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Par PAT
Bande-dessinée muette qu’il serait criminel de ne pas évoquer en ces lieux, R.I.P. relève d’un underground graphique finalement pas si éloigné des célèbres Idées Noires de Franquin. Recueil des meilleurs récits du suisse Thomas Ott parus entre 1985 et 2010, l’album assène quelques coups de latte bien sentis, le tout avec un humour sec et glacial du plus bel effet.
Paru chez L’Association — qui a beaucoup fait pour l’avènement de la BD indépendante en France — R.I.P. se compose d’histoire courtes, sans paroles, où la mort a le dernier mot. À ce titre, l’univers de Thomas Ott (T.Ott, soit « mort » en allemand, ah ah ah) relève certes du morbide, mais d’un morbide hilarant, tragicomique, absurde et bassement quotidien. Comme la vie, en quelque sorte ; une vie noire, brutale, sans espoir, dans laquelle on se marre bien — avec un peu de bonne volonté.
Conçu à base de traits fins et noirs qui hachent plus qu’ils ne dessinent notre monde, R.I.P. joue l’absurde, on l’a dit, mais l’esthétique réaliste de l’ensemble distille un malaise qui disparaît vite au premier éclat de rire. De fait, Ott joue avec les nerfs de ses lecteurs, qui finissent par tourner chaque page en se cachant les yeux, aussi effrayés qu’attirés par le déluge glauque qui les attend de l’autre côté. Un exemple ? La première histoire. Toute simple. Un jeune homme assiste, impuissant, à une agression dans une ruelle. Il fait un peu de gonflette en quelques cases, se forge un corps d’athlète, retombe sur une autre agression, dans laquelle il intervient... pour se faire bêtement descendre d’une balle. Fin de l’histoire. Bilan, quatre pages, et le lecteur est déjà K.O.
Plus loin, on appréciera aussi les dix façons de tuer son mari, en dix cases, comme il se doit. Et puis, à l’instar du Pinocchio de Winshluss (qui résume la naissance du fascisme en une seule planche éblouissante), savourons la vision très personnelle (en une planche, également) de Alice au pays des merveilles par Thomas Ott. Une jeune fille prend une petite pilule. Elle voit des lapins géants, tombe dans un trou, et finit sous camisole. Du grand art.
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Monstrueux et drôle, glauque et lumineux, R.I.P. cumule les contraires et livre une vision de la mort à la fois inédite et personnelle. Tout en restant universel, bien sûr — et sans tomber dans la facilité. C’est vrai, ça fait beaucoup de compliments. Mais comment passer à côté de ce bouquin sans y succomber ? |
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