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Publié le 05/07/2008

« Pandore au Congo » de Albert Sanchez PIÑOL

[« Pandora al Congo », 2005]

ED. ACTES SUD, SEPT. 2007

Par Mr.C

Etrange récit que celui de Marcus Garvey... Une histoire de violence, dans la jungle du Congo, en 1912, sous les ordres de deux frères, aristocrates britanniques en quête d’or. Une histoire qui bascule dans les entrailles de la Terre, d’où surgissent des cauchemars fantastiques - une histoire totalement invraisemblable qui finit dans le sang.
Mais si elle était vraie ?


C’est par curiosité, et parce qu’il a besoin d’argent, que le jeune écrivain Thommy Thomson accepte l’étrange proposition d’un avocat. Celui-ci lui demande de recueillir et de retranscrire le récit de son client, Marcus Garvey, accusé d’avoir assassiné ses deux maîtres, William et Richard Craver, lors d’une expédition au Congo.
C’est en prison, et sous surveillance étroite, que Thomson fait la rencontre de l’homme, un gitan au regard fascinant qui n’a plus que le gibet pour avenir : n’est-il pas le seul rescapé de l’expédition ? Ne s’est-il pas vanté, devant témoins, d’avoir tué les deux aristocrates britanniques ? N’a-t-il pas été arrêté en possession de deux énormes diamants ?
Commence alors son récit, devant Thomson qui, rapidement, se laisse envoûter par la rocambolesque histoire. La cruauté des frères Craver, qui ont tous deux fuit l’Europe pour de sales raisons, n’a d’égale que leur avidité. Ils semblent incarner dans sa pire expression, la caricature du colon cupide et raciste. Mais alors qu’au plus profond du Congo sauvage, ils découvrent enfin une mine d’or fabuleuse, voici que surgissent des profondeurs de la Terre des êtres blancs comme le sel à l’humeur belliqueuse...

Albert Sanchez PIÑOL, l’auteur espagnol de ce roman extraordinaire, est avant d’écrire anthropologue de formation et de carrière. Il tire de cette matière de base l’essence de ses romans : la question du contact avec d’autres hommes, des hommes si éloignés de nous qu’ils ne nous semblent pas des hommes.
Les Noirs ne sont pas des hommes pour les colons britanniques de 1912. La cruauté des frères Craver n’est que celle de leur époque et de ses préjugés. Marcus Garvey, lui-même métèque, a-t-il moins de mérite à mieux comprendre les Noirs et à mieux les traiter ?
Et ces êtres venus de sous la Terre, sont-ils des Hommes ? Faut-il les traiter comme tels ? Pourquoi la Guerre semble-t-elle inévitable ? Pourquoi est-elle si sanglante ?

Dans son premier roman, La peau froide [publié également chez Acte Sud, et en poche aux éditions BABEL], qui a connu un succès certain, PIÑOL jetait en pâture à la solitude deux hommes que tout séparaient, l’un aussi poète et contemplatif que l’autre était impulsif et irréfléchi, plantés sur une île quasi déserte en plein océan. Leur solitude était plus terrible encore car assaillie chaque nuit par les assauts guerriers de centaines d’êtres aquatiques affamés.
L’enjeu n’était pas tellement de savoir si et jusqu’à quand les deux hommes survivraient, ni d’où venaient en réalité ces humanoïdes marins, mais les raisons de cette guerre absurde et la façon d’y mettre fin en cherchant dans la direction de la compréhension de ces ennemis peut-être moins différents de nous qu’en apparence.

Et comme dans Pandore au Congo, c’est une femme qui incarnait l’impossible chaînon manquant, le seul media possible entre deux races/couleurs/nations qui refusent de se comprendre.

Drôle comme Kurt VONNEGUT était drôle, quand la guerre est au centre de l’œuvre, celle des Craver et des Tectons, celle de 1914 dans laquelle est happé Thomson ; palpitant et roublard comme un Gustave LE ROUGE ; doté d’un formidable sens du romanesque, Pandore au Congo est une grenade au parfum sucré qui vous pète à la gueule en fin de livre. Un très grand roman.


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Roman sur un roman, récit dans le récit, Pandore au Congo est plus d’un livre : il y a là un roman d’aventure terrible, de suspense et d’effroi, un grand récit fantastique que Jules VERNE aurait pu imaginer s’il avait lu LOVECRAFT.
Il y a là aussi le roman d’amour d’un auteur pour un personnage, d’un homme blessé pour une femme imaginaire venue de 20 000 lieues sous les terres. Il y a enfin un grand roman contre la guerre et toute forme d’incompréhension entre les hommes, et une réflexion superbe sur la nature de la fiction.

Je ne vous le recommande pas, je vous ordonne d’en faire votre lecture de cet été.