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Publié le 10/02/2011

Planète à louer ! de Yoss

[Se alquila un planeta, 2002]

ED. MNEMOS / DEDALES, JANV. 2011

Par K2R2

Auteur cubain encore confidentiel, auquel on doit jusqu’à présent une poignée de nouvelles publiées chez Rivière Blanche (pour la partie traduite de sa production), Yoss fait pourtant figure de jeune prodige de la science-fiction cubaine ; tout du moins est-ce l’un des rares écrivains à avoir passé les barrières qui filtrent les relations entre Cuba et le reste du monde. Sans avoir l’outrecuidance de comparer le travail de Yoss avec celui de Soljénitsine, la publication de Planète à louer, indépendamment de toute question qualitative, est donc un petit miracle en soi. Une sorte de résurgence de la guerre froide, qui nous rappelle que publier un livre est aussi un acte politique.


Dans un futur proche, la Terre est sur le point de basculer une nouvelle fois dans un conflit d’envergure mondiale, mais cette fois la menace nucléaire promet de réduire les belligérants à néant. Exsangue, la planète croule sous le poids de sa population, de la pollution et de la surexploitation de ressources naturelles de plus en plus limitées ; un cataclysme nucléaire mettrait fin à la civilisation terrienne. C’est à ce stade que décident d’intervenir plusieurs civilisations extraterrestres jusque là restées dans l’ombre. Rapidement mis au pas face à la puissance de l’envahisseur, les humains n’ont désormais plus le contrôle de leur planète. La gouvernance est assurée par une organisation de sécurité à la botte des extraterrestres, et au sein de l’Alliance galactique les hommes n’ont que le statut de citoyens de seconde catégorie. Sauf exception, les déplacements hors de leur planète d’origine sont fortement contrôlés, un embargo interdit l’accès aux technologies les plus avancées, certaines activités industrielles, jugées polluantes, sont abolies. Brimée et bridée dans son développement technologique et économique, la Terre subsiste essentiellement grâce au tourisme, sous toutes ses formes (est-il nécessaire de rappeler qu’aujourd’hui le tourisme représente l’essentiel des apports en devises étrangères pour Cuba ?).

Fix-up composé d’un peu plus d’une demi-douzaine de nouvelles plus ou moins liées entre elles, Planète à louer est en réalité une transposition futuriste du Cuba des années 90 ; c’est d’ailleurs ce qu’explique sans ambiguïté l’auteur dans sa préface et ce que l’on découvre ni plus ni moins au fil des pages. Chaque nouvelle est l’occasion d’explorer un personnage, mais aussi et surtout une facette de la société cubaine : pauvreté, prostitution, corruption, perspectives d’avenir réduites pour la jeunesse, désir d’exil.... le tableau est assez sombre, même lorsque l’auteur évoque quelques rares réussites de son pays (système de santé performant, bon niveau d’éducation, développement des arts ou espoirs générés par le sport). Que ce soit le parcours de Bucca la prostituée, de Moy l’artiste qui utilise tous les organes de son corps dans ses spectacles ou bien encore de Friga, Adam et Jowe, qui élaborent un vaisseau de fortune pour gagner les étoiles (sortes de boat people de l’espace), tous n’ont qu’un désir : fuir la planète et sa misère endémique. Étonnamment, aucun personnage ne remet réellement en cause le système, tout est subi et l’espoir est dans la fuite. L’auteur évoque ici et là une organisation de résistance, mais la lutte est par trop inégale, le meurtre d’un seul extraterrestre est l’occasion d’une réplique toujours disproportionnée, les exos n’hésitant pas à vaporiser une ville de plusieurs millions d’habitants en représailles. Ceux qui attendent une critique en règle du système castriste en seront pour leurs frais, Yoss n’a pas à proprement parler commis un brûlot anticommuniste. L’auteur pointe du doigt les dysfonctionnements (la corruption, la complicité cynique des autorités) ou l’attitude des individus (la passivité, la vénalité ou le manque de convictions politiques), mais les causes des malheurs de la Terre/Cuba sont surtout externes, dans l’embargo maintenu par les puissances étrangères, qui reflète le désir de maintenir la Terre/Cuba dans une pauvreté permanente et d’en exploiter cyniquement les dernières richesses (culturelles, géographiques ou humaines).


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À des années lumières de tout manichéisme Yoss réussit un véritable tour de force. En sept nouvelles il dresse un panorama saisissant de son pays à travers le prisme de la science-fiction, qui, loin d’être un simple décorum, renforce la puissance du récit. D’une certaine manière, avoir choisi pour cadre la Terre entière et pas seulement Cuba, confère à Planète à louer une dimension universelle, car ce pays n’est pas le seul à souffrir d’une relation dissymétrique avec les pays dits “développés”. On regrettera juste que le style de Yoss soit aussi froid et clinique, sans doute est-ce parfaitement adapté au discours, mais on aurait tout de même apprécié que l’écriture soit un peu plus travaillée.