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Publié le 14/01/2008

« Permanence » de Karl SCHROEDER

[« Permanence », 2002]

ED. DLE, 2005 - REED. FOLIO SF, JANV. 2008

Par K2R2

Karl SCHROEDER, écrivain canadien relativement peu connu en France, bénéficie outre-atlantique d’une réputation fort élogieuse, qu’il doit essentiellement à la publication de son second roman, Ventus. Ce dernier a reçu plutôt bon accueil lors de sa parution en France et c’est avec un intérêt certain que les amateurs de space opera attendaient la sortie de Permanence.


Rue Cassels a grandi dans une petite station d’exploitation cométaire du Halo, cette zone de l’espace riche en naines brunes située entre le système solaire et les mondes illuminés. Les naines brunes sont des étoiles avortées, trop petites pour que s’allume en leur sein une réaction de fusion libérant chaleur et lumière, sources de vie. Les mondes du Halo, gravitant autour de naines brunes sont obligés de communiquer et de commercer intensivement pour ne pas se voir exclus, économiquement et politiquement, du reste de l’humanité. Ce rôle est dévolu aux cycleurs, ces gigantesques vaisseaux voyageant à des vitesses sub-luminiques et assurant le lien entre les différents mondes. Mais les cycleurs se font de plus en plus rares et ceux qui assurent encore des liaisons évitent désormais les colonies mineures.

En tentant d’échapper à la tyrannie de son frère, qui ne cesse de d’imposer son autorité de façon arbitraire depuis la mort de leurs parents, la jeune Rue découvre un cycleur d’origine extraterrestre. Elle décide donc, avec l’aide de quelques amis, de monter une expédition pour prendre possession du vaisseau et ainsi assurer à nouveau une liaison avec les mondes du Halo. C’est sans compter sur les autorités des mondes illuminés, qui semblent avoir tout intérêt à s’emparer des technologies avancées promises par ce cycleur d’origine extraterrestre.

Auréolé du prix Aurora 2003, récompensant le meilleur roman canadien de langue anglaise, et bénéficiant de critiques plutôt positives dans les pays anglo-saxons, Permanence a en outre le bon goût de paraître dans la collection Lunes d’encre, souvent gage de qualité, mais aussi de tarif élevé.

Le moins que l’on puisse, c’est que l’univers créé par SCHROEDER est plutôt original, si cette idée de la colonisation de planètes gravitant autour de naines brunes [une découverte datant des années 90] ne convainc pas réellement, il n’en demeure pas moins qu’elle permet à l’auteur d’imaginer une société inédite tant sur le plan économique que politique ; il néglige pourtant dans ses explications des données fondamentales ou passe trop rapidement dessus, jugeant sans doute qu’elles ne sont pas capitales. Pourtant, les naines brunes ne sont pas de véritables étoiles et ne génèrent donc ni lumière ni chaleur [ou très peu], on peut donc s’interroger sur la pertinence et la viabilité de colonies humaines gravitant autour de ces astres, d’autant plus que l’humanité a colonisé allégrement d’autres mondes, bien plus accueillants.
Par ailleurs, l’univers de SCHROEDER ne semble pas répondre intégralement aux lois de la physique, s’il prend souvent en considération les effets de la gravitation, il néglige pourtant ses effets relativistes.
Un peu gênant, d’autant plus que dans un registre similaire, Alastair REYNOLDS a su parfaitement intégrer cette donnée. Pour autant, il ne s’agit pas d’une entrave à la lecture, le monde imaginé dans Permanence reste étonnamment envoûtant, et on se plait à imaginer ces colonies humaines pour qui la communication est finalement le seul salut pour ne pas sombrer dans l’oubli et le déclin technologique.

Dans sa partie exploration, Permanence n’est pas sans rappeler quelques illustres prédécesseurs, comme le Rama d’Arthur C. CLARKE ou bien encore les romans du Centre galactique, de Gregory BENFORD, l’originalité de SCHROEDER et de proposer en quelque sorte une variation autour du célèbre paradoxe de Fermi, mais sans réellement s’attarder sur le sujet, ce qui est bien dommage. Mais c’est un peu le défaut de cet auteur, qui ouvre de nombreuses pistes sans jamais réellement les exploiter à totalement.

Sur le fond, ce roman est, sans être une révolution, tout à fait satisfaisant, mais il pèche néanmoins par la forme. Le style de SCHROEDER est assez inégal, sans être tout à fait mauvais il reste bien trop quelconque et cède à de nombreuses reprises à la facilité, essentiellement dans les dialogues, qui apparaissent relativement plats, voire superficiels. Permanence souffre également de quelques longueurs, les cent premières pages sont étonnamment laborieuses et l’histoire ne devient franchement captivante qu’au milieu du roman. Sans compter quelques passages à vide, que l’auteur aurait été largement inspiré de travailler davantage. Tout cela ne pourrait être que des défauts mineurs si les personnages étaient plus consistants, cette faiblesse se révèle particulièrement handicapante dans les dialogues (sic), et ne pousse pas le lecteur à s’attacher au sort des protagonistes [en matière de romance inaboutie, Permanence se pose là, à croire par ailleurs que l’auteur est particulièrement prude].


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La liste des reproches est assez conséquente, mais qui aime bien châtie bien et Permanence n’est pas un mauvais space opera, ni même un mauvais roman. L’univers est attachant et SCHROEDER pose à son lecteur quelques questions intéressantes, certes de façon inaboutie, mais néanmoins originale, mêlant adroitement les sous-genres de la SF.

Après BANKS, HAMILTON ou encore REYNOLDS, Karl SCHROEDER dépoussière le space opera.