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Publié le 01/07/2007

« Passage » de Connie WILLIS

[« Passage », 2001]

ED. J’AI LU / MILLENAIRES, 2003 - REED. J’AI LU / POCHE, MAI 2007

Par Ubik

Tout le monde ne connaît pas forcément Connie WILLIS car la Dame n’est pas du genre à monopoliser l’attention dans nos contrées. Il faut avouer, à la décharge du lecteur moyen, que l’auteure étasunienne s’est faite plutôt rare dans l’Hexagone.
Pour preuve « Passage », le roman dont il va être question ici, est paru dans la défunte collection Millénaire des éditions J’ai Lu en 2003. Aussi un bref rappel n’est-il pas dépourvu de tout intérêt en ouverture de cette chronique.
En France, Connie Willis a surtout attiré l’attention avec deux livres qui brodent sur le thème du voyage temporel : « Le grand Livre », chronique qui plonge le lecteur à l’époque très joyeuse de la Grande Peste Noire, et « Sans parler du chien », roman victorien très drôle en forme d’hommage à Jérôme K. JEROME et dans lequel perce également l’influence de P. G. WODEHOUSE. Avec « Passage », elle nous invite à un périple dans la conscience au seuil de la mort.
Amis lecteurs, oublier vos certitudes avant de commencer.


On meurt tous un jour, il faut s’y résigner. Pourtant ce qu’il y a de plus terrifiant dans la mort, ce n’est pas le fait de mourir, mais la perspective de ne plus exister. Ce qui suit le trépas échappe à la compréhension de l’esprit humain, faute de témoignages ou d’éléments objectifs à analyser. Ceci n’empêche pas d’imaginer, pour des raisons d’équilibre psychologique mais pas seulement, des parades pour meubler un éventuel néant existentiel : au-delà paradisiaque, réincarnation, immortalité de l’âme... Les propositions abondent mais elles ne parviennent pas, cependant, à éliminer totalement le doute qui pèse sur la conscience, doute que les religions, les charlatans de tout acabit, spirites et gourous en pagaille, se sont empressés d’exploiter.

A la fin des années 1970, la mode s’est focalisé un temps sur l’EMI [l’expérience de mort imminente], nouveau graal pour des pseudos scientifiques perclus de mysticisme. C’est justement l’EMI qui constitue le moteur du roman de Connie WILLIS et c’est la compréhension de sa véritable nature qui s’impose comme l’enjeu de la recherche de Joanna Lander, médecin psychologue de l’hôpital Mercy General de Denver.

Que le lecteur se rassure tout de suite. Connie WILLIS ne s’aventure pas dans une variation pseudo-philosophique ou mystico-n’importe quoi, à la manière de « Les thanatonautes » de Bernard WERBER. Au contraire, aucun présupposé surnaturel ou religieux ne vient entacher le récit.
Inlassablement, Joanna Lander collecte auprès des EMIstes leurs impressions afin d’élaborer une théorie sur ce phénomène. La tâche n’est pas évidente car elle ne doit pas influencer les réponses par des questions trop précises, et ne pas omettre de séparer les sensations réelles de celles inspirées par les affabulations de la mémoire du patient.
Entre les interrogatoires et leur transcription, ses visites à Maisie, une fillette atteinte d’une cardiomyopathie, adepte des récits de catastrophe, et ses détours occasionnels auprès d’un autre patient plongé dans un coma dépassé, la scientifique n’a pas un instant pour les loisirs, en dehors des séances vidéos hebdomadaires avec son amie Vielle, médecin urgentiste dans le même établissement hospitalier. Bref, tout ceci confine au sacerdoce.
Et puis, il y a le professeur Mandrake [on apprécie toute l’ironie de l’auteur dans le choix de ce nom], antithèse de Joanna que celle-ci doit constamment fuir afin d’éviter un discours lénifiant sur l’Au-delà, peuplé d’anges et de défunts apaisés. Aussi lorsque le professeur Richard Wright lui propose de collaborer sur un projet de simulation artificielle d’EMI, Joanna n’hésite-t-elle pas un seul instant.

Nous n’allons pas raconter entièrement « Passage ». Cela priverait le lectorat du plaisir de découvrir un roman franchement bien documenté sur le milieu médical et les EMI, roman à la narration maîtrisée qui dépasse quelque peu le cadre codifié du thriller métaphysique que la quatrième de couverture annonce. « Passage » est un texte chaleureux dont la matière morbide, propice à la dramatisation, ne bascule ni dans le mysticisme de pacotille, ni dans le mélodrame sirupeux. Le rythme est celui du thriller, mené tambour battant, et chaque chapitre ajoute une pièce au puzzle...

Néanmoins à l’instar des circonvolutions du cerveau, les couloirs et passerelles du Mercy General, sont un labyrinthe truffé de chausse-trappes, d’impressions de déjà-vu et de réminiscences insaisissables où il est aisé de s’égarer. Les personnages de Connie WILLIS courent beaucoup. Ils bifurquent pour éviter les obstacles car les passages les contraignent à rebrousser chemin fréquemment et à reconsidérer leur itinéraire pour ne pas s’engager sur une fausse piste - ce qui débouche sur des contretemps, sans pour autant perdre le fil directeur du récit.


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Ceci n’empêche pas le roman de Connie WILLIS de rester passionnant jusqu’au bout, tout en conjuguant, à la fois, l’objectivité de l’analyse scientifique, la fragilité de l’existence humaine et un humour subtil, celui du condamné qui vit dans l’attente de la mort.

Aussi méditons sur ces dernières paroles, citées par l’auteure, de Crowfoot, chef des indiens pieds-noirs : « Dans très peu de temps je serai parti, même si je ne sais pas pour où. Nous venons de nulle part et nous n’allons nulle part. Qu’est-ce que la vie ? Le papillonnement d’une luciole dans la nuit.  »