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Couronnée grande prêtresse du gothique flamboyant après quelques romans trasho-morbides sanguinolants, fille naturelle aux yeux d’absinthe d’Anne RICE [version punk] et de Tim BURTON , copine de Neil GAIMAN et fiancée des zombies, Poppy Z. BRITE s’est tissé un cocon de soie duquel elle sort aujourd’hui transformée...

Tant pis pour les amateurs de nuits macabres et chics, Poppy n’a plus envie de peupler sa ville natale de la Nouvelles-Orléans d’épouvantails tueurs : plus mûre, mieux dans sa peau, la voici préoccupée de relations humaines, et si l’humour est toujours noir, la plume est moins sombre.


- Le Cafard cosmique : Pourquoi ce dégoût soudain pour l’horreur ?

- Poppy Z. BRITE : Je ne dis pas que je n’écrirai plus jamais de textes d’horreur, je n’en sais rien, mais aujourd’hui j’ai envie d’autres choses. « Le corps exquis », ça remonte déjà à 15 ans... j’ai l’impression de ne plus être la même personne aujourd’hui. Et c’est normal, non ? les gens changent, les auteurs changent... Quand j’ai écrit ça, je traversais une période de ma vie très difficile... Je suis quelqu’un d’autre. Et je crois que mon style a changé aussi, il est moins ampoulé, moins encombré, plus direct.

- CC : En préface de « La Cuisine du Diable » vous êtes très dure avec votre œuvre passée...

- P.Z.B. : Oui, avec le recul, j’ai l’impression qu’une bonne partie de ce que j’ai écrit dans le passé, des textes d’horreur situés à La Nouvelle-Orléans, reposait sur de gros clichés : les vampires, les fantômes, la décadence, l’alcool, tout cette ambiance « gothique »... Tout cela existe bien à la Nouvelle-Orléans, mais ce n’est pas la réalité quotidienne que je vis là-bas depuis des années. Cette ville est la mienne. Beaucoup d’auteurs écrivent sur leur ville. Mais désormais j’ai la conviction que ce n’est pas en écrivant un roman d’horreur supplémentaire dans le cadre de la Nouvelle-Orélans que je rendrai compte de ce qui m’intéresse dans cette ville, de sa réalité.

- CC : Avez-vous décidé de laisser de côté la part sombre de l’existence, et de passer du côté lumineux ?

- P.Z.B. : Oui ! Cela fait 15 ans que je vis avec mon mari, les choses se passent bien entre nous, et j’aime bien l’expression « côté lumineux de l’existence », c’est un peu ça. Je ne crois pas du tout au truc de l’artiste maudit qui ne peut écrire de bonnes choses que lorsqu’il se sent mal dans sa peau. L’artiste maudit tout ça... c’est des conneries. Le recueil « Le corps exquis », que l’on persiste à présenter comme ce que j’ai fait de mieux, m’a pris tout de même trois ans à écrire ! Et les nouvelles sont relativement courtes... Il n’y avait pas vraiment besoin de trois ans pour écrire ça, mais j’étais dans un tel état psychologique...

Aujourd’hui, j’ai besoin de calme pour écrire, j’ai besoin de sérénité. Et je ne pense pas que mes textes soient moins bons. Au contraire.

- CC : Le recueil « La cuisine du diable » fait la transition, texte après texte, entre l’ancienne et la nouvelle Poppy ?

- P.Z.B. : Oui, et à la transition il y a les récits qui racontent les aventures du Dr.Brite. Le Dr.Brite est le coroner [le médecin légiste] de la Nouvelle-Orléans. Il fait la passerelle entre les anciennes histoires de fantômes et ce qui m’attire plus aujourd’hui. Ses histoires contiennent des éléments de fantastique et d’humour macabre. Mais aussi la thématique des restaurants, de la nourriture, et des relations humaines. C’est un personnage auquel je tiens beaucoup, je me sens bien avec lui. Je dis lui, parce qu’en fait c’est bien un homme. Il y a une certaine ambiguïté autour du sexe de ce personnage parce que les nouvelles qui le mettent en scène sont écrites à la première personne. Et comme je suis une femme, les lecteurs pensent souvent que le Dr.Brite est une femme. Mais je viens d’écrire une nouvelle qui est écrite à la troisième personne, et on comprends que le Dr.Brite est bien un homme.

- CC : Ce thème de l’ambiguïté sexuelle, c’est l’un des éléments qui était déjà présent dans vos romans et dans vos nouvelles, et qui demeure encore aujourd’hui. Pourquoi ?

- P.Z.B. : C’est en rapport avec moi et mes amis. J’ai des amis homosexuels, je me sens bien avec eux, et je me sens bien aussi avec ces personnages qui leur ressemblent. Mes personnages gays ne sont pas d’ailleurs outrancièrement gay. Je veux dire qu’ils ne passent pas leur vie à penser à leur homosexualité et à se tourmenter pour cela. Leur sexualité va de soi pour eux et d’ailleurs la plupart du temps, ils la vivent bien. J’ai peu écrit sur les affres de l’homosexualité, le coming out, la difficulté d’être homo, tout ça. J’écris sur des personnages qui se trouvent être gay, pas sur des personnages gays.

- CC : Vous avez tout de même dit que vous vous sentiez « like a gay man in a female body »...

- P.Z.B. : Je sais que j’ai dit que je me sentais comme un homme gay dans un corps de femme. Mais cela a été souvent mal interprété. Je n’ai pas voulu dire que je me sentais comme un gay « piégé » dans un corps de femme, non, je ne suis pas « piégée ». Mais j’avoue que je suis pas trop certaine de ce que je suis exactement de ce point de vue...

- CC : L’un des textes du recueil raconte les derniers moments d’un couple, un couple homosexuel, naufragés en mer . C’est un texte très émouvant qui se détache du lot. Comment vous est-il venu à l’esprit ?

- P.Z.B. : Je n’ai pas trop envie de parler de cela. C’est encore un texte qui est intervenu à un moment compliqué de ma vie. Ce serait beaucoup trop intime de vous expliquer tout cela. Je ne préfère pas revivre ce moment.

- CC : Quel accueil a-t-on réservé à « Liquor », votre dernier roman, déjà parus aux Etats-Unis et prochainement en France, dans le monde de l’édition ?

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"Liquor" de P.Z. BRITE

- P.Z.B. : Lorsque j’ai dit à mon agent littéraire que je préparais un livre qui n’aurait rien à voir avec l’horreur, et qui parlerait d’un couple d’homos qui tient un restaurant, il m’a tout de suite dit « ne fais pas ça, tu vas casser ta carrière. Pourquoi n’imagines-tu pas une nouvelle histoire de vampires ? ». Bon... ce n’est plus mon agent littéraire aujourd’hui. Alors oui, effectivement, les éditeurs vous mettent dans des boîtes, mais on peut dépasser ça, ...

- CC : Pourquoi ce choix étrange du monde de la restauration, qui plus est d’un restaurant spécialisé dans les plats alcoolisés ?

- P.Z.B. : Parce que depuis 15 ans maintenant je partage la vie d’un chef ! J’ai fini par me dire que je connaissais suffisamment ce milieu pour y situer mes intrigues. Nous fréquentons beaucoup de restaurateurs... et puis j’adore manger, c’est très sensuel la nourriture. Mais attention, ne cherchez pas à faire des parallèles avec la sexualité ! Je déteste ce rapprochement facile que l’on établit souvent entre la nourriture et le sexe. Ca n’a rien à voir. Manger est un plaisir des sens, mais je ne vois pas le rapport avec nos parties génitales !

Quant à l’alcool, il se trouve que pendant une période de ma vie j’ai été interdite d’alcool. C’était devenu un dégoût physique. J’en étais très malheureuse d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est terminé, je peux à nouveau boire. Alors j’en profite !

- CC : Et les autres drogues ?

- P.Z.B. : Je n’ai jamais caché mon attirance pour les drogues. Dans « Liquor », on ne fume pas que des cigarettes...

- CC : Comment les lecteurs accueillent-ils votre évolution en tant qu’auteur ?

- P.Z.B. : Je souhaite que les gens ne sont pas trop déçus que je continue pas encore et encore à leur donner des récits gothiques pleins de sang et de fureur... J’espère qu’ils comprendront que je n’ai plus rien à dire, pour le moment, dans ce registre-là. Quand on a écrit « Le corps exquis », on a déjà été assez loin. Je ne veux plus retourner à cet endroit-là. Je ne veux plus rien avoir à y faire. Et puis à quoi bon essayer de faire encore pire que « Le corps exquis » ? Ca ne m’intéresse pas. Et j’ai l’impression, à travers mes contacts avec le public, et même si c’est un peu tôt pour l’affirmer, que les gens qui me lisaient me suivent.

J’ai déjà prévu d’écrire un autre roman autour des personnages de Rick et G-Man [les personnages centraux de « Liquor »], et de leurs familles, et il y en aura peut-être même un troisième....

- CC : Quel accueil recevez-vous en France ?

- P.Z.B. : La France a toujours bien accueilli mes livres. C’est le premier pays, après les Etats-Unis, où j’ai été publié. La Grande-Bretagne a mis quelques mois de plus à s’intéresser à moi ! Et ici le public est très réceptif à ce que je fais depuis le début. C’est toujours intéressant pour moi de faire le voyage. Et puis, hier, à Paris, j’ai mangé des huîtres et ne serait-ce que pour cela, c’est un vrai plaisir de venir en France !


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de BRITE Poppy Z. [et d'autres critiques]

Mr.C