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Publié le 13/06/2006

Olympos de Dan Simmons

[Olympos, 2005]

ED. ROBERT LAFFONT / A&D, MAI 2006

Par PAT

Suite et fin de Ilium : que vont devenir les deux Moravecs ? qui sont ces Dieux grecs trônant sur la planète Mars, qu’adviendra-t-il de la Guerre de Troie ... ?
Un deuxième volume épique à souhait, mais qui ne tient pas toutes ses promesses...


On a le droit de mal vieillir.
A l’instar de nombreux auteurs/réalisateurs/artistes, Dan Simmons serait-il sur une pente descendante.

Conçu comme un seul et même livre en deux volumes, l’entité Ilium / Olympos ne débouche hélas sur rien d’autre qu’un gros pavé abandonné par l’éditeur, truffé d’incohérences scénaristiques, certes bien raconté et impeccablement professionnel, mais essentiellement comparable à un film de Georges Lucas : effets spéciaux irréprochables, maîtrise du développement narratif, vide idéologique abyssal (en un peu plus malodorant chez Simmons, voir plus bas) et, au final, ennui profond même au coeur des batailles les plus prenantes.

Pourtant, avec Ilium, les choses ne démarraient pas si mal. On avait un souci d’envergure cosmique dont le moindre des mystères n’était pas moins que la disparition de l’espèce humaine en tant que telle : on avait des robots semi organiques sympathiques et érudits, sans oublier, géniale trouvaille, un panthéon de dieux grecs shootés aux nanotechnologies et réinstallés sur Mars.

De cette trame pour le moins surprenante, Dan Simmons ne révélait somme toute pas grand chose. La partie “terrienne” étant évidemment la plus faible, avec des personnages dont on commençait à douter : l’éternel mythe du juif errant, devenu ici une juive errante, Ulysse 31 sur le retour muni d’une bien utile “vibrolame” presque Jedi... Bref, la lecture devenait inquiétante. Las, pas de panique, les passages authentiquement sublimes consacrés au siège de Troie rattrapant largement les défauts des autres intrigues, on refermait Ilium avec tristesse, sachant pertinemment que le chef-d’œuvre n’était pas au rendez-vous, mais néanmoins heureux d’avoir lu un excellent bouquin de SF, avec quelques défauts bien excusables.

La lecture de Olympos change quelque peu les données, le livre ayant l’aspect, la consistante et l’odeur de... la merde. Certes, en grand professionnel, Simmons n’oublie pas de multiplier les personnages, les chapitres se terminant évidemment au point culminant avant d’enchaîner sur une autre sous-intrigue, elle même coupée au moment le plus intéressant, procédé littéraire archi-connu et archi-efficace dont le résultat principal est d’agripper son lecteur en lui interdisant de refermer le livre. Mais si le principe est éprouvé, il n’en reste pas moins un procédé, et à ce titre, agréable et intelligent lorsqu’il est utilisé avec subtilité. Un terme que Simmons a manifestement rayé de son vocabulaire, d’où une lecture certes palpitante, mais finalement pénible car par trop évidente. Comme l’auteur s’ennuie pendant sa rédaction, il lui arrive de s’offrir un ou deux délire Joyciens (sans toutefois arriver à l’ongle incarné du génial irlandais) histoire de pimenter la chose. Ainsi, sans crier gare, il nous propose un passage en pièce de théâtre, ledit passage étant balancé sans vergogne, sans le moindre indice justifiant un tel choix narratif. Passons.

On pourrait légitimement s’interroger sur ce qui a poussé Dan Simmons a faire d’un seul et même livre deux énormes volumes dont on pourrait couper sans problème les trois quarts de la seconde partie. Au final, un seul et même Ilium aurait sans doute donné un grand livre. Mais, aléas éditoriaux, aléas fiscaux, aléas d’ego ? Qui sait ? Quoi qu’il en soit, Olympos ne tient rigoureusement aucune des promesses de Ilium. Triste constat pour un auteur qu’on avait tendance à aimer au-delà du raisonnable.

Si Ilium s’achevait au moment où troyens et achéens s’alliaient dans une guerre totale contre les dieux, Olympos s’ouvre quelques neufs mois plus tard. Les moravecs ont aidé les alliés dans leur guerre ouverte. Champs de force, missiles tactiques, protections diverses, tout y est. Les batailles sont sanglantes, Simmons les décrit toujours avec autant de verve, mais en l’occurrence, ça ne fonctionne plus. De cette orgie de têtes tranchées, de membres arrachés, d’éviscérations diverses et autres amputations, ne reste que l’ennui. Profond. Et pénible. Pour embellir une lecture déjà soporifique, on a droit à une multitude de sous-intrigues qui relatent diverses trahisons (entre achéens et troyens, alliés, certes, mais toujours fondamentalement ennemis), diverses interventions (les femmes qui se révoltent contre les tueurs de dieux, par exemple) et autres menus détails qui ont pour point commun de ne strictement rien apporter à l’Histoire. On peut dès lors parler de dilution (Simmons est-il payé au signe, comme les traducteurs, la question est ouverte...).

