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Richard COMBALLOT [photo Fabienne ROSE]

Le Cafard cosmique : Comment est née cette idée d’une anthologie autour du personnage d’Elric ?

Richard COMBALLOT : Ma découverte de Michael MOORCOCK remonte, si ma mémoire ne me trahit pas, à septembre 1981 ! Lycéen âgé de quinze ans, provincial, j’avais profité d’un déplacement professionnel de mon père pour l’accompagner et effectuer en solo une « tournée » des librairies spécialisées SF/BD de la capitale. Et c’est à Temps Futurs, alors « Grand Temple » de nos genres de prédilection, dirigé par Stan BARETS [auteur du "Science-fictionnaire"], que j’assistai à ma première séance de dédicace : Michael MOORCOCK y signait ses ouvrages disponibles et je repartis avec, sous le bras, "Le Dieu fou", le second tome du cycle des Runes, après l’avoir fait signer par l’auteur.

Deux mois plus tard, le libraire-éditeur ressortait la saga d’Elric, l’édition du « Club du Livre d’Anticipation » étant épuisée depuis des lustres. Il me fallut attendre quelques mois supplémentaires pour pouvoir acquérir les six volumes mais je me souviens très bien de ce que j’ai ressenti à la lecture du cœur du cycle et à la découverte de ses composantes [le personnage tourmenté d’Elric, Tristelune, Tanelorn... l’Ordre, le Chaos... l’Entropie...] : je trouvai le cocktail fascinant, génial, et je crois pouvoir dire que je ne m’en suis jamais totalement remis.

Quelques années plus tard, devenu journaliste spécialisé à Fiction et L’Écran Fantastique, l’envie était forte de faire rééditer et parfois traduire les introuvables du Britannique. C’est ainsi que, vers 1985, je suis allé porter le cycle de Corum à Hélène OSWALD, directrice de NéO, laquelle m’a répondu que ce n’était pas suffisamment commercial ! Et que fin 1988 ou début 1989, j’ai apporté "Gloriana", "Le Chaland d’or" et "La Cité des étoiles d’automne" à Pierre MICHAUT de L’Atalante, qui les a aussitôt fait traduire... sans que je sois nulle part crédité... Il me fallut attendre 1991 pour que paraisse la première monographie en langue française consacrée à notre auteur, sous la forme d’un numéro de la revue Phénix. J’y avais rassemblé des interviews, études et hommages d’excellents contributeurs [Colin GREENLAND, Keith ROBERTS, Maxim JAKUBOWSKI, Jacques GUIOD, Dominique WARFA...) et quelques inédits du « maître », dont un long essai sur la Fantasy et des nouvelles mettant en scène Elric ou Jerry Cornelius ; un collectif que j’aimerais d’ailleurs beaucoup revisiter et rééditer aujourd’hui dans une version « remix »...

Tout cela pour dire que mon intérêt pour MOORCOCK ne date pas d’hier mais plutôt... d’avant-hier... Après avoir réalisé des hommages à Peter Pan et à Alice, tous deux parus chez Mnémos, il m’a paru naturel de vouloir mettre sur pied un projet Elric. J’en ai parlé à Bénédicte LOMBARDO, qui venait d’arriver chez Fleuve Noir et Pocket, elle avait en tête de ressortir le cycle et a donc trouvé légitime d’accueillir ce livre, qui constituerait un pendant aux Contes du Loup Blanc, hommage des anglo-saxons au prince albinos...

CC : Le personnage d’Elric, qui ne date pourtant pas d’hier, semble connaître aujourd’hui un regain d’intérêt... Effet de mode, reconnaissance tardive ?

RC : Reconnaissance tardive, non. Il y a toujours eu un culte autour d’Elric, simplement MOORCOCK était considéré, au départ, en France, comme un auteur de SF un peu spécial et non comme un auteur de Fantasy. Il faut dire que c’était avant le grand boum du genre, lequel n’était pas répertorié en France.

Mais le temps a fait son travail, l’univers du jeu de rôles s’est approprié Elric, et MOORCOCK s’est trouvé relancé, faisant figure de classique. De nouveaux projets BD sont apparus et il est aujourd’hui question de porter les aventures du Melnibonéen à l’écran.

CC : Quelle fut la réaction des auteurs français sollicités ?

RC : L’accueil fut unanime : tout le monde a trouvé l’idée excellente et a voulu apporter sa pierre à l’édifice. Christian VILA a été le premier à dégainer, m’adressant son manuscrit alors même que le contrat n’était pas encore signé avec l’éditeur, suivi par Daniel WALTHER et Xavier MAUMEJEAN. Tous gardaient en mémoire le personnage mélancolique d’Elric et ses aventures.

Ce qui était intéressant, c’était de constater que l’impact avait été le même sur deux ou trois générations d’auteurs. Je me suis donc beaucoup amusé à rassembler des individualités telles qu’AYERDHAL, Jacques BARBERI, Richard CANAL ou Pierre PEVEL... Tout le monde ou presque a été au rendez-vous. Pierre GIULIANI est décédé, hélas. Michel DEMUTH, Jean-Pierre FONTANA, David CALVO et Jean-Luc BIZIEN ont rapidement déclaré forfait. Seul Ugo BELLAGAMBA a conservé sur la durée le désir d’écrire une novella, sans avoir toutefois la disponibilité suffisante pour en venir à bout. Nous en parlions de temps en temps... et nous en parlons encore ! Je ne désespère pas la lui faire écrire un jour...

CC : Quel furent l’accueil puis le niveau de participation de Michael MOORCOCK ?

RC : Comme toujours en pareilles circonstances, Michael MOORCOCK a fait preuve d’une grande générosité, là où d’autres n’auraient sans doute vu que projet suspect ou tentative de récupération. Il fait partie de ces gens qui aiment à partager leurs centres d’intérêt, à partager tout court, et demeure depuis quarante ans l’un des moteurs de la SF britannique.

Il est, entre parenthèses, regrettable qu’aucun éditeur français n’ait eu la bonne idée de publier un best-of de New Worlds, la revue qu’il dirigea dans les sixties (et un peu au-delà) et dans laquelle il publia James Graham BALLARD, Norman SPINRAD ou Brian ALDISS... Il a très vite prêté Jerry Cornelius à ses frères en écriture, puis l’Univers des Glaces à Keith ROBERTS, puis comme je l’ai dit précédemment Elric à ses confrères anglo-saxons.

Lorsque Bénédicte LOMBARDO s’est adressée à son agent français pour lui demander l’autorisation de démarrer notre projet, MOORCOCK a répondu qu’il était touché et qu’il nous souhaitait bonne chance dans notre entreprise. Je le remercie du fond du cœur car sans son accord nous n’aurions pu aller de l’avant. Précisons qu’il ne m’a demandé aucun droit de regard, n’a fait jouer aucune censure et s’est borné à proposer l’écriture d’une préface pour appuyer le projet. Que peut-on rêver de mieux ?!

CC : Comment s’organise le travail d’une brochette d’auteurs autour d’un thème commun ?

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RC : Avec des auteurs de talent, il n’y a en principe pas de souci à se faire, car tous ont à cœur de trouver le point de départ, le « truc » que les autres n’auront pas vu. Je leur ai donc donné carte blanche et je dois dire qu’ils ne m’ont pas déçu, je n’ai pas eu à déplorer décalques ou redondances. Tout au contraire, j’ai pu apprécier la largeur du spectre exploré. De l’hommage respectueux façon Léa SILHOL au très métaphysique texte de Jacques BARBERI, en passant par le détournement de Pierre STOLZE... je crois qu’il y en a vraiment pour tous les goûts et pour répondre à toutes les attentes.

CC : À mon goût, justement, la nouvelle imaginée par AYERDHAL et Éric CERVOS est l’une des plus originales. Dans un genre différent, celle de Jacques BARBERI décoiffe méchamment ! Et celle de Fabrice COLIN est très belle. Êtes-vous du même avis ? Quelles sont les nouvelles qui vous semblent particulièrement réussies ?

RC : Je suis d’accord avec vous : celle de Jacques BARBERI décoiffe et je ne suis pas loin de penser que c’est l’une de ses quatre ou cinq meilleures, alors qu’il a déjà aligné quelques chefs-d’œuvre. Il s’agit de la plus longue du recueil, de la plus originale et, en prime, elle offrait la possibilité de donner son titre à l’ensemble ; je ne me suis donc pas gêné ! Cela étant, celle d’AYERDHAL et Éric CERVOS est effectivement très réussie et celle de Fabrice COLIN vénéneuse à souhait. J’ai beaucoup aimé aussi le traitement Rock & Roll de Johan HELIOT, la rencontre entre Elric et Jeanne d’Arc due à Jean-Pierre VERNAY et... et... Bon, je m’arrête car, d’une part, je ne voudrais froisser la susceptibilité d’aucun contributeur et, d’autre part, je suis convaincu que chacun a donné le meilleur...

Je terminerai juste en disant que j’espère voir cette anthologie traduite en langue anglaise [on peut rêver !], de telle sorte que Michael MOORCOCK puisse lire les dernières aventures en date de son personnage, ce ne serait que justice, et constater à quel point il nous a marqué, touché, transformé sans doute...


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de MOORCOCK Michael [et d'autres critiques]

Mr.C