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Publié le 05/06/2010

Oussama de Norman Spinrad

[Osama the Gun]

ÉD. FAYARD, MAI 2010

Par Ubik

À l’instar de millions de jeunes musulmans, Oussama a reçu son prénom en l’honneur d’Ousama Ben Laden et des fils d’Oussama, organisation à l’origine de la fondation du second califat.
En effet, dans ce futur indéterminé, l’Umma réunifiée rassemble dans son giron pays arabes et Pakistan. Un Islam conquérant et rigoriste appelé à dominer le monde, les pétrodollars et l’arme atomique pourvoyant à son indépendance.
Reste à vaincre le Grand Satan incarné par l’Occident chrétien et surtout les États-Unis, l’hyperpuissance technologique combattant par drones et robots interposés.


Profitant de la frilosité des éditeurs américains, l’Hexagone découvre en avant-première le nouveau roman de Norman Spinrad. Dans cette dernière œuvre, l’auteur s’attaque de front, comme à son habitude, à un sujet d’actualité sensible : le terrorisme.

Si le roman adopte les apparences et procédés du thriller, du moins au début, l’action ne tarde pas à dévier pour se focaliser sur la personnalité d’Oussama. À la fois narrateur et acteur d’événements géopolitiques le dépassant, le jeune homme incarne cette entropie chère à l’auteur américain. Une entropie portée ici par une foi sincère, d’aucuns diraient naïve, chevillée au corps quelles que soient les déconvenues et trahisons jalonnant ce qu’il faut bien appeler son petit djihâd.
Un peu à son insu, Oussama devient le flambeau de la croisade islamique à lui tout seul. Réveillant le Madhi en lui, il s’impose comme un héros de l’Islam, siégeant aux côtés des Saladin, Oussama Ben Laden et autres champions du panthéon musulman.
Pour autant, Spinrad n’en fait pas un fou de Dieu inflexible, un stéréotype antipathique suscitant immédiatement l’aversion ou la haine. Loin du bad guy de circonstance, le jeune homme apparaît profondément humain, fragile, oscillant sans cesse entre doute et conviction. On se surprend même à ressentir un peu d’empathie.
De même, tous les musulmans ne sont pas représentés comme les agresseurs mais bien comme les victimes d’un jeu géopolitique entre califat et États-Unis, une partie dont ils ne sont que des pions. Spinrad prend ainsi à rebrousse-poils les automatismes institués dans les esprits par la rhétorique du choc des civilisations et de la guerre contre le terrorisme.

Et la science-fiction dans tout ça ? À mille lieues des space operas récréatifs, l’auteur américain use du genre comme d’un vecteur politique, une arme de réflexion massive, certes décalée dans le futur, où l’ironie se conjugue à la satire pour inciter à réfléchir et proposer une autre lecture de notre présent. Au passage, le lecteur accoutumé retrouvera sans doute avec plaisir quelques-uns des thèmes récurrents chez Norman Spinrad, de ceux abordés dans ses romans En Direct ou Le Printemps russe, l’optimisme jusqu’au boutiste du second en moins.


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Réquisitoire sans pitié contre le terrorisme sous toutes ses formes et roman de science-fiction dans la plus politique acception du terme, Oussama démontre qu’à 70 ans, Norman Spinrad n’a rien perdu de sa lucidité ni de son ironie mordante.
Puisse Allah, ou je ne sais quoi, lui accorder encore quelques années supplémentaires d’écriture.