Autour de tout ce bruit et cette fureur, les moravecs s’activent sur la délicate question des soi-disant dieux olympiens. D’où viennent-ils, qui sont-ils ? La connexion quantique entre Terre Antique et Mars terraformée est-elle possible (manifestement oui, ils y sont, mais physiquement non. Sauf au niveau quantique, vous comprenez ? C’est à dire qu’en fait, il suffit qu’un authentique génie ait l’idée de quelque chose pour que ce quelque chose se produise. Un principe utilisé en 1950 par Fredric Brown dans L’univers en folie. Nettement plus drôle que Olympos, plus rapide à lire et moins cher) ? Bref, il serait grand temps d’aller faire un tour sur la Terre pour savoir de quoi il retourne réellement.

Sur Terre, justement, les choses s’organisent doucement. L’Eden n’est plus. les Elois sont déchus. ils doivent se débrouiller tout seul. tout réapprendre, du feu jusqu’à la vie en société. Autant d’éléments délicats à mettre en œuvre quand on est illettré et incapable de comprendre que la Terre est ronde. Grandement aidés par Ulysse 31, qui met tout son savoir faire d’homme normal au service de ces enfants à peine éveillés, les humains font ce qu’ils peuvent. C’est, hélas, sans compter les affreux Voynix (caricature des antisémites, puisque conçus pour exterminer les juifs) qui, de serviteurs, se sont transformés du jour au lendemain en abominables machines tueuses. Pour les humains (Harman, Ada et quelques autres déjà présents dans Ilium), la lutte est une question de survie. Mais que peuvent-il faire contre des centaines de milliers de Voynix, alors que leur pauvre armement suffit à peine à en contenir quelques dizaines ? Un pépin délicat, d’autant qu’Ulysse 31 est désormais mourant. Pas de doute, il faut le soigner. Allez, hop, on prend la dernière barge volante en état de marche et on le ramène au Machu Picchu pour le soigner.
C’est le début d’un voyage initiatique douloureux pour Harman, seul face aux vrais dieux de cette planète (Prospero, Sycorax et quelques autres), pendant que ses amis (et notamment la femme qu’il aime) doivent faire face à des hordes de voynix déchaînés (on résume, hein, c’est autrement plus poussif, mais c’est pourtant bien ça).

Face à des vérités cosmiques et un apprentissage du Grand Tout, Harman comprendra VRAIMENT pourquoi le monde est ainsi. Son aventure ne tient d’ailleurs absolument pas la route d’un point de vue strictement scénaristique (on se demande pourquoi il est traité ainsi par Prospero, c’est injustifié et injustifiable), mais admettons. La vraie vérité, la voilà :

(ATTENTION SPOILER) Les Palestiniens, ces éternels terroristes, ont répandu sur terre un affreux virus qui a décimé l’humanité. Seuls quelques juifs ont survécu. Ils se sont modifiés (merci les nanotechnologies) pour survivre tant bien que mal. Mais c’est sans compter le côté vraiment diabolique des terroristes Palestiniens : ces vilains vilains ont récupéré un sous-marin atomique [l’épée d’Allah], et on tenté de lancer plusieurs missiles pour anéantir purement et simplement la Terre. Il faut dire que ces jolis missiles ne contiennent pas de vulgaires charges thermonucléaires quelconques, mais bien des trous noirs ne demandant qu’à se libérer de ces bien maigres chaînes. Un principe expérimenté par les Français (à leurs dépends, d’ailleurs, Paris étant désormais un gros cratère suite à une expérience sur les trous noirs effectuée à l’Institut de France, c’est à dire l’Académie Française, qui a mal tourné).
Comme les Palestiniens ne sont finalement pas autre chose que des cons de bougnoules incapables de fabriquer leurs trous noirs eux-mêmes, ce sont les Français, ces éternels suppôts du terrorisme, qui leur ont donné. Et voilà Harman qui tombe sur cette épave de sous-marin. Et le voilà qui comprend enfin l’horreur du monde. De l’humain. Des Palestiniens. A ce stade de la lecture, on peut éclater de rire ou vomir, c’est selon.

Au-delà de ce fond idéologique douteux, insistons bien sur le fait que cette trame est ridicule scénaristiquement et tombe comme un pavé dans la mare [et on ne parle même pas d’Ulysse 31, dont le rôle est toujours inexplicable et, on s’en doute, inexpliqué]. Quant aux dieux grecs, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, ce sont les post-humains qui se sont un peu lâchés. Voilà.

Bon, quand même, à la fin, tout le monde survit et ça ne se passe pas si mal. Il faut dire qu’il ne reste plus que les achéens et les troyens sur terre. Et des juifs. Rien d’autre. De quoi établir une nouvelle société saine et franche, enfin débarrassée de la peste barbue. Il est d’ailleurs assez amusant de constater comme les sociétés humaines décrites sur la fin reprennent à leur compte les principes de l’argent, de la police et de la propriété, éléments évidemment considérés comme allant de soi et incarnant l’idée même du bonheur.


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Au final, Olympos ne serait qu’un mauvais livre de SF si son fond politique ne cachait pas quelque chose de plus grave. Une paranoïa inquiétante chez Simmons et un sionisme militant qui confine au ridicule...

C’est dommage, car le talent est évidemment là et les personnages sont attachants. On pourrait croire à une mauvaise blague, mais non.
Si encore on trouvait ça et là quelques traces d’humour, on pardonnerait, on comprendrait. Mais Olympos est d’un sérieux désespérant. On a beau chercher, il ne reste pas grand chose à sauver.

Allez, hop, poubelle.