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Publié le 13/04/2003

Périphériques de Maurice G. Dantec

Recueil d’essais et de nouvelles

ED. FLAMMARION, 2003

Par Mr.C

Au même moment que Villa Vortex, quatrième roman de Maurice G. Dantec, paraît chez Flammarion un recueil de textes qui éclaire la pensée d’un des auteurs français les plus fascinants, les plus dérangeants - et peut-être le plus dérangé ?


Périphériques rassemble quatre nouvelles, sept articles, deux discours et une longue interview de Maurice G. Dantec.
Au moment où l’auteur sème le trouble dans une partie de son lectorat, (cf. la critique de Villa Vortex) cette compilation apporte un éclairage bienvenu sur la pensée, les intentions et les motivations du bonhomme.

Les nouvelles d’abord. Outre le plaisir que l’on a à retrouver, sous une forme enfin présentable, quelques uns des rares textes courts de Dantec, et en particulier le fameux « Là où tombent les anges » (paru dans Le Monde en septembre 1995 et depuis seulement récupérable sur le Net, et encore...), on se prend également à soupirer d’aise devant une écriture pas encore illisible et pourtant déjà acide. Dantec, qui a coutume de mépriser assez vite tout ce qu’il a pu faire l’année précédente, ne revendiquerait sans doute pas ses textes comme le sommet de son œuvre, et pourtant on aurait bien aimé que, sans abandonner pour autant toute ambition littéraire, Maurice reste à cette juste distance de son lecteur : assez loin pour enflammer les neurones, assez prêts pour les toucher.

Les articles et les discours sont déjà moins convaincants. La bride lâché sur le cou de sa rébellion, Dantec s’écoute écrire (si, si, c’est un méta-humain, il peut faire des trucs pas croyables...) et explose en plein vol. Son « Fiction comme laboratoire anthropologique expérimental », écrit en 97, sonne comme le brouillon des futurs Théâtre des opérations : la littérature doit subir une révolution, laquelle on comprend pas bien, mais il est question d’utiliser des drogues et de formes de vies mutantes... Et puis c’est une lame de fond qui va tout emporter (On attend encore..., c’est pour quand ?)
Cependant des textes comme "transitions urbaines" donne lieu à des exercices de prospectives réjouissants où le meilleur de l’auteur s’exprime d’un élan cynique et violemment comique. Ca fait plaisir.

Le morceau du roi est sans doute l’entretien, le long entretien, accordé à Richard Comballot et jusqu’ici introuvable. Rarement on aura pû entrevoir avec autant de netteté les réels mobiles de Dantec. Après quelques instructives données biographiques (son enfance, sa passion pour la musique, ses débuts dans la Série Noire grâce au soutien de Jean-Bernard Pouy et de Patrick Raynal, ses incursions dans le monde de la pub, ses évasions dans le monde de la drogue...), Maurice D. s’explique en détail sur sa vision du monde et de la littérature.
Et là, enfin, tout s’explique (ou presque, faut pas déconner, non plus...) : TOUT CE QUI EXISTE AUJOURD’HUI, C’EST DE LA MERDE. Bon, je caricature le propos, mais faut bien avouer que rien ne trouve grâce aux yeux de Dantec qui balance aux ordures dans un seul élan et sans distinction : Le Monde Diplomatique et Les Inrockuptibles, François Mitterrand et Charles Pasqua, Marguerite Duras et Philippe Delerm (l’auteur de Une petite gorgée de bière), Laure Adler et Lagaf, et puis la France dans son ensemble, et puis L’Europe également, et puis la Planète, qu’est foutue de toutes façons, et même ses propres lecteurs, avec qui il a hâte d’entrer en conflit (ça, c’est réussi !).

Alors il aime quoi Dantec ? Lui qui passe son temps à décrier (sans jamais proposer de solution d’ailleurs), a-t-il du respect pour quoi que ce soit ? Eh bien oui, et on va même vous faire la liste, histoire de satisfaire votre curiosité, et de vous évitez de vous prendre un poing dans la gueule si vous le croisez lors d’une dédicace.
Dantec a du respect pour :
- des penseurs comme Nietszche, Fumaroli, Duteurtre, Schneider
- des auteurs classiques comme Flaubert, Zola, Camus, Proust, Dick
- des auteurs d’aujourd’hui comme Michel Houellebecq, Belhaj Kacem...

Des essais, des interviews, des nouvelles, du Dantec d’avant 2002. C’était avant "L’Affaire". C’était souvent non seulement lisible mais percutant et intelligent.
Souvent mais pas toujours : les réponses de l’auteur à l’interview de Richard Comballot font froid dans le dos.


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Si on essayait de résumer La Vérité de Dantec, ça donnerait un truc genre :
- Les Humains sont dépassés, place aux Meta-Humains
- Le Mal, le Bien, tout ça c’est la même chose.
- Les drogues, notamment le LSD, ouvriront nos cerveaux à la véritable conscience
- La Littérature doit se transformer parce que "les anciennes dialectiques sont dissoutes par le monisme de puissance pure qui s’agite sous les séismes en cascade que produit l’ajustement historique en cours."

Bon, ben voilà, tout est plus clair, non ?

Si Dantec reste pour vous un objet de mystère, lisez Périphériques : ça vous évitera de lire Villa Vortex (et ça, déjà, c’est pas rien), et vous aurez largement de quoi répondre vous même à la Grande Question : Dantec est-il un génial, ou complètement maboul ?