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Publié le 01/02/2006

Pushing Ice d’Alastair Reynolds

[NOVEMBRE 2005] I M P O R T

Par Sandrine

Au XXIIIème siècle, alors que le système solaire est en train d’être colonisé et exploité mais que les étoiles sont toujours aussi inaccessibles, Janus, une des lunes de Saturne, se met tout à coup à quitter son orbite et accélerer vers Spica. Seul un vaisseau minier chargé de déplacer des comètes [d’ou le titre original] est en position pour l’intercepter.
Son capitaine, Bella Lind, doit alors choisir entre une poursuite dangereuse avec un vaisseau non prévu pour ce type de mission conduisant à l’exploration du premier artifact ET rencontré par l’homme et laisser partir l’objet. Il n’est pas difficile de deviner la suite immédiate, mais ce n’est que le début...


ATTENTION SPOILER :

- après vient l’exploration de l’objet qui va se révéler être une sorte d’appeau laissé par une race disparue
- puis l’arrivée dans un lieu et un temps mystérieux
- puis la rencontre avec plein d’extra-terrestres attirés eux-aussi par des pièges similaires
- puis la rencontre avec un artefact humain venu du futur relatif
- puis un certain nombre d’explications [voir la fin]

La première impression est celle d’un collage de morceaux, de thèmes et d’ambiances prélevés dans le fond commun de la SF. C’est très bien fait et le livre se lit d’une traite, mais je me suis souvent trouvée arrêtée pour me dire, "tiens, ce truc là je l’ai déjà lu dans tel ou tel livre".

La première partie ressemble à du Allen Steele dans sa série Astronauts (le recueil Rude astronauts et les roman Clarke County. space, Lunar descent, et Orbital decay), avec ses personnages de travailleurs de l’espace, durs à la tache, faisant un métier à hauts risques au profit d’une firme dont les seuls objctifs sont les bénéfices, vivant dans un environement spartiate tout en écoutant de la musique à fond.

La deuxième partie fait penser à tous ces romans concernant l’exploration de BDO [Big Dumb Objects], comme Rendez-vous avec Rama de Arthur C. Clarke ou Eon de Greg Bear. On progresse lentement dans la découverte d’un environnement complètement étranger et de ses dangers.

La troisième partie rassemble en un même lieu plusieurs races ETs plus ou moins emprisonnées et avec des niveaux de civilisation et des éthiques différentes. C’est très proche de Manhattan transfer de Stith, tout en n’ayant pas la simplicité morale et l’optimisme béat (heinleinien ? :D ) de ce dernier.
On trouve aussi un cube indestructible tout noir avec des super-pouvoirs [coucou Clarke encore, même s’il s’agit d’un artefact humain].
Ces trois récits sont unis par le personnage de Bella Lind et par l’évolution des intrigues pour le pouvoir au sein de l’équipage, le tout sur fond de difficultés à survivre.

Un roman féminin :
Je n’emploie pas à dessein le terme de féministe que Reynolds transcende. Je suis épatée de la pertinence et du réalisme des personnages féminins présentés par l’auteur. Comme dans sa série Inhibitors, Bella et Sveltlana sont complètement crédibles en tant que femmes.

Tout le roman est baigné par les sensibilités féminines, qu’elles soient positives : priorité aux enfants et à la continuation de l’espèce/famille/tribu/clan, sacrifice pour le bien de la communauté, absence de fascination pour la technologie, refus de la violence et de la guerre, patience et vision à long terme ou négatives : bouderies durant des années, passivité, primauté de l’émotion sur l’analyse.

Reynolds, et je l’en remercie, nous donne bien plus qu’un Capitaine Kirk en jupon ou un Horatio Hornblower à la sauce Milady, il nous donne des femmes à des postes de responsabilité qui prennent des décisions en accord avec leur sensibilité, leurs priorités et leur perception du monde.
C’est un des grands délices de ce livre, même si mon coté féministe note que les personnages masculins étant incapacités pour diverses raisons [comme pour le capitaine du Nostalgia for infinity], la situation décrite pourrait être lue comme un pouvoir acquis par les femmes ’par défaut’ et non par leurs qualités.


Cela doit être une mode littéraire récente mais, Reynolds, comme dans Century rain, semble renoncer à la ’closure’ de son récit. Il reste un grand nombre de questions non résolues et d’autres mystères qui nous sont révélés délibérément.

S’agit-il d’un teaser pour une éventuelle suite ou d’une affection stylistique visant à montrer que les romans ne livrent pas toutes les réponses ?
Dans le premier cas, pas de problème, j’attends la suite mais j’aurais simplement aimée être prévenue, dans le second je suis plus embêtée, mon grand âge et ma fossilisation intellectuelle faisant que je préfère nettement les histoires qui ont une fin...