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Publié le 02/01/2005

"Panorama illustré de la fantasy et du merveilleux" DIRIGE PAR OLIVIER DAVENAS ET ANDRE-FRANCOIS RUAUD

EDITIONS LES MOUTONS ELECTRIQUES, SEPTEMBRE 2004

Par Arkady Knight Par Daylon

On ne peut pas dire que l’époque soit à la disette du coté de la fantasy. Les étals ploient sous les ouvrages, on ne peut plus parler d’Imaginaire sans évoquer TOLKIEN ou ROWLING, et plus un mois ne passe sans qu’une histoire de chevalier ou de troll ne se hisse au sommet des meilleures ventes. Un paradoxe quand on connaît la santé plutôt tuberculeuse de l’édition française ces derniers temps.

Dans tout ce fatras littéraire, où le meilleur merveilleux côtoit la pire fantazouille, il manquait un guide, une compilation, bref, un ouvrage ayant la prétention de faire autorité... avec ce "Panorama Illustré de la Fantasy & du Merveilleux", on peut affirmer que c’est chose faite.


Si au premier abord cette fresque imposante se déguste parfaitement par petites gorgées, comme un ouvrage de référence ou d’enrichissement culturel quotidien, une lecture au fil des pages se révèle tout aussi recommandable compte tenu de la fluidité des différents articles et de leur logique de présentation. Libre ensuite au lecteur de survoler ou de parcourir en diagonale certaines parties, en fonction de ses centres d’intérêt [je confesse honteusement avoir violemment zappé le passage sur la fantasy animalière], mais une lecture de bout en bout de l’ouvrage s’avère vraiment passionnante.

Parmi les grandes qualités du PIFM, on notera surtout : Sa belle allure - illustrations de qualité, mise en page pratique et agréable à l’œil. Le PFIM propose une maquette irréprochable sur tout le plan esthétique. Un premier - et Ô combien décisif - atout tant la plastique de l’ouvrage procure l’envie immédiate de le caresser amoureusement.

Au rang des articles captivants [choix tout à fait subjectif et forcément incomplet] : La présentation du mouvement préraphaélite par Terri WINDLING et son complément sur les « Scribblies » par AFR. Les fiches sur Mervyn PEAKE par Michael MOORCOCK, celles sur Thomas BURNETT SWANN et Charles DE LINT par André-François RUAUD [d’ailleurs si celui-ci pouvait mettre en ligne la dernière phrase de l’article qui a sauté à l’impression, ce serait gentil...], sur M. John HARRISON par Rhys HUGHES, sur Arthur RACKHAM [oui et merci, les illustrateurs sont à l’honneur dans le PIFM] et Haruki MURAKAMI par Fabrice COLIN, etc.

Coup de chapeau également à David CALVO, auteur d’un papier bluffant et très joliment écrit sur l’histoire des studios DISNEY [Même si parler de DISNEY dans le PIFM est, de mon point de vue, particulièrement déplacé]. A noter la mignonne « Dantequerie » qui y traîne : « On pourra disserter longtemps de l’existence d’une méta-narration nécessaire à tout post-modernisme...  ».

Dernier remerciement, de la part d’un membre frétillant de notre e-zine qui préfère garder l’anonymat, à Luc DUTOUR pour avoir réussi à caser la nouvelle de R.C. WAGNER « Celui qui bave et qui glougloute ».

Malgré l’enthousiasme que suscite d’emblée ce panorama, de nombreuses scories mineures subsistent et agacent un chouia vu le prix élevé de l’ouvrage. Quelques articles décevants, comme « la Matière de Bretagne » qui s’avère illisible [ou alors j’étais particulièrement mal luné quand j’ai essayé de le déchiffrer], « le Steampunk » possède une trame assez obscure, la fiche sur MIYAZAKI est décevante [car superficielle et s’achève ironiquement par le mot « écologique » - adjectif que MIYAZAKI lui-même réfute].

En outre, de nombreux articles sont un peu éreintants dans leur volonté de détailler à tout prix la vie privée d’un auteur et ses différentes influences avérées ou supposées. Cette dérive, un peu trop systématique chez certains, empêche parfois une analyse profonde et mature des œuvres.

On regrette aussi certaines illustrations douteuses : la photo kitch en page 86 est atroce, et la présence des trois seuls dessins de filles à moitié désapées de l’ouvrage dans les vingt-cinq premières pages est assez maladroite [sinon c’est très putassier comme manœuvre...].

