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Publié le 03/11/2007

« Ralliement » de William FORSTCHEN

[« Rally Cry », 1990]

ED. BRAGELONNE, AOÛT 2007

Par eleanore-clo

Un nouvel auteur... Une nouvelle série... ça devient classique dans un paysage éditorial où certains directeurs littéraires publient écrivain inconnu après écrivain inconnu dans leur quête désespérée d’une nouvelle J.K. ROWLING !
La couverture de Bragelonne sort cependant des sentiers battus puisque le guerrier de service semble affronter un minuscule soldat « yankee » : la hache contre la baïonnette en quelque sorte.
Que peut donc bien cacher ce mélange des genres, cet anachronisme iconoclaste ? Le rata de William FORSTCHEN n’est pas mauvais et soutient la comparaison avec d’autres rations de combat style David GEMMELL ou encore Raymond E. FEIST.


William FORSTCHEN est un enseignant américain, spécialiste de la Guerre de Sécession, et accessoirement écrivain dans le civil. C’est pourquoi, il a tout naturellement choisi de mettre en scène dans son récit de fantasy uchronique, une armée imaginaire : le 35ème régiment de l’Union.

Au début de l’intrigue, nos vaillants soldats embarquent pour une de ces audacieuses manoeuvres dont le général Grant avait le secret. Mais le Sud ne sera pas au rendez-vous et un mystérieux tunnel de lumière happe le bateau, expédiant ses passagers sur une étrange planète.
De nombreuses peuplades les ont précédés au cours des siècles et chacune a reconstitué là sa civilisation d’origine. Les « yankees » découvrent donc notamment une société russe médiévale où les boyards tyrannisent le petit peuple. L’idéal démocratique s’impose rapidement dans les esprits et le 35ème se retrouve à la tête d’une révolution très inspirée par la guerre d’indépendance américaine. Bien évidemment, les armes nordistes surclassent les épées et autres arcs de la vieille noblesse. Et tout aussi naturellement, Andrew Keane, commandant du régiment, se retrouve à la tête du pays.
Hélas, les terribles Turgars, antiques dirigeants de la planète et dont les lointains ancêtres ont inventé le tunnel de lumière, ne voient pas d’un très bon œil ce nouveau système politique car il les prive d’un troupeau servile... Une terrible course contre la montre s’engage car seule une armée moderne et suréquipée peut leur résister.

L’intrigue volontairement [?] simpliste et naïve constitue l’apologie d’une certaine morale américaine, efficace sans nul doute puisqu’elle a permis l’abolition de l’esclavage et la victoire contre le nazisme mais inquiétante puisqu’elle a aussi conduit un certain Georges W. Bush à Bagdad.
Que le lecteur se rassure : les bons sont sublimement bons et les méchants affreusement méchants. Il ne faut pas chercher dans Ralliement une analyse de la politique extérieure des U.S. mais un roman d’aventure, fort bien conté, une belle série B qui vous réconcilie avec la vie militaire !

Les références sont multiples et Forstchen construit un incroyable patchwork [bric-à-brac ?] parfaitement logique et cohérent. Citons pêle-mêle Gengis Khan et la Horde d’Or [Muzta et les Turgars], Fort Alamo [la bataille finale], L’île mystérieuse et l’ingénieur Cyrus Smith [l’industrialisation à marche forcée du pays et Fergusson], ou Le prince Igor [Andrew Kean]...

La narration s’accélère progressivement et la mêlée finale conclut en beauté un suspens qui va crescendo sur plus de 400 pages.

On peut cependant regretter le manque d’ambition historique de l’auteur. Certes, FORSTCHEN émaille son récit de multiples références à la Guerre de Sécession : Gettysburg revient comme un leitmotiv et quelques analepses permettent de mieux comprendre le départ de toute une génération vers le front. Mais l’histoire n’est qu’un décor. A l’opposé d’une MacINTYRE [La Lune et le Roi Soleil] ou encore d’un Xavier MAUMÉJEAN [La Vénus Anatomique], l’auteur ne rentre pas dans les détails. Il se laisse porter par le souffle épique d’un récit, toujours plus rapide.
Les batailles quelques peu sanguinaires pourront émouvoir les âmes sensibles mais le massacre de la piétaille par les armes modernes lors d’assauts aveugles constitue la réalité quotidienne des grandes guerres modernes dont la Guerre de Sécession fut le prototype.

William FORSTCHEN se situe dans l’exacte mouvance de David GEMMELL, avec un zeste d’individualisme en moins. Des héros attachants et projetés malgré eux dans des circonstances dramatiques, pourvu d’un contexte historique qui assure des batailles dantesques, et ils font leur devoir, sauvant veuves et orphelins des despotes locaux avant de les protéger de formidables armées d’invasion.
Seules différences : quand GEMMELL met en scène la Grèce antique ou l’Ecosse Picte, FORSTCHEN préfère la Russie du 13ème siècle et la Guerre de Sécession. Et l’écrivain américain, lui, croit en la politique : les citoyens doivent coopérer dans une direction commune, encadrés par une constitution et un système. D’ailleurs son héros est collectif, c’est le 35ème régiment et pas tel ou tel homme de troupe.


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Bragelonne reste fidèle à sa lignée éditoriale avec ce beau roman d’aventures, bien ficelé et bien conté, sans autre ambition que le divertissement pur.

Le cadre est posé et nul doute que les nombreux tomes à venir [aux US la série compte 9 volumes !] nous permettront de découvrir les secrets de la planète mystérieuse en attendant un retour bien mérité sur terre pour les braves du 35ème... à moins que les jeunes femmes russes ne les convainquent de déposer les armes ?