Publié le 01/08/2007

« Poids mort » de Xavier MAUMEJEAN

ED. DU ROCHER, COLL. NOVELLA SF, 2007

Par Ubik

Je pensais être définitivement rassasié par ma dernière lecture d’un texte de la collection novella SF [ « Führer prime time » de Johan HELIOT pour mémoire]. Non on ne m’y reprendrait plus, m’étais-je fait la promesse mille fois de suite.
Mais voilà que sur l’étal du libraire du coin, l’inénarrable visuel de la collection est venu m’irriter le regard comme une persistance rétinienne malvenue. Evidemment un texte de Xavier MAUMEJEAN, auteur dont je suis boulimique de la prose savoureuse, ne pouvait pas rester longtemps inaperçu. Aussi ai-je cédé à la compulsion du moment. A l’instar de la [bonne] chair, l’esprit peut se révéler faible.


Pour commencer il n’est peut être pas inutile de rappeler, au public de gourmets qui squatte la table du Cafard Cosmique, la raison d’être de novella SF.
Spécialisée dans les textes courts [ici, 128 pages], cette collection a également une coloration politique et militante très affirmée. Sa cible : les dérives anti-humanistes de la société néo-libérale. De la littérature engagée [à l’instar de la défunte série MACNO chez Baleine] ou, autrement dit, une manière d’« écrire en contre » [la formule n’est pas de moi mais de l’auteur de polars Didier DAENINCKX].
Novella SF offre déjà un assortiment conséquent d’auteurs [pas tous issus du milieu de la SF d’ailleurs] qui ont accommodé à leur sauce personnelle cette ligne éditoriale. Avec beaucoup plus de flops que de réussites jusqu’à présent, il faut en convenir.

En ce qui concerne la novella de Xavier MAUMEJEAN, j’avoue rester à la fois perplexe et amusé. L’intrigue est simple, pour ne pas dire banale, et on peut la résumer de la façon suivante : Paul Châtel, qui a tout du citoyen lambda, celui que l’on croise au quotidien sans le voir, nourrit une crise existentielle assez lourde. Marié, père d’un enfant, ayant une vie sexuelle aussi palpitante qu’un plat de nouilles froides, il travaille, sans passion, comme vendeur dans un grand magasin de sport.
Ce monsieur-tout-le-monde souhaite évidemment devenir un autre afin de se sentir enfin Quelqu’un. Il caresse secrètement l’espoir de donner de l’ampleur [pour ne pas dire un peu de démesure] à son existence.

L’occasion se présente à lui lorsqu’il retrouve par hasard un ancien ami du lycée. Celui-ci, un individu tout à fait falot, peut-être même pire que Châtel, a été totalement transformé depuis qu’il est devenu un sujet d’étude de la société TAXINOM. L’entreprise étant à la recherche de volontaires rétribués pour poursuivre ses recherches dans d’autres domaines, Paul saute sur l’aubaine et intègre le programme Pondération qui fixe, comme préalable à l’étude, de devenir obèse.

Sur cette trame prometteuse, Xavier MAUMEJEAN brode un récit dont j’ai eu du mal à percevoir l’enjeu. Le sujet semble se porter d’abord vers des préoccupations sociétales. TAXINOM évoque ces sociétés chargées d’étudier nos comportements, avec la grâce de l’entomologiste, pour le compte des multinationales en quête de niches fructueuses à exploiter. Le malaise de Châtel n’est pas sans rappeler fugitivement celui des personnages des romans de J. G. BALLARD. Néanmoins, le ton ironique et les jeux de mots qui déclinent toutes les combinaisons drolatiques imaginables sur le thème de l’obésité, nous font ensuite cantonner le texte vers l’exercice - talentueux - de style.
Puis l’auteur relève son récit d’une pincée de références à la mémétique, introduisant une nouvelle piste qui attise notre curiosité. Celle-ci n’est, hélas, pas récompensée puisque finalement « Poids mort » se conclut abruptement à la manière d’une nouvelle à chute, chute très convenue pour l’occasion.


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Bref, je suis resté sur sa faim et je n’ai pas pu m’empêcher de considérer « Poids mort » comme un maigre amuse-gueule entre d’autres lectures plus consistantes.