En un peu plus de dix ans et quelques textes majeurs, Robert Charles Wilson s’est imposé comme l’un des auteurs incontournables d’une SF à la fois renouvelée et respectueuse de ses traditions. Après le carton de Spin en 2007, Axis prolonge l’expérience au risque d’en troubler certains, tant Wilson s’oriente vers de nouvelles préoccupations. Un évolution notable qui correspond d’ailleurs à la parenthèse Julian Comstock, sorte de fantasy pseudofuturiste radicalement différente des habitudes de l’auteur et parue cette année outre-Atlantique. Le Robert Charles Wilson nouveau est arrivé.


Robert Charles Wilson, encore lui.

Fidèle à une vision classique de la SF, Robert Charles Wilson n’en réinvente pas moins certaines des idées les plus banales au gré de romans bâtis sur le même modèle. Des personnages perdus, un mystère d’envergure cosmique, et le traitement d’un événement hors norme à l’échelle humaine. L’auteur s’en est déjà expliqué dans de nombreuses interviews, « le personnage » est au centre de tous ses récits.
Un monde parallèle ? Comment réagirait un citoyen lambda ? Des distorsions temporelles dramatiques ? Comment y faire face au quotidien ? Une invasion extraterrestre ? Où trouver une bouteille de lait ? Une recette qui peut finir par lasser, mais qui a le mérite de s’axer sur ce qui manque justement dans la SF habituelle : l’humain.
Dès lors, Wilson s’ingénie à décrire le parcours personnel d’anti-héros au milieu d’un chaos social faisant écho à un certain chaos émotionnel. Livres après livres, l’idée revient en boucle, jusqu’à Axis, où Wilson semble se débarrasser de ses oripeaux SF pour se consacrer à ce qui l’intéresse depuis le début. Bilan : un livre intimiste au sens premier. Un livre qui s’adresse au lecteur et qui correspond — ou pas — à son expérience personnelle. D’où le risque de laisser tomber une partie de ceux qui ont fait le succès de Spin. Une tentative littéraire différente qui mérite d’être saluée, doublée d’une excellence stylistique à laquelle la traduction de Gilles Goullet fait honneur.

Dans Axis, la trame temporelle se resserre, les personnages subissent leurs échecs sans pathos, et font avec. De fait, un lecteur approchant la quarantaine et ayant lui-même accumulé pas mal d’échecs sera forcément plus sensible au roman qu’au récent trentenaire admiratif des puissantes visions évoquées par Spin. Robert Charles Wilson s’y livre peut-être encore plus qu’ailleurs, regarde derrière lui et s’autorise enfin un petit moment de déprime. Cette forme de narration contemplative peut nuire au rythme du roman, mais pas quand on s’y plonge en sachant où l’on met les pieds. On peut constater cette différence de perception en lisant la recension de Axis, beaucoup plus dubitatif et c’est normal.

Axis n’est définitivement pas Spin. C’est un livre assurément plus mûr, plus personnel et passionnant par bien des aspects. Mine de rien, Wilson fait dans l’intime sans se regarder le nombril. Il s’y livre, on l’a vu, mais cette faille renvoie directement à celles de ses lecteurs. Un indice qui confirme l’excellence d’un auteur parti pour marquer durablement le genre. D’autant que Wilson n’en oublie pas la SF pour autant. Témoin ces pages magnifiques où