On peut déplorer l’absence totale d’ Orson Scott CARD, Jean-Louis FETJAINE, Stephen KING, Ursula LE GUIN... et plus globalement d’articles synthétiques sur les différentes mythologies à l’origine de bien des œuvres citées dans le PIFM.

Côté reproches d’un cafard pointilleux et exigeant : L’introduction est soporifique. COLIN & CALVO sont sur-indexés [même si au Cafard, on avoue on les aime bien, mais là franchement ça se voit que l’éditeur veut pré-vendre leur prochain bouquin] - au passage, jetez un œil page 418 sur l’amusante photo d’une étagère où cohabitent TOLKIEN, ROWLING, BARRIE, CARROLL, ANDERSEN et CALVO... Certaines piques ne sont pas argumentées, ce qui est toujours dommageable [je pense notamment au dénigrement lapidaire, même s’il est sans doute justifié, du « Peter Pan » de LOISEL page 85].

Le dégoût d’AFR pour la Big Commercial Fantasy est pénible car même si nous partageons amplement ce dégoût, il aurait mieux fait de régler ses comptes dans un seul article une fois pour toutes, au lieu d’en encombrer plusieurs [pages 243, 292, 361, 369...] - cet écœurement va même jusqu’à lui faire répéter trois fois l’origine du terme Big Commercial Fantasy dans trois articles différents...

Et pour finir, une petite bibliographie pour chaque auteur aurait été souhaitable, surtout quand certains auteurs sont peu ou pas édités en France [Dennis SCHMIDT, Charles DE LINT...]. Ce n’est pas très gentil d’émoustiller le lecteur comme ça...

Cependant ses petits reproches restent assez anecdotiques car noyés dans un ensemble de haute tenue. Le PIFM est au final un ouvrage essentiel pour trois raisons : [Les deux premières sont tout à fait personnelles]

  • 1 : Le PIFM a de la gueule, c’est le genre de gros bouquin qu’on a envie d’avoir par simple fétichisme compulsif.
  • 2 : En ces temps hibernaux de Big Commercial Fantasy, voir débarquer un tel plaidoyer pour la fantasy qu’on aime, fait franchement un bien fou.
  • 3 : La passion qui se dégage du PIFM est particulièrement communicative et votre liste d’achat risque de prendre sa plus belle claque dans la gueule de toute sa vie.

Le cas J.K. ROWLING

Il y a un gros truc tout dégoûtant qui fait tâche au milieu du PIFM et j’ai dûment bataillé pour ne pas me laisser aller à arracher sauvagement les 6 pages [oui, 6 !] consacrées à J.K. ROWLING. Je ne sais pas si la dictature commerciale s’est imposée ou si elles sont juste là par mauvais goût, mais elles font aussi moches qu’une couverture de Bragelonne au milieu d’une rangée de Lunes d’Encre.

Clarifions la situation : Harry Potter est une des pires insultes jamais faites aux littératures de l’Imaginaire. [bon d’accord j’avoue, j’ai honte, que je n’ai lu que les deux premiers mais si les autres me font changer d’avis, j’écris une lettre d’excuse à ROWLING]. La série Harry Potter est particulièrement mal écrite, possède une narration mal branlée, se révèle d’un humour navrant, recèle des intrigues insipides façon Scooby-Doo du pauvre, use d’une magie pif-gadget grotesque, et véhicule des idéologies malsaines : culte de la célébrité, hymne à la compétition et à la réussite, haine des gros, merchandising [les balais Nike, les cartes Panini des magiciens, etc].

De fait, Harry Potter est complètement et ouvertement dans la mouvance actuelle de la déchéance sociale et culturelle de notre époque. Donc : NON, ce n’est pas réjouissant de voir des millions de gniards exulter devant un tel ouvrage. C’est même dramatique. Ce sont ces gniards qui continueront à lire dans la foulée la Big Commercial Fantasy [comparez donc les arguments des pro-HP et des pro-BCF...]

D’un autre côté, comme rien n’indique que le marasme pré-apocalyptique actuel va s’améliorer, on peut toujours se consoler en se disant que dans cent ans, il y a aura quand même un auteur dans le PFIM que les gens connaîtront encore...


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Le PIFM est donc un ouvrage très attachant que tout amoureux des littératures de l’Imaginaire aura plaisir à contempler, feuilleter, lire, approfondir et tout simplement aimer.

En espérant que les productions à venir des moutons électriques s’avèrent à la hauteur des ambitions clairement affichées au fil des pages...

A découvrir : quelques bonus intéressants et gratuits traînent sur [le site des moutons électriques