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Mike RESNICK est le désespoir des biographes et le nutella des lecteurs de SF
Quand on l’interroge sur sa biographie il répond ceci « My biography is simple : Born in Chicago, 1942. Married Carol, 1961. One daughter, Campbell-winning" Laura, born 1962. Full-time writer, 1961 through 1995. Also edited the National Insider, 1966-1968 ; freelance editor/packager for Soverign New Media, 1969-1975... » ... le tout suivi d’une liste impressionnante de prix”
En français on pourrait encore faire plus télégraphique : « J’écris à plein temps depuis 1961, tout en poursuivant une activité d’éditeur et d’éleveur de chien ». Il faudrait ajouter il est vrai, son implication dans le fandom SF américain - et la colonne hebdomadaire sur les courses de chevaux qu’il a tenu pendant dix ans.
Quand on attaque la bibliographie, le sourire du critique se transforme en glissement de terrain.
Comment aborder une œuvre comprenant par exemple 200 romans écrits entre 1964 et 1976 sous divers pseudos dans des domaines tels que le fantastique ou d’autres que nous qualifierons discrètement d’adulte ?
D’après Pierre K Rey sa première nouvelle SF « The Forgotten Sea of Mars » date de 1965 et son premier roman SF « The Godess of Ganymede » de 1967.
On trouve de l’alimentaire, avec par exemple une novellisation du feuilleton Battlestar écrite en collaboration avec Glen A Larson ou une adaptation de Tomb Raider, et des bouquins agréables tels son chef d’œuvre « Kirinyaga », recueil de nouvelles sur une utopie africaine ou encore « Santiago », « Projet Miracle »...
Dans la trentaine de romans ou recueils de nouvelles publiés en France se dégagent grosso modo deux thématiques : un goût prononcé pour les westerns spatiaux avec chasseurs de prime [Santiago, Le cycle du faiseur de veuve] une passion pour l’Afrique [Kirinyaga, Ivoire...]
Les lecteurs apprécient en RESNICK, un conteur imaginatif qui à travers une écriture fluide sans sophistication particulière traite de sujets graves comme le colonialisme.
Pour la petite histoire, sachez que sa fille, Laura RESNICK, est également auteur de SF et de fantasy, plusieurs fois primée aux Etats-Unis.
Le cycle de "L’infernale comédie"
Enfer", "Paradis", "Purgatoire", trois livres à lire dans l’ordre ou le désordre. Tous trois basés sur l’histoire [colonisation - révolte - décolonisation - décadence d’après colonisation] de trois pays africains [Kenya, Angola et ???, j’ai un trou, là]. C’est assez sobre, très linéaire, plutôt bien fichu et désespérant quant à l’âme humaine. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le fond des romans n’a rien à voir avec une quelconque idéologie puante du type "aaah ces nègres, donnez-leur un pays et voilà qu’ils se massacrent entre eux".
C’est plus un constat assez juste historiquement de ce qui s’est réellement produit, l’ensemble se déroulant dans un contexte similaire de colonisation humaine sur des planètes éloignées et peuplées d’indigènes pas forcément ravis à l’idée d’être les inférieurs d’une société plus avancée militairement [les livres de Le Guin sont évidemment plus puissants, notamment "Le nom du monde est forêt", mais là n’est pas la question]. Bref, la décolonisation, qu’elle soit pacifique ou violente, débouche sur une société finalement malade d’avoir évolué trop vite vers un système trop éloigné de la base culturelle qui la définie. Un sujet inépuisable, donc, que Resnik ne fait, hélas, que survoler. Reste qu’une fois les dernières pages tournées, la saveur douce amère qui se dégage de cette "trilogie" est assez marquante.
- "Kirinyaga" ["Kirinyaga" - EDITIONS FLAMMARION / IMAGINE, 2001]
Sur le même thème que "L’infernale comédie", la colonisation et ses méfaits, "Kirinyaga", une grande idée qui dégénère... et qui finit par pourrir.
Une des plus belles utopies de la SF centrée sur l’affrontement entre modernité et tradition.Resnick a écrit tout simplement un recueil de contes africains sur lequel s’est abattu une avalanche de Hugo et de Nebula.Mais cela, comme dirait PAT, on s’en fout.
"Le faiseur de veuves"
Dans la série "livre complètement con et myso", cette trilogie [remarquez les sublimes couvertures PdF, on n’a jamais fait pire dans le ridicule] vaut le détour. C’est débile, crétin, mais efficace dans le genre...XXX
Projet Miracle [1994] DENOËL / PdF, 1996
Xavier Lennox est un écrivain qui se glisse dans la peau de ses personnages au sens propre du terme.Il se transforme en ET à coup de prothèses et s’infiltre dans leurs civilisations afin d’écrire des livres bien sentis. Mais est ce sa véritable motivation ?
Sur le thème de la recherche de l’altérité et de la métamorphose, un livre pas très éloigné des "Profondeurs de la Terre" ou du "Fils de l’homme" de Robert SILVERBERG
"Santiago" [1986] DENOËL / PdF, 1993
Un western spatial très agréable à lire.RESNICK n’est pas SIMMONS, mais une fois la lecture démarrée on ne lâche plus le livre.

Il existe plusieurs RESNICK. L’un, magnifique, humain et poète, auteur des superbes Kirinyaga et L’infernale comédie, l’autre plus adolescent, fan de western galactique, que l’on retrouve dans Santiago.
Enfin, il existe aussi le RESNICK gros con de texan éleveur de chiens, chasseur en Afrique avec la thune que lui rapportent ses livres. L’avant-poste appartient au troisième RESNICK.
"Le mangeur d’âme" est une sorte de Moby Dick dans l’espace. Nicobar LANE, "Tueur de chose", comme il aime à se définir, traque "Le marchant de rêves". Cette créature insaisissable semble faite d’énergie pure, mais bien rare sont ceux qui ont cru l’apercevoir. Chasseur célèbre, LANE poursuit le mythe, jusqu’à comprendre qu’il ne s’agit pas d’une légende, mais bien de quelque chose de vivant. Et de fondamentalement différent.
Mike RESNICK le dit lui-même, rares furent les éditeurs qui, aprés "Kirinyaga ", lui demandérent autre chose que des histoires africaines.
En bon professionnel, Resnick s’est donc attelé à différentes nouvelles, travail de commande sans doute purement alimentaire, mais qui contient pourtant une bonne dose de génie.
Soleil vert