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Publié le 02/09/2004

"Pontesprit" de Joe HALDEMAN

["Mindbridge"]

REED. GALLIMARD-FOLIO SF, JUIN 2004

Par K2R2

Peu traduit en France malgré un Hugo et un Nebula obtenus en 1975 pour "La guerre éternelle", Joe HALDEMAN mérite pourtant que l’on porte davantage attention à sa production littéraire, ce que FOLIO SF entreprend brillamment avec la réédition de "Pontesprit".


Résolument classique, le scénario de "Pontesprit" ne manque pas pour autant d’efficacité. Dans le premier tiers du XXIème siècle l’humanité a fait la découverte de la transmission de matière, un procédé qui lui permet d’explorer et de coloniser la galaxie sans trop de difficulté. A l’issue d’une formation exigeante tant sur le plan physique qu’intellectuel, les maîtriseurs sont chargés par l’ODE [Organisation pour de Dévelopement Extraterrestre] d’explorer les planètes et d’organiser leur éventuelle géoconformation ainsi que leur colonisation.

C’est à l’occasion d’une mission d’exploration sur la planète Groombridge qu’une équipe de maîtriseurs fait la découverte d’une étrange créature extraterrestre capable d’établir un lien télépathique entre deux sujets. A la suite de cette découverte, une autre équipe est impitoyablement anéantie au cours d’une mission de routine par des êtres doués d’étranges facultés et dont les motivations restent pour le moins obscures. Les responsables de l’ODE décident alors d’utiliser la créature de Groombridge pour établir le contact avec leur étrange et inquiétant adversaire...

Au milieu de ce joyeux désastre, le lecteur est invité à suivre le parcours de Jacque Lefavre, jeune maîtriseur de classe 1, qui semble avoir noué un contact privilégié avec les créatures de Groombridge.

Le caractère bien trempé et entier de Lefavre rend le personnage attachant, même si l’on aurait souhaité partager davantage ses réflexions, ce que ne permet pas toujours la narration. Cependant, la construction narrative de "Pontesprit" est suffisamment inventive pour ne pas lasser, HALDEMAN ayant emprunté à John BRUNNER certaines de ses techniques narratives ; le récit est ainsi émaillé de flashbacks, de rapports officiels, d’extraits de journaux, de graphiques ou de tableaux, .... un procédé qui rend la lecture très dynamique sans apesantir pour autant le texte.

Sans atteindre le brio d’un BRUNNER [ou d’un DOS PASSOS], Joe HALDEMAN a fort bien réussi son effet, accrochant le lecteur dès les premiers chapitres ; son écriture sans fioriture a le mérite d’être efficace, même si on savait déjà qu’HALDEMAN n’était pas un grand styliste sur le plan littéraire.

Profondément marqué par son expérience du Vietnam, où il fut gravement blessé, Joe HALDEMAN suit encore et toujours ses vieux démons en renouant avec obstination avec le thème de la guerre, qu’il avait déjà traité avec brio dans "La guerre éternelle". Les similitudes sont d’ailleurs assez nombreuses, à tel point que le lecteur enchaînant les deux romans à la suite risque d’éprouver un certain sentiment de déjà-vu.


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La quatrième de couverture évoque un roman à mi-chemin entre "Starship Troopers" et "Etoiles garde-à-vous", la comparaison n’est pas injustifiée, même si finalement la conclusion choisie par HALDEMAN diffère totalement des pistes exlorées par VERHOEVEN et HEINLEIN.

On regrette d’ailleurs que certains points ne soient pas davantage développés, l’auteur effleurait pourtant un thème important avec ce roman, celui de la communication, ou plutôt de l’absence de communication comme vecteur de conflit entre les individus ; la rencontre avec les extraterrestre belliqueux en est le parfait exemple, de même le personnage de Lefavre, de par son profil psychologique, est à sa mesure le reflet de cette problèmatique. L’aspect social est également à peine effleuré, on sent bien que l’ODE, cette organisation puissante, qui semble avoir une influence considérable sur les affaires du monde, n’est pas totalement transparente. On y devine un germe autoritaire préfigurant un régime paramilitaire, mais HALDEMAN ne s’apesantit pas sur la question, libre au lecteur d’imaginer ce qu’il veut.

La conclusion du roman est également en demi-teinte, et surprend quelque peu par rapport à la logique initiale du roman ; mais cela n’empêche pas "Pontesprit" d’être un agréable roman de science-fiction, bien construit, efficace, malgré un scénario plutôt conventionnel et une conclusion qui n’est pas tout à fait celle que l’on attendait.