante-deux. Reste que dans ces conditions, il nous faudra néanmoins vendre au moins 1200 volumes du grand format avant de commencer à envisager de gagner de l’argent sur « Axiomatique » [ce qui n’est pas acquis - à titre de comparaison, nous avons fait 800 sur « Aztechs » de Lucius SHEPARD ]. Publier un recueil de nouvelles présente toujours un risque, quel que soit l’auteur. Reste qu’EGAN est probablement le meilleur nouvelliste de S-F depuis Philip K. DICK. Un tel talent mérite qu’on lui consacre une intégrale sur trois volumes... Et puis, même si ça ne fonctionne pas tout de suite, je suis convaincu que ces livres se vendront sur la durée. Tout simplement parce qu’ils sont incontournables pour tout amateur de science-fiction, et d’ailleurs bien au-delà, à mon sens.

- CC : Les recueils suivant seront-ils différents d’ « Axiomatique » ? Les thèmes, les procédés, l’écriture, changent-ils ?

- O.G. : Il y a une véritable unité chez EGAN, plus encore comme nouvelliste que romancier. Ses textes les plus récents [ainsi « Riding the crocodile », une novella de 2005 que j’envisageai de passer dans le Bifrost de janvier 2007 pour illustrer notre dossier EGAN et qu’on retrouvera dans le troisième volume des nouvelles - le texte est trop long pour Bifrost, surtout dans un numéro qui sera également consacré à Robert Charles WILSON] sont peut-être plus maîtrisés quant à la dimension humaine des personnages qui y sont développés. Il est possible que cela tienne aussi au fait que ses nouvelles récentes sont généralement plus longues, que EGAN prend davantage de temps pour poser les enjeux, humains notamment.

Si « Luminous », qui paraîtra à la rentrée 2007, est historiquement plus récent qu’« Axiomatique », il n’y a en fait que trois ans qui séparent les deux volumes [1995/1998]. Physiquement, il est un peu moins volumineux qu’« Axiomatique » [100 000 signes de moins, environ]. Il ne propose que 10 nouvelles, mais des textes globalement plus longs que dans son premier recueil. Quant aux thèmes génériques, ce sont les mêmes que ceux qui parcourent toute son œuvre ; on y retrouvera bien sûr la même dimension vertigineuse des postulats éganiens : la problématique de l’humain confronté à des révolutions technologiques générant des perspectives sociologiques et philosophiques nouvelles, foncièrement déstabilisantes ; des visions sociétales inédites. Et, en définitive, c’est bien là ce qu’il y a de plus fascinant, chez Greg EGAN.


> Lire la critique de "Axiomatique"


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> La fiche bio / biblio de Egan Greg [et d'autres critiques]

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