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Publié le 04/01/2009

Récits de la Grande Explosion de Julia Verlanger

ED. BRAGELONNE / LES TRÉSORS DE LA SCIENCE-FICTION, NOV. 2008

Par Nébal

Après le très sympathique La Terre sauvage, la collection des Trésors de la science-fiction chez Bragelonne poursuit son intégrale de Julia Verlanger avec ces Récits de la Grande Explosion. Mais ce titre connoté ne doit pas nous tromper : cette fois, il ne s’agit plus de faire dans le post-apocalyptique ; les quatre romans et la nouvelle figurant au sommeil de ce gros omnibus relèvent en effet du space opera... et dans un sens de l’histoire du futur, à en croire l’intéressante postface de l’admirateur Xavier Dollo.


Celui-ci insiste à bon droit sur la singularité de Julia Verlanger dans la SF française des années 1970 : loin des expériences stylistiques et des préoccupations politiques de la SF de l’époque, elle entendait bien écrire avant tout une SF populaire, ne négligeant pas les histoires et le pur plaisir de lecture. C’est ainsi tout naturellement qu’elle a publié la majeure partie de son œuvre romanesque dans la collection « Anticipation » du Fleuve Noir... quitte à adopter pour ce faire un pseudonyme plus « viril », celui de Gilles Thomas. Ce fut le cas, notamment, pour sa fameuse trilogie post-apocalyptique de La Terre sauvage, mais également pour trois des quatre romans compilés dans ce second volume, l’exception, Les Portes sans Retour [publié sous le nom de Julia Verlanger - déjà un pseudonyme... - au Masque en 1976], y ayant été reprise ultérieurement sous ce nouveau nom de plume.

Quatre space op’, donc, décrivant une humanité éparpillée à travers la galaxie à plusieurs stades de cette « Grande Explosion ». Mais, dans ces quatre romans [tous à la première personne, et focalisés sur des héros au nom assez proche], il est possible de distinguer deux groupes : deux, en effet, se présentent avant tout comme des quêtes type « chasse au trésor », tandis que les deux autres, bien meilleurs à mon sens, et autrement plus sombres, nous décrivent le calvaire d’humains réduits au rang d’esclaves.

Commençons donc par les récits les plus « aventureux », et tout d’abord par Les Portes sans Retour, le plus long de ces quatre romans [environ deux cents pages contre une centaine pour chacun des autres]. Nous y faisons la connaissance de Gyall, sorte de routier galactique qui se plonge dans les ennuis jusqu’au coup pour les beaux yeux de la belle [et richissime] Missie Oléone. Preuve en est qu’il accepte [bien facilement, c’est assez risible...] de la suivre dans les Portes sans Retour, en quête de son frère disparu Axin ; or ces titanesques et mystérieux artefacts extraterrestres ne portent pas ce nom pour rien... À partir de là, nous suivons les deux tourteraux dans un « jeu de rôles » [Xavier Dollo préfère poser Julia Verlanger en anticipatrice des jeux-vidéos, avec leurs énigmes, pièges et boss de fin de niveau, mais on avouera que tout cela, et notamment dans la première épreuve « souterraine », n’est pas sans évoquer un Donjons & Dragons tout ce qu’il y a de classique...] cruel et tordu, passablement artificiel - et pour cause -, et pas toujours très convaincant... Il y a cependant quelques jolis passages, ainsi dans la variante la plus antique... Mais ce roman perclus de clichés [ironiques pour bon nombre d’entre eux, sans doute, comme le machisme ambiant et les inévitables - et laconiques - scènes de cul qui ponctuent le récit, et que l’on retrouvera souvent dans ces romans...] ne convaincra vraisemblablement que les amateurs de récits d’aventures faisant primer le rythme - tout va très vite, mais c’est vrai de l’ensemble de ces romans - sur la précision et la subtilité.

C’est à plus forte raison le cas pour La Jungle de pierre, qui, effectivement, n’a pas grand chose à voir avec l’excellent La Forêt de cristal de J.G. Ballard. C’est même un récit tout ce qu’il y a de bourrin, qui commence en fanfare quand un nouveau routier de l’espace, Giraud, échoué sur une planète minière, se voit contraint de participer à des combats de gladiateurs [thème récurrent... On évacuera d’ailleurs au passage la nouvelle du même nom, dans une veine plus humoristique, mais assez anecdotique], où il fait la rencontre de la belle mais farouche Kyra. Puis les deux se mettent en quête de la légendaire Jungle de pierre et de ses innombrables richesses. Ce qui implique des mauvaises rencontres, et un bon vieux donj’ des familles. Probablement le roman le moins intéressant du lot.

Les deux romans esclavagistes sont bien plus intéressants, et présentent de nombreux points communs : ils sont plus sombres, plus cruels, beaucoup moins linéaires [quand bien même tout va toujours très vite, et sans doute trop vite pour Les Hommes marqués], et évacuent les partenaires féminins caricaturaux au profit de figures masculines mieux campées, fondant des relations d’amitié confinant à la fraternité voire plus. Les Hommes marqués, qui a compté dans l’établissement de la réputation de Julia Verlanger, nous décrit une Terre vaincue par ses colonies dans une guerre galactique prenant place probablement dans les premiers temps de l’expansion galactique. Les résistants terriens survivants subissent un sort infâmant : ils sont marqués d’un « A » sur le front qui les désigne comme des androïdes totalement privés de droit. C’est le cas, entre autres, de Garral... mais celui-ci ne compte pas se laisser faire. Le résultat est un roman efficace et fort, très rythmé, et tout à fait recommandable : le type même de la bonne SF populaire, dans son versant le plus grave.

Horlemonde est probablement encore meilleur. L’univers envisagé globalement ne manque pas de faire penser à l’excellent « cycle de l’Ekumen » d’Ursula Le Guin : l’humanité s’est répandue à travers la galaxie, mais les planètes colonisées ont perdu tout contact entre elles et développé leurs cultures propres, éventuellement régressives, durant des siècles ; la Terre envoie des observateurs chargés de réintégrer ces mondes dans une vaste fédération. L’action se déroule sur une lointaine planète archaïque, appliquant un système de castes rigide. Jairo, sur ce monde, est au bas de l’échelle : voleur qui débute le roman cloué au pilori, il est bientôt emmené en tant qu’esclave personnel pour une maison noble... et finit dans un terrible bagne entouré de marécages, un bagne dont on ne s’évade pas. Là, il est lié - au sens strict : les prisonniers forment des paires, attachés entre eux par une chaîne - au mystérieux Arald... qui prétend venir d’une autre planète ! Or la planète de Jairo a depuis longtemps perdu le secret des voyages spatiaux, et adopté un système héliocentrique... Les deux hommes que tout oppose vont tout mettre en œuvre pour s’échapper, bien sûr ; mais Arald a également une autre mission à accomplir... Un roman très convaincant : les scènes de bagne sont classiques mais remarquables, les bonnes idées abondent, l’atmosphère est très réussie. Probablement le sommet du recueil.


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Récits de la Grande Explosion, écartelé entre ces deux tendances, se montre dans l’ensemble bien moins convaincant, et a fortiori indispensable, que La Terre sauvage. Il contient néanmoins deux romans de bonne voire très bonne facture, toujours très rythmés et efficaces, et au-delà quelques jolies scènes, qui placent bien Julia Verlanger parmi les représentants les plus intéressants de la SF populaire en France.