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Publié le 27/05/2009

Peste de Chuck Palahniuk

[Rant, MAI 2007]

ED. DENOËL / ET D’AILLEURS, JANV. 2008 / REED. FOLIO SF, MAI 2009

Par Mr.C

Peste est la biographie documentaire de Buster Casey, dit Rant, soit le plus grand serial killer de tous les temps, à moins qu’il ne soit qu’un sombre crétin dégénéré de Middletown, à moins qu’il ne soit un génial voyageur spatio-temporel aux pouvoirs divins, à moins qu’il ne soit le seul mec capable de déterminer le détail du dernier repas d’une femme après un cuninlingus, à moins qu’il n’ait jamais existé.


Les documentaires télévisés américains sont friands de ce genre de biographie "orale" : une longue succession d’interviews croisées vient dresser le portrait en creux d’une rock star décédée ou d’un homme politique ou d’un criminel important. Quelques photos par-dessus en zoom avant, et voilà de quoi remplir une heure de TV à peu de frais. Une heure, sans compter la pub.

Chuck Palahniuk adopte ce format, ou son équivalent écrit, pour raconter Buster Casey. Ou plutôt pour établir sa légende.
Disons le immédiatement : le parti pris à ses limites. Page après page, un foutoir décousu de propos contradictoires esquissent l’évangile d’un type dont on ne saura jamais s’il était une divinité ou un paumé crado. Drôle, serré, mais mal foutu.

Palahniuk n’a pas que des amis.
Depuis Fight Club [1], il écrit souvent où on l’attend : bourré d’idées publicitaires, simple et efficace, toujours semé d’un doigt de porno ou de violence, méchant pour l’Amérique - on pourrait appeler ça de la trash-réalité. Forcément, on aime.
Depuis Fight Club, il a son club de fans, ses bouquins se vendent tous seuls ; ça fait toujours bien de lire un bouquin équipé d’une enseigne au néon "LECTURE INCORRECTE" de 4 mètres de haut, avec des couvertures rock’n roll. Comme si Zadig&Voltaire© sortait des pulls en cachemire avec écrit "éjac faciale" en paillettes dans le dos [je parie mes tickets-resto que ça se vendrait].
Depuis Fight Club, ses ficelles sont bien identifiées : débusquer le ridicule de nos petites misères de citoyens noyés dans la masse et le consumérisme, avec ici et là des éléments de vérité souvent tirés de la presse ou de son boulot de journaliste ou de recherches documentaires. Voilà pour la réalité. Et puis aller dans la chair pour jouer sur les contrastes entre l’anonymat de nos corps et la violence des fluides vitaux [sueur, sperme, sang]. Voilà pour le trash.
A côté de ça, faut reconnaitre, Palahniuk frappe rarement à côté : il a beau cabotiner, sa prose percute particulièrement bien les esprits. On est pas obligé d’aimer, mais on ne peut pas cracher dessus.

Peste ne déroge pas à ces quelques principes mais le format de la "biographie orale" ne m’a pas convaincu.

Buster Casey est un jeune américain dont les amis d’enfance, les parents, les rencontres amoureuses, le shériff, les voisins, les ennemis, un Historien, bref une bonne trentaine de personnes, nous brosse l’histoire, sa mort étant donné pour acquise d’entrée de jeu.
L’amusant est dans les contradictions de ces "témoignages". Le mythe naît du doute, de la répétition et de l’inexplicable. Chaque chapitre tresse anecdotes, on-dits, mensonges et calomnies.
Buster Casey enfant transforme la fête d’Halloween en vraie exposition d’abats animaux. Buster Casey adolescent joue à plonger son bras dans les terriers du désert, parce qu’il aime se faire piquer/mordre/griffer par tout ce qui passe, avec une préférence pour les araignées. Buster Casey jeune homme séduit tout ce qui passe, homme ou femme, et lègue à chacun un échantillon de maladie rare et de virus dangereux.
C’est drôle, documenté [méthode Palahniuk : s’ancrer dans le réel] et ça se lit tout seul. Buster Casey a des érections si gênantes en classe qu’il en fait un prétexte d’exemption. Buster Casey trouve des trésors dans de vieux pots de peintures. Buster Casey disparait sans laisser de trace dans un spectaculaire et télévisé accident de la route.

Peste est truffé de bonnes idées [de quoi écrire trois bouquins pour d’autres], mais son rythme est hâché, son objet indiscernable et son propos inaudible. Lorsque des théories de voyage dans le temps s’immiscent dans l’intrigue, ça dérape total. C’est pas sérieux, et c’est pas drôle non plus.
La partition entre les diurnes et les nocturnes imaginée par Palahniuk semble collée par-dessus. Les Nuits de rentre-dedans collectif en bagnole envahissent les pages et brouillent la visibilité. Finalement, on ne sait plus de quoi on parle, on ne sait plus de quoi il est question. Ca s’appelle un foutoir.

Maintenant, je ne dis pas que si c’était un jeune auteur inconnu qui nous avait pondu ça je n’aurais pas crié au génie.
Non, je ne le dis pas.


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On a aimé les conseils du marchands de voitures pour capter l’attention du client [ça sent le vécu à plein nez, méthode Palahniuk]. On a aimé le basculement de l’économie locale aux mains des enfants soudains richissimes [très drôle].
On a aimé beaucoup de choses - mais ces choses bout à bout ne font pas un livre réussi. Tout au plus une esquisse intéressante.
Palahniuk a annoncé que le personnage de Rant serait à la base de deux autres romans. Mais pas avant que ne sorte son prochain, en mai 2008 : ça s’appelera Snuff parce que c’est une histoire de snuff-movie. Trash-réalité again.



NOTES

[1] Concours : l’internaute qui débusquera un roman de Palahniuk, n’importe lequel, où les mots Fight et Club n’apparaissent pas, dans cet ordre, à un endroit ou à un autre de la couverture, a gagné un voyage à Malibu.