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Publié le 06/12/2009

Regarde le soleil de James Patrick Kelly

[Look Into the Sun, 1989]

ED. LES MOUTONS ÉLECTRIQUE / LA BIBLIOTHÈQUE VOLTAÏQUE, NOV. 2009

Par Ubik

Vaste communauté spatio-pérégrine, les messagers suscitent à la fois espoir et haine chez les populations des mondes qu’ils contactent. Détenteurs d’un secret convoité – l’immortalité – ils fixent comme condition à sa transmission l’adhésion des autochtones au Message, sorte de culte du secret invitant à l’abandon de son individualité.
L’immortalité ne fait plus vraiment partie des souhaits de Phillip Wing. Le jeune architecte que d’aucuns considèrent comme le concepteur génial du Nuage de verre – ouvrage célébré comme une des merveilles du monde – jouit désormais de l’aura « immortelle » de sa création. Marié à la riche héritière d’une vieille famille de Portsmouth, New Hampshire, il se trouve de surcroît à l’abri du besoin. D’où vient alors ce sentiment d’insatisfaction lancinant ?
Méfiant à l’égard des messagers, le jeune homme est peu enclin à leur céder lorsqu’ils lui demandent de concevoir un mausolée pour la déesse vivante du peuple chani. Les événements le contraignent pourtant à un exil volontaire sur la planète Aseneshesh. Un séjour pour le bien commun lui promet-on, faisant uniquement appel à ses talents. Pour autant, les messagers ont-ils tout dit ? Et Phillip Wing part-il pour de bonnes raisons ?


Depuis longtemps loué outre-Atlantique pour ses qualités de nouvelliste, James Patrick Kelly est surtout réputé dans l’Hexagone – si l’on fait l’abstraction des quelques nouvelles éparses parues dans les années 1980 et durant la première décennie du XXIe siècle – pour la publication de deux courts romans chez Les Moutons électriques.
Auréolé d’un prix Nébula, Fournaise, court récit et utopie ambiguë écrite dans un registre aigre-doux, nous avait intrigués, en mêlant réflexion éthique et drame individuel. Précédant de presque deux décennies l’écriture de Fournaise, Regarde le soleil explore cette même veine, introduisant comme un écho avec son successeur. On y retrouve déjà tout ce qui a plu (ou déplu) dans Fournaise : ce mélange de classicisme et de légèreté, signe d’une certaine distanciation mais également d’un respect des codes de la science-fiction. Un art de l’ellipse dans la mise en place du décor, une économie de moyens, somme toute exemplaire, évitant les lourdeurs didactiques et le technoblabla inhérent au genre. Enfin, un souci indéniable pour la psychologie des personnages, avec tout ce que l’exercice comporte de tendresse, d’introspection et de nuances.
Bref, de la science-fiction humaine, relookée subtilement avec quelques accessoires high-tech, et que l’on peut rapprocher de la manière de faire de son compère en écriture John Kessel mais aussi de celle de Robert Charles Wilson, en particulier son roman Le Vaisseau des voyageurs.

Pourtant, on se sent un tantinet déçu à la lecture de Regarde le soleil. Non que l’intrigue soit mauvaise, encore que l’on puisse trouver trop fleur bleue l’histoire d’amour entre deux des personnages principaux et juger le dénouement expéditif. La déception ne découle pas davantage de la perspective science-fictive. Sur ce point, le roman abonde en idées et en notions stimulantes. Peut-être sont-elles juste sous-exploitées, comme une routine déployée en tache de fond. Par ailleurs, Regarde le soleil aborde les thèmes de l’altérité et de la transformation d’une manière convaincante, à défaut d’être bouleversante. Il y est question également d’amour, de respect de l’autre, de manipulation et de dessein politique caché. Cela fait beaucoup de sujets à traiter en 271 pages.
Sans doute la déception tient-elle surtout à une impression de déjà-vu, de déjà lu, de déjà évoqué ailleurs avec davantage d’ampleur. La petite musique de Regarde le soleil, aussi envoûtante et bien interprétée soit-elle, joue sur un mode mineur une partition déjà connue comme nous l’avons confié auparavant.


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Ces quelques réserves mises à part, le roman de James Patrick Kelly ne manque pas de charme. Celui d’une histoire où les ressorts de la science-fiction s’habillent de psychologie et où les technosciences se parent de chair. Un récit qui laisse toutefois un peu sur sa faim. Mais sans doute devient-on trop exigeant lorsque l’on goûte à l’excellence.