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Publié le 15/03/2009

Pinocchio de Winshluss

ED. LES REQUINS MARTEAUX / FERRAILLE , NOV. 2008


Chef d’œuvre de la littérature pour enfant, Pinocchio est à l’origine un conte moraliste écrit en 1881 par Carlo Collodi dans l’intention de célébrer les valeurs de la famille, du travail et de l’honnêteté - une fable plutôt conservatrice, bien que l’humour n’en soit pas absent.
La version qu’en livre Winshluss est un carnage à la hauteur des pires atrocités du XXème siècle, un regard de colère noire jeté sur un monde cruel que nulle morale ne viendra sauver.


FAUVE D’OR ANGOULÊME 2009


Une tête ronde de métal riveté, deux grands yeux inexpressifs, et un corps malingre : Pinocchio est un robot qui pourrait faire la fortune de son créateur, Geppetto. Pendant que celui-ci cours vendre ses plans à un général d’armée, sa femme [un mix entre Marge Simpson et la fiancée de Frankenstein] teste le pantin : il fait merveille, passe l’aspirateur, lave la vaisselle, et finit par lui masser le dos, révélant alors les possibilités voluptueuses de ses doigts rétractables et de son long nez en forme de courgette.
On bascule dans le porno.
Puis dans le gore, parce que, fallait le savoir, le pif de Pinocchio cache un lance-flamme rudement efficace. Surprise. Fin du premier acte.
Chez Winshluss, le pire est toujours certain, et l’incendie malheureux de Madame Gepetto n’est que le premier d’une longue série d’affaires salissantes.

C’est le lot du pantin de Collodi que d’être confronté à un monde d’escrocs, de pervers et d’assassins : on se souvient que, dans le conte, l’enfant de bois doit successivement se tirer des pattes d’un effrayant marionnettiste, d’un Renard bonimenteur et d’un Chat aveugle, d’une bande d’assassins, d’un paysan qui l’enchaîne en chien de garde, d’un directeur de cirque esclavagiste et pour finir d’une baleine monstrueuse.
Cette litanie de violents épisodes démontre que le garnement aurait mieux fait, dès le début, d’aller sagement à l’école. D’ailleurs la rédemption est possible : s’il se rachète une conduite, il deviendra un "vrai" petit garçon, comme le promît la Fée bleue.

Winshluss ne s’intéresse pas, lui, à la morale de l’Histoire. Elevé chez les indépendants de la BD du collectif des Requins Marteaux, perché du côté d’Albi, il a forgé les premières cases de Pinocchio dans leur revue, Ferraille Illustrée. On sent chez lui le désir de pervertir les codes, de renverser la vapeur : il ne retient du voyage de Pinocchio que la grande noirceur de l’être humain ; l’humour est ténébreux, le regard mordant, l’esprit mal tourné, l’amour vachard. Et s’il n’est pas beau de mentir, peu de personnages du récit s’en privent pourtant... sauf Pinocchio, qui lui ne dit jamais rien.
Enfants esclaves, pingouin fanatique, bateaux poubelle, Blanche-Neige et les sept nains vicelards, et Pinocchio au milieu de tout cela, qui vogue d’attentat en prise d’otage, le regard toujours aussi fixe, comme pétrifié d’horreur.
Qu’est devenue sa bonne conscience, diront-ceux qui se souviennent avec nostalgie du charmant Jimini Cricket ? Il crèche dans la boite en fer qui sert de crâne au pantin, et quand il trifouille les fils, ça fait tilt et Pinocchio devient une machine de guerre qui met l’armée en déroute à coup de lance-flamme, provoquant un Holocauste à l’envers assez saisissant. La Fée bleue, elle, n’a pas été invitée.


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Avec un trait expressif, noir et rugueux, façon Disney des années 50, sans paroles ou presque, le conte devient farce, la farce devient amère. Les clins d’oeil à l’univers des contes ou au cinéma appuient une forme de mise en abyme : pantin du dessinateur, Pinocchio est constamment manipulé, mais les êtres grotesques qui l’entourent ne le sont pas moins que lui.
Winshluss a su faire dire à Pinocchio toute la comique tragédie des temps modernes. Et le regard figé du bonhomme de fer, le soir au fond de son lit, lumineux dans l’obscurité, provoque un frisson sur l’échine.



Mr.C