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Publié le 15/09/2003

« Poison bleu » de Gardner DOZOIS et George Alec EFFINGER

[« Nightmare Blue », 1977]

ED. DENOËL / LUNES D’ENCRE, JUIN 2003

Par PAT

Au fil des cycles, des livres univers et autres monuments science-fictionnesques, le lecteur peut parfois se lasser de ces héros musclés, évidemment masculins, très occupés à sauver le monde en le nettoyant d’affreux communistes - pardon, d’affreux extraterrestres - qui ne veulent rien que du mal à notre bonne vieille terre. Poison bleu n’échappe pas à ce schéma pourtant archi classique, mais n’en conserve pas moins une sorte de charme désuet, à prendre au deuxième degré.


La chose est simple : À l’instar d’un James Bond ou d’un autre super héro à la virilité féline et sensuelle, Karl Jaeger est une sorte de prince de l’ombre, un type bien ancré dans une réalité quotidienne tangible : détective privé prospère au sein de la Jaeger INC., il a su tirer profit de la privatisation des polices en proposant un service professionnel de qualité.

En ces années 2060, il y a encore du boulot pour les types dans son genre. Témoin, ce travail dont il est chargé par le richissime Schiller : s’introduire dans l’enclave concédée par la Terre aux Aensas, ces extraterrestres effrayants installés sur notre planète pour de vagues motifs commerciaux. S’introduire, certes, mais surtout y glaner quelques informations et... tenter de rentrer en un seul morceau.
Méchants, les Aensas ? Pourtant, ils ont bien des points communs avec les terriens. Commerçants nés, ils font même dans le trafic de drogue... Malheureusement, ces bestioles à fourrure argentée et à la longue tradition de prédateurs avides pratiquent aussi la cruauté comme forme d’art suprême. Et mauvais caractère, avec ça... Ils ont horreur que d’infects petits humains se mêlent de leurs affaires. Pour y remédier, ils ont d’ailleurs les Dktars, charmantes choses pourvues de crocs, de pattes, de griffes, et très (mais alors très) rapides à la course.

Le roman commence donc par une fuite, celle de Jaeger, victime de l’échec retentissant de sa mission. Quoi de plus efficace que de démarrer un texte par « Karl Jaeger était un homme mort. Et pour le Aensas qui le poursuivaient dans un concert de rires et de beuglements inhumains, il s’agissait d’une certitude aussi inéluctable que le lever du soleil » ?

On le voit, le ton est donné d’emblée, et l’ancrage profond de ce « Poison bleu » dans l’univers du polar est évident. Trahisons, coups bas, complots, trafic, chantage, violence, tueurs à gage, secrétaire blonde, savants presque fou, Jack Daniel’s, on y trouve presque tous les ingrédients, savamment distillés via un récit à deux voix des plus efficaces.
Deux voix ? absolument. Car le héro principal du roman [et, il faut bien le reconnaître, le seul intérêt du livre], ce n’est pas Karl Jaeger, mais bien Corcail Sendijien, créature à mi-chemin entre le poulpe et le homard, télépathe et... agent secret galactique infiltré dans la forteresse des Aensas pour y découvrir ce que ces sales bêtes mijotent. Une seule chose est sûre, les Aensas n’ont pas tout dit aux Terriens, et encore moins aux autres races stellaires à qui ils doivent pourtant des comptes.

De découvertes en déconvenues, Jaeger retourne dans l’enclave Aensa [cette fois ci mandaté par le Congrès International avec la mission explicite de sauver le monde, on le saura] pour y faire la rencontre de Corcail, au terme de trois pages mémorables et drôles.
D’humour, le roman n’en manque d’ailleurs pas, même si le côté primitif du scénario peut fatiguer. On ne soufflera évidemment rien de la nature du complot Aensa, on passera sur les faiblesses et les évidences de l’histoire (et des capes d’invisibilité bien pratiques), on oubliera que même les amas protoplasmiques parlent le Terrestre couramment, bref, on ne se concentrera que sur l’aspect divertissant du texte.

On y perdra ainsi quelques années au passage, ce qui ne fait de mal à personne. Poison bleu (traduction curieuse de « Nightmare blue » qui aurait dû donner « Cauchemar bleu ») tient de ses romans adolescents qui font aimer la SF aux plus jeunes, et s’il tenait sa place dans la liste des romans préférés de William BURROUGHS lui-même, c’est qu’on y parle de came, de mort et dépendance avec une certaine lourdeur [ah, la copine de Karl qui meurt dans la déchéance entraînant ainsi un désir de vengeance conséquent...].


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De la littérature mineure certes, mais qui reste valable.

Presque risible, donc fortement recommandable.