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Publié le 01/12/2008

Pixel Juice & NymphoRmation de Jeff Noon

[Pixel-Juice & NymphoRmation, OCT. 1998]

ED. LA VOLTE, OCT. 2008

Par PAT

Adulé en Angleterre et quasi inconnu sous nos longitudes, Jeff Noon déploie à nouveau son talent singulier dans Pixel Juice, en faisant d’un simple recueil de nouvelles une petite merveille d’humanité et d’intelligence. Moins maîtrisé, mais indispensable en tant que prequel à Vurt [en quelque sorte], NymphoRmation fait partie des romans dont la petite musique hante longtemps leurs lecteurs.
C’est Noël, La Volte nous gâte. Deux Noon d’un coup, quand même. De la vraie bonne littérature, grave et légère, pour tout le monde, et tout de suite.


Si un minuscule cercle d’initiés attend chaque nouveau livre de Jeff NOON comme un événement littéraire à part entière, force est de reconnaître que cet anglais discret ne fait pas franchement partie des auteurs célèbres en France. La cinquantaine affable, Jeff Noon revisite pourtant la littérature à sa manière et s’embarque dans des expérimentations formelles dont l’acuité et la sensibilité chassent très vite tout scepticisme.

Bizarre, décalé, parfois hallucinatoire [on se souvient de plusieurs pages d’anthologie dans Vurt et Pollen], son univers peut surprendre ; mais en plaçant l’humain au centre de son oeuvre, Jeff Noon convainc tout le monde. C’est d’ailleurs la caractéristique principale de Pixel Juice, recueil de 50 nouvelles [fragments ?] a priori désordonnées, mais secrètement articulées autour de personnages fragiles, embarqués dans la même histoire globale.
Absurde, humour, tragédie et mesquinerie cohabitent tranquillement dans des textes biscornus dont le travail formel reste un modèle de lisibilité.

Témoin l’exceptionnel Mini Mac, compte-rendu hilarant et touchant d’un gamin sympathique qui devient mac en passant, comme ça, par gentillesse, à la grande consternation de ses contemporains et de ses parents quand ils finissent par s’en rendre compte. Comment une histoire aussi absurde et grotesque réussit-elle à faire passer autant d’émotion, le tout dans un contexte impeccablement crédible ? Paradoxe résolu en douceur par NOON, et brillamment.

Autre exemple avec Absolu, jolie parabole sur l’enfance foutue et les regrets éternels, saupoudrée çà et là de critique sociale intelligente et pudique. L’écriture de Noon est frappante à ce titre. Clairement expérimentale, parfois totalement barrée, elle ne souffre d’aucun artifice et coule d’elle-même, sans heurts ni violence, malgré l’énormité de certaines situations. De quoi emballer n’importe quel type de lectorat, fan de pure SF ou amateur de textes plus décalés. En prenant un peu de recul sur le recueil, on finit par constater que les textes influent les uns sur les autres, se croisent, se mêlent et finissent par dégager une histoire plus vaste à forte tendance parallèle. Un vrai mix, donc, qui tient étonnamment bien la route.

Moins bien fichu, mais tout aussi intéressant dans son genre, le roman NymphoRmation peut se lire comme une ouverture à l’univers du Vurt. Axé autour d’un jeu télévisé dont les habitants de Manchester [futuriste ? Parallèle ? Vurtienne ?] dépendent comme d’une drogue [et qu’on pourra allègrement comparer à la télévision dans son ensemble, au foot, au loto ou aux jeux du cirque, en fonction de sa sensibilité personnelle], l’histoire suit les aventures, déboires et trajets parallèles de personnages en changement, entendre inachevés. Sous ses dehors satyriques, avec ses quelques scènes à mourir de rire [lire à ce titre, le combat des étudiants en médecine racistes dans le restaurant indien du père d’un des protagonistes], NymphoRmation est un texte plus tragique, moins léger, et pour tout dire, moins réussi, malgré les nombreuses bonnes pages et la surprenante présence des personnages. À réserver aux fans du Vurt, au sujet duquel on apprend ici quelques vérités quasi cosmogoniques. Celles et ceux qui cherchent une porte d’entrée vers le monde merveilleux de Jeff Noon s’orienteront plutôt vers Pixel Juice, moins marqué, moins orienté, et sans doute plus accessible.


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Parfois lumineux, souvent déroutant, mais toujours touchant et d’une rare beauté formelle, l’univers de Jeff Noon décape assez sérieusement la littérature en général et la SF en particulier.
De quoi attendre avidement les quelques autres textes publiés outre-manche dont la traduction ne saurait évidemment tarder.
Au boulot, La Volte, hop.