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Publié le 12/04/2009

Quinze minutes de Charles Dickinson

ED. FOLIO SF, JANVIER 2009

Par Tallis

Initialement parue au catalogue des excellentes éditions Joëlle Losfeld, cette réédition de Folio SF est l’occasion de mettre en lumière pour les amateurs du genre un roman qui avait dû échapper à beaucoup à l’époque (moi le premier d’ailleurs...).


Josh Winkler a une vie somme toute banale mais que beaucoup pourraient lui envier : marié depuis de nombreuses années à une femme intelligente et sensible, père d’une adorable adolescente et ayant la liberté d’exercer un métier artistique qui l’épanouit sans lui offrir toutefois beaucoup de succès, rien ne semble devoir assombrir son quotidien. Et ceci malgré un drame personnel qui marqua son adolescence et orienta de manière décisive sa destinée actuelle.

Or, voilà qu’un jour d’orage, un phénomène étrange se produit : il s’aperçoit qu’il a remonté le temps d’une quinzaine de minutes. Et si cette portion de temps « rejouée » ne change rien dans son quotidien le plus immédiat, le fait qu’il s’en épanche auprès de ses proches va bientôt avoir de toutes autres conséquences.
D’autant que dans le même temps, une mystérieuse visiteuse apparaît en ville et semble avoir subi le même phénomène. Mais cette fois-ci en sens inverse. Et sur une « distance temporelle » bien plus impressionnante...

Charles Dickinson est un inconnu en France, ce Quinze minutes étant à ce jour son seul livre traduit en français. Et le moins qu’on puisse dire est que le sujet de base choisi par notre homme dans ce roman est comment dire : éculé ? usé jusqu’à la corde ? vieux comme la littérature de genre ? Alors que peut en faire l’auteur ? Et bien un excellent roman. Tout simplement...

Dickinson déroule sobrement et solidement le fil de son histoire en l’orientant de manière tout à fait surprenante et convaincante : on le suit sans savoir où tout cela va nous mener (ce qui est un exploit en soi vu le sujet), accroché par la force principale du récit : la destinée des personnages qui l’habitent et les dilemmes posés par cette lézarde dans leur quotidien.

Au milieu d’une belle mécanique de précision et sans avancer aucune explication scientifique (s’il s’agit bien d’un roman de genre, il faut plutôt chercher dans la famille des récits de fantastique), Dickinson s’ingénie à influer, d’abord par petites touches puis par des effets de bord beaucoup plus importants sur le quotidien et la destinée de ses personnages.
Car les thématiques du récit se nichent bel et bien dans ces questions simples mais universelles : comment prendre en main sa destinée ? Doit-on influer sur des événements en fonction de ses convictions ou de ses sentiments au risque de conséquences imprévues ou doit-on au contraire baisser la tête et rentrer dans le rang ? Où place-t-on nos priorités ? Comment nos expériences passées influencent-elles notre présent ?
Telles sont les problématiques posées par un auteur qui nous place devant nos propres choix sans forcément apporter de réponse définitive.

Au fil de dilemmes de plus en plus cornéliens et en utilisant des métaphores parfois presque naïves (les phénomènes temporels perturbateurs ne se produisent que sur - au sens littéral- des chemins de traverse qui permettent de s’écarter des rues balisées), par le biais de personnages jamais franchement charismatiques mais au contraire touchants puisque proches de nous dans leur banalité, Charles Dickinson creuse ainsi le sillon d’un récit initiatique tout en finesse et en subtilité qui fait naître le plus naturellement du monde l’émotion.
Tout au plus pourrait-on lui reprocher du coup une fin en forme de pirouette presque un peu rapide par rapport au reste du récit...


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Récit fantastique toute en finesse et en humanité, Quinze Minutes ne vous aura pas « à l’épate » mais vous marquera durablement par sa justesse de ton et son humanité.
Une bien belle (re)découverte, en somme, à rapprocher par sa tonalité et ses thématiques de L’échange d’Alan Brennert, autre superbe roman fantastique également réédité chez Folio SF.