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Publié le 06/09/2009

Ptah Hotep de Charles Duits

RÉÉDITION DENOËL / LUNES D’ENCRE, JUIN 2009

Par Ubik

Œuvre hybride lorgnant à la fois vers la Fantasy et le mysticisme, fiction autant que relation à une autre réalité, Ptah Hotep a les apparences aguichantes de l’OLNI.
Délaissant le style direct de l’Heroic-fantasy bas de plafond et les stéréotypes inhérents au genre, le roman de Charles Duits se révèle une quête initiatique cosmopolite, nous submergeant de sensations visuelles, olfactives, sonores exotiques et nous immergeant dans un univers aux références paradoxalement familières et étrangères. Que le voyage commence…


Ptah Hotep, fils de Ptah Lucinius le duc héréditaire de Ham, coule des jours paisibles dans la cité de Hagaptah, terminant ses études et lutinant à l’occasion quelques courtisanes aux attentions tarifées, lorsqu’un serviteur de sa maison vient l’informer de la maladie de son père. Incontinent, il abandonne études et maîtresses pour rejoindre la demeure familiale sise en la terre de Ham. Las, ce n’est que pour assister au trépas de son père, emporté par un mal aussi mystérieux que fatal. Convié à porter le deuil, il reprend son existence de dilettante, jouissant de la faveur d’Aset, sa muse et son amante, et déléguant ses responsabilités de chef de maison aux serviteurs de son défunt père. Entièrement concentré sur les plaisirs que lui procure la courtisane, il ne déjoue pas le complot qui se trame dans l’ombre et dont son père n’a été qu’une des premières victimes. Echappant miraculeusement au poison, ce qui n’est pas le cas de sa concubine, il est déchu de son titre et se trouve contraint d’entreprendre un voyage vers l’Occident afin de demander justice à l’empereur. Un itinéraire qui sera en fin de compte plus spirituel et sensuel qu’épique et guerrier.

Avec Path Hotep, Charles Duits donne substance à un univers étrange et baroque qui laissera bon nombre de lecteurs sur le carreau, partagés entre le sentiment d’un ennui cosmique et la plus complète incompréhension. Toutefois pour ceux qui s’accrocheront, le voyage comblera amplement tous leurs désirs.

Ecartant les conventions littéraires sans doute trop étriquées pour lui, Charles Duits enrichit son récit en puisant dans l’Histoire et dans la mythologie. Il convoque l’antiquité gréco-romaine et égyptienne, les civilisations chinoise, persane, indienne pour colorer le périple de son héros d’un foisonnement de détails renforçant la vraisemblance. Cette authenticité s’avère trompeuse car l’univers mis en place n’emprunte à la réalité que des bribes. Il en résulte un monde surréaliste, onirique, une chimère au sens littéral du terme, évoquant à la fois l’érotisme du Kama sutra et les pages les plus merveilleuses des contes des Mille et unes nuits.

Luxuriance étouffante des descriptions, profusion des « car », « et » ou « or », multiplication des phrases à rallonge, abondance de répétitions que l’on peut juger agaçante, préciosité du vocabulaire : Path Hotep aligne tous les défauts d’une écriture surchargée, tel un portail rococo. Pourtant, par un lent et irrésistible phénomène d’imprégnation, l’attention se trouve submergée par le déferlement de l’imagination de Charles Duits. On est successivement ballotté, déconcerté, envoûté par une expérience textuelle livrée brute de décoffrage par un auteur que l’on sent sous l’emprise d’une vision transcendantale, en grande partie dictée par la consommation de peyolt…

Bref, l’univers de Path Hotep semble frappé du sceau de l’authenticité, quoi qu’en pense notre logique cartésienne. Une raison toute simple explique cela : Charles Duits croit à cet univers qu’il déploie sous nos yeux ébahis. Il est convaincu de son existence, mille fois préférable à ses yeux à celle « des hideuses illusions au sein desquelles se débat l’humanité. » Aussi Path Hotep s’avère davantage un texte initiatique censé nous mener vers une illumination.
À défaut d’être illuminé, reconnaissons à Charles Duits d’avoir écrit un roman fascinant. Une œuvre inclassable, dans la plus positive acception du terme.


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Lecture exigeante, déroutante et au final envoûtante, Ptah Hotep atteint pleinement l’objectif fixé par son auteur : emmener le lecteur ailleurs, lui révéler une réalité autre dont le romancier se fait le secrétaire fidèle.