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aux Ed. Moutons Électriques

 

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Première publication le 01/03/2008
Publié le 01/04/2010

Péninsule de Michael Coney

Par Olivier

Il est des livres qui enchantent le lecteur, au point que l’on se demande encore comment ils ont pu disparaître des librairies. Péninsule de Michael Coney est assurément de ceux-là.
Exhumé par Les Moutons Electriques il y a deux ans, cet incontournable ressort en poche.


Joe Sagar habite la Péninsule, riche enclave située au milieu de nulle-part, mais pas trop loin des Vermilion sands de J.G. Ballard. Il y élève des slictes. La peau de ces reptiles sert à faire des bracelets et des vêtements. Elle a l’étrange capacité de changer de couleur selon les émotions de celui qui la porte. Cette propriété intéresse beaucoup sa voisine Carioca Jones, une ex-star de cinéma. Elle lui commande une robe.
Joe ne sera pas pour autant débordé de travail. Il travaille en dilettante, l’essentiel du travail étant effectué par sa PDC.
PDC comme pièce détachée corporelle.
Ce sigle sinistre désigne un prisonnier qui a choisi de voir réduire sa peine d’un tiers. Pour se faire, il est confié à un homme libre dont il devient le serviteur. A ceci prêt qu’en cas d’accident, toute greffe d’organe, de membre ou autre sera prise sur la PDC.

Pour les citoyens libres ne disposant pas d’une PDC, il y a la Banque d’organes. Elle fonctionne par les prélèvements faits sur des prisonniers, selon les besoins. Strictement encadrée par l’Etat, cette politique évite aux contribuables de payer pour que les feignasses déviantes qui emplissent nos prisons soient entretenues dans l’oisiveté.
Pourquoi dès lors les honnêtes gens ne se risqueraient-ils pas aux sports extrêmes ? Les dommages corporels sont couverts par les PDC, alors peu importent les mutilations, les fractures ou les amputations. Il n’y a guère qu’une poignée de pétroleuses pour dénoncer ces pratiques que presque tout le monde accepte. Car nous ne sommes pas sur Shayol, qu’on se le dise. Il n’y a pas d’échappatoire ou de bons démiurges. Les hommes sont livrés à eux-mêmes, à leur sagesse comme à leur horreur.

Au-delà de l’anticipation, la sf apparait en background. La Péninsule est une oasis née d’un cataclysme. L’humanité a colonisé d’autres planètes [dont celle d’où viennent les slictes]. Mais tout cela est simplement évoqué. La substantifique moelle, ce sont les relations entre Joe, Carioca et leurs PDC.

Cela vaut aussi bien pour le roman que pour les quatre nouvelles qui l’accompagnent. L’éditeur nous signale que l’auteur n’a pas eu le temps de retravailler ses nouvelles, qui entrent parfois en contradiction avec le roman. Mais cela ne gâche absolument rien, bien au contraire. Les nouvelles apparaissent plutôt comme des fins alternatives façon DVD, ou des alternative takes façon CD.

On y découvre même une autre facette de Michael Coney. Il utilise en effet de façon redoutable l’ellipse et le laconisme. La chute de la deuxième nouvelle, "La machine de cendrillon" en est la parfaite, remarquable et surtout redoutable illustration.

Nouvelles comme roman, la noirceur est totale, mais jamais grandiloquente. Bien au contraire. Elle est d’autant plus banale qu’elle en devient terriblement crédible.


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Inutile de chercher plus longtemps le chaînon manquant entre la poésie du J.G Ballard de Vermilion Sands ou le Christopher Priest de L’archipel du rêve et la noirceur de Thomas Disch ou Thierry Di Rollo. Vous l’avez sous les yeux : ne le ratez pas !