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Publié le 07/07/2000

"Ravage" de René BARJAVEL

EDITIONS FOLIO, 1943

Par oman

Paris, XXIe siècle. Les temps ont changé, la vie est maintenant plus facile que nos aïeux : le monde est à l’âge atomique, où tout est plus vite plus haut plus fort. Mais les gens ont décidé qu’il fallait se recentrer sur l’homme, et revenir à des technologies plus en adéquation avec leur mode de vie, basé parfois sur les loisirs et l’oisiveté.

François Deschamps est artiste et originaire de la campagne. Secrètement, il est amoureux de son amie d’enfance, l’insouciante Blanche. Dès lors, François s’inquiète que Blanche abandonne ses études pour devenir une star aux côtés d’un magnat de presse antipathique.

Soudain, le grand noir, dehors, c’est la chute des villes...


Le rat des villes et le rat des champs.

BARJAVEL décrit une civilisation où le tout atomique rend la vie de tous les jours plus facile, l’avènement des communications comme détentrice des pouvoirs économiques, par opposition aux gens des campagnes, encore bien loin de toute la technologie des villes, et bien loin de posséder tout pouvoir sur la nation.

Sauf que... privés de cette énergie qui fait leur pouvoir, les citadins ne sont plus rien. Ils sont obligés pour survivre de se déchirer, de piller, et sont parfois incapables de faire face à la situation. A l’exception d’un jeune homme à l’éducation paysanne qui va réussir à organiser un petit groupe, et à lui permettre de survivre. Une situation qui, avouons le s’inspire de la situation de la guerre de 1939-1945, pendant laquelle ce roman est écrit. Le feu, les pillages, les maladies, les rationnements des personnages sont des métaphores à peine voilées de la situation des citoyens de Paris pendant l’occupation.

BARJAVEL affirme que la vie et la mentalité paysannes donnent les meilleures chances à chacun de survivre. L’esprit pragmatique, terre à terre, permet de faire face à la vie rude et parfois austère que l’on peut mener sans toute cette technologie qui fait des hommes des pauvres animaux sans défense. Le dénouement est d’ailleurs sans équivoque : revenons à la terre, sus à la technologie !

Cette histoire de déchéance est magnifiquement décrite : la partie « la chute des villes » est un beau de moment d’écriture de post-apocalyptique. Le passage de l’asile des fous est particulièrement bien réussi.

« Un froid atroce envahit d’un seul coup le couloir. Les deux hommes voient le docteur reculer, tourner vers eux son visage convulsé d’horreur, ses yeux presque arrachés des orbites par l’épouvante regardant par l’entrebaillement de la porte ce qu’ils ne peuvent voir et qui doit être l’Abominable... Le froid leur a déjà gelé tous les muscles superficiels. Ils ont la peau dure comme de la glace. Ils ne peuvent plus bouger. Le froid s’enfonce en eux, atteint les côtes, les poumons. Le docteur tombe contre la porte. La porte se referme en claquant. »


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Ecrit et publié pendant l’Occupation, RAVAGE est un ouvrage, au final, extrêmement ambigü.

On peut y voir une parabole de l’économie de rationnement, et la volonté, philantropique, de chasser les horreurs de la guerre pour prôner le retour à des valeurs plus humaines.

On peut aussi y sentir une idéologie proche de celle du régime de Vichy et des pétainistes [alors au pouvoir], louant les valeurs de la famille, le travail des champs, la prééminence de la Nature sur la Culture, la force physique plutôt que le progrès, etc.

Cela reste, sans juger le fond, l’un des premiers récits ouvertement fantastique publié en France.