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D'AUTRES AUTEURS


Icône de la littérature sud-américaine, Juan Rulfo est un écrivain relativement confidentiel en France. Forcément, lorsqu’on est mexicain, que l’on n’a publié dans sa vie que deux livres, dont un recueil de nouvelles, et que l’on n’a plus rien proposé aux lecteurs depuis 1955, on a tendance à passer quelque peu inaperçu dans l’actualité littéraire.
Pourtant Rulfo, excusez du peu, est considéré dans les pays hispaniques comme l’égal d’un Borges ou d’un Fuentes.


Né le 16 mai 1918 (ou 1917, les sources ne sont pas très précises) dans l’état de Jalisco, aujourd’hui province dynamique du Mexique, mais autrefois territoire pauvre et désolé, Juan Rulfo a connu une enfance difficile. Alors que le Mexique connaît une révolution sanglante, son père est assassiné (1923) et la famille ne cesse de déménager pour échapper à la violence qui règne dans le pays.
La scolarité de Juan Rulfo, qu’il poursuit dans une école religieuse, est très perturbée par la « guerra christera » (une réaction face à l’anticléricalisme et à la laïcisation forcée de la société mexicaine). Mais c’est le décès de sa mère en 1927, qui fut sans doute le coup le plus dur. Le jeune garçon est placé dans un pensionnat de Guadalajara jusqu’à son adolescence, puis il quitte l’état de Jalisco pour poursuivre tant bien que mal des études de droit et de littérature à Mexico.
Juan Rulfo multiplie ensuite les emplois. En 1935 il trouve une place aux services de l’immigration, de 1947 à 1954 il travaille pour une importante entreprise de caoutchouc. En 1955, il participe à un ambitieux programme d’irrigation près de Veracruz, mais le projet capote et il retourne à Mexico. Juan Rulfo se tourne alors vers le secteur de la télévision et du cinéma, dans un registre purement alimentaire. Il trouve enfin la stabilité profesionnelle, au début des années soixante, en occupant le poste de directeur du service édotorial de l’Instituto indeginesta de Mexico (équivalent du Bureau des affaires indiennes américain).

Parallèlement à cette carrière professionnelle un brin chaotique. Juan Rulfo publie ses premiers textes dès le début des années quarante. En réalité, le jeune écrivain s’était déjà attelé en 1940 à un imposant roman sur la vie des habitants de Mexico, mais très insatisfait de son travail il détruisit l’ensemble de son oeuvre. Sa première nouvelle [« Il ne faut pas prendre la vie trop au sérieux »] paraît en 1942 dans une petite revue de Guadalajara, une seconde nouvelle suivra en 1945 [« La Terre qu’on nous a donnée »]. Juan Rulfo est loin d’être un écrivain prolifique et il faut attendre 1953 pour voir la parution de son premier recueil de nouvelles, intitulé Le Llano en flammes (El Llano en llamas). A travers dix-sept textes, l’auteur décrit les rudes conditions de vie des habitants du sud de l’état de Jalisco. Une contrée aride, pauvre et désolée, ravagée comme il se doit par un banditisme chronique.

Deux ans plus tard, en 1955, Juan Rulfo atteint la consécration avec la publication de Pedro Paramo, œuvre maîtresse qui inscrit l’auteur dans les pas de quelques illustres écrivains sud-américains. On évoque tantôt Borges, pour son aspect onirique, tantôt Miguel Angel De Asturias, pour son réalisme social.
Rulfo s’inscrit indiscutablement dans la longue tradition des écrivains régionalistes d’Amérique Latine, tant son oeuvre est imprégnée par une vision sociale de la littérature. Le réalisme du quotidien, la misère sociale, le désenchantement des populations, les troubles socio-politiques, sont des thèmes qui traversent l’oeuvre de l’écrivain mexicain de part en part, alors même que flotte sur ses textes une atmosphère d’étrangeté à la limite du fantastique. Pedro Paramo illustre parfaitement cette aptitude que l’on peut retrouver chez d’autres auteurs sud-américains [Garcia-Marquez, Quiroga ou bien encore Borges] et qui explique que Juan Rulfo soit très souvent rattaché au « réalisme magique ».

Malgré le succès critique et populaire obtenu par ses œuvres, Juan Rulfo ne publia plus un seul texte jusqu’à sa mort en 1986. A l’occasion d’interviews, l’auteur affirmait écrire régulièrement, mais insastisfait par sa prose il renonçait à publier ses créations, préférant les détruire.


BIBLIOGRAPHIE


Le Llano en flammes [1953]

Des dix-sept nouvelles composant ce recueil, seule « Luvina » relève réellement du fantastique. A vrai dire, on y sent poindre comme les prémices du roman paru deux ans plus tard, Pedro Paramo. En dehors de ce texte, toutes les nouvelles relèvent d’une littérature parfaitement ancrée dans le réel. On y croise des hommes et de femmes qui luttent au quotidien pour leur survie, et Dieu sait que la vie n’est pas facile du côté de Jalisco. Pauvreté, banditisme, guerre civile, voici à peu de choses près les trois éléments qui composent le contexte de ces nouvelles. Des paysans contraints de se révolter et de détrousser d’autres hères tout aussi pauvres qu’eux, des propriétaires d’haciendas sans pitié qui s’accaparent les terres les plus fertiles, ne laissant à leur métayers qu’à peine de quoi survivre, un pouvoir central qui tente de museler toute contestation et qui a juré de mettre au pas l’Eglise catholique. La violence du Mexique des années 1920, alors que Juan Rulfo n’était qu’un enfant, semble avoir définitivement marqué l’auteur, qui à travers ces nouvelles rend un hommage à la fois émouvant et lucide à ces paysans, villageois, berger, vachers et autres petites gens, qui devaient courber l’échine pour extraire d’un sol aride et ingrat à peine de quoi survivre.

L’ensemble est d’une étonnante cohérence et donne, à travers des destins personnels souvent sordides, une vision d’ensemble juste et implacable d’un pays en proie à la violence sociale, politique et physique.
Un style incisif et percutant, des textes courts et sans fioriture. C’est une littérature sèche et âpre, à l’image du territoire qu’elle décrit.

Pedro Paramo [1955]

Pedro Paramo a pour cadre unique le petit village de Comala, dans lequel se rend le jeune Juan Preciado. Sa mère vient de mourir et il est part à la recherche de son père, le fameux Pedro Paramo, qui a abandonné femme et enfant sans aucun regret, afin de se consacrer en toute tranquillité à la débauche, au vol et à diverses activités plus ou moins violentes.
Pedro Paramo n’est en réalité rien d’autre qu’un petit caudillo qui fait régner la terreur dans son village et ses environs ; un grand classique dans le Mexique des années trente. Mais tout ceci, Juan Preciado, ne le sait pas encore, tout juste a-t-il acquis la certitude auprès de sa mère, que son père mérite le plus grand mépris.
Arrivé à Comala, le jeune homme découvre un village désert, balayé par le vent, qui s’engouffre bruyamment dans les bâtiments laissés à l’abandon et soulève des nuages de poussière aveuglants. La violence et la misère sont inscrits dans la pierre et le torchis de Comala, comme les marques d’une tragédie indélébile. Le village est pourtant habité par les âmes errantes de ses anciens occupants, désormais enterrés six pieds sous terre, et avec lesquelles Juan Preciado converse, retraçant laborieusement, par petites touches subtiles, le destin tragique de Comala.

A travers cette succession de petites saynettes, c’est aussi le portrait de Pedro Paramo que Juan Rulfo esquisse progressivement, celui d’un homme cruel et calculateur, dévoré par l’ambition et le pouvoir. Un homme au caractère en acier trempé, impitoyable en toutes circonstances. Pedro Paramo est également obsédé par son désir de vengeance et de revanche sur le destin ; il venge ainsi la mort de son père, restaure la prospérité de son hacienda, et va même au-delà, s’accaparant les possessions des autres sans que nul ne proteste. Sans cesse balloté entre le présent et le passé, le lecteur découvre la triste vie de Pedro Paramo, de ses premiers amours avec la jeune Susana San Juan à la mort du seul fils qu’il ait jamais reconnu, Miguel, bandit notoire et violeur impénitent. Mais au destin de ce triste potentat local, se mêle également l’histoire du Mexique, alors en pleine révolution ; les bandes armées parcourent tout le pays afin de provoquer un soulèvement général, une insurrection populaire destinée à mettre fin au régime autoritaire du général Porfirio Diaz. La bande de Pancho Villa sévit alors dans la région, sentant le vent tourner Pedro Paramo lui accorde un soutien de façade en envoyant 300 de « ses » hommes combattre aux côtés des révolutionnaires. Le Mexique est alors à feu et à sang, qui peut bien s’occuper de ce qu’un caudillo peut faire dans une province pauvre et éloignée de la capitale.

Tout ceci ne pouvait que mal finir et la déchéance de Pedro Paramo est à la hauteur de son « règne » cruel et misérable. Assassiné par l’un de ses nombreux bâtards, il meurt haï de tous, méprisé par sa propre descendance, alors que Comala n’est plus que ruines et cendres. Quant-à Juan Preciado, son sort est aussi scellé - comment pourrait-il en effet parler aussi aisément aux morts sans le payer d’une manière ou d’une autre ?

Un court roman à l’écriture fluide et aérienne, dont la réussite tient à la fois à ce faux rythme imposé par la narration elliptique, mais également à la puissance et à la force du discours. Un roman fantastique, dans tous les sens du terme. A noter qu’une adaptation cinématographique devrait voir le jour sous peu.


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