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Publié le 01/04/2007

Ombres sur le Nil de Edward Whittemore

[Le quatuor de Jerusalem, Tome 3]

Par PAT

Troisième volume du Quatuor de Jerusalem, écrit cinq ans après « Jerusalem au poker », « Ombres sur le Nil » cumule les superlatifs. Plus gros, plus beau [couverture exceptée, ahem... comment dire ?], plus déprimé, plus triste et plus fou, ce roman [?] renoue cependant avec une certaine normalité littéraire en s’affranchissant totalement des éléments bizarro-sciencefictifs qui jalonnaient les deux précédent - avec un bonheur rare.


L’histoire est [presque] linéaire, les personnages [presque] normaux et les situations horriblement tragiques. Mais ici, la tragédie n’est sans doute pas la guerre, qu’on n’entend qu’en bruit de fond, mais l’âge, la mort, le temps qui passe et l’impitoyable réalité qui piétine sans vergogne nos rêves les plus fragiles.
Surtout quand ils sont beaux et inaccessibles...

« Nous perdons, nous perdons, nous ne faisons que cela à compter du jour où nous venons au monde [...]
Perdre, voilà notre lot. »


Évidemment impossible à résumer en quelques lignes, « Ombre sur le Nil » reprend plusieurs des personnages superbes développés au cours des opus précédent et démarre mal d’entrée de jeu.
Un certain Stern est tué par une grenade dans un vieux bouge du Caire. Un arménien étrange en réchappe. Qui a tué ce héros magnifique [voir les romans précédents, donc] et pourquoi ? Qui est cet arménien qu’on soupçonne d’avoir des tendances irlandaises [au hasard, hein] et dont on évoque à mots couverts la participation à une mémorable partie de poker ?

Le contexte est complexe. 1942, les Panzers du général Rommel menacent l’Egypte. Si Le Caire vient à tomber, les nazis contrôleront le Canal de Suez et la victoire allemande sera quasi certaine. Pour les service secrets britanniques installés dans la métropole égyptienne, rien n’est clair. Et si Stern détenait un secret capable de changer le cours de l’histoire ?
Retour en arrière : six mois avant [et non après, comme le signale faussement la quatrième de couverture] la mort de Stern, les haut-gradés partent à la recherche d’un irlandais légendaire installé comme homme-médecine dans une Mesa Hopi. Leur but ? Persuader Joe O’Sullivan Beare [car c’est de lui qu’il s’agit] de les accompagner au Caire pour rencontrer Stern et comprendre la nature exacte de ce qui se trame. Jo accepte de quitter sa retraite et découvre moult personnages perdus dans leurs rêves, leur passé et leurs illusions, le tout dans un contexte où l’espoir n’est plus qu’un souvenir. Un souvenir extrêmement compliqué, qui plus est.

« Toute vie est une tapisserie secrète qui se tisse et s’édifie au cours des ans, avec l’âme et l’effort en guise de fils et de couleurs. Mais ces petits noeuds n’ont au fond pas d’importance, seul compte le dessin, la tapisserie dans son ensemble. »

Jolie phrase prononcée par Joe au sujet de Stern, qu’on pourra appliquer à ce magnifique roman dans son ensemble. Ici, tout n’est que perte, tristesse, nostalgie d’un monde perdu, enfance brisée et faucheuse omniprésente. Ici, les individus s’échinent contre un présent disgracieux et pesant, malgré quelques éclairs de lumière qui illuminent une nuit existentielle douloureusement obscure. Et si les pyramides veillent, si le Sphinx n’en finit plus de regarder à l’horizon, le destin des hommes ne s’éloigne jamais vraiment de la poussière.


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Sans doute destiné à celles et ceux qui, bouffés par la trentaine, cabossés par la quarantaine, meurtris par la cinquantaine, n’en peuvent plus de lutter contre un monde qui n’en vaut peut-être plus la peine, Ombres sur le Nil est une sorte de testament aussi triste que touchant, aussi magnifique qu’écrasant. Ciselé dans une langue à la fois curieuse et magique [chapeau à Jean-Daniel BREQUE, au passage], cet exercice de déraison littéraire [Copyright quatrième de couverture] explose les frontières du roman, dynamite la narration et balance l’horreur au visage du lecteur avec une douceur, une humilité et un humour désabusé qui suscite l’admiration. Le comique n’est jamais très loin de la tragédie, et nos pathétiques gesticulations quotidiennes en sont le reflet permanent. Mais si Edward Whittemore met cruellement le doigt sur la plaie infectée, il nous rend meilleur. Et ils sont rares, les romans qui améliorent leurs lecteurs. Ombres sur le Nil est de ceux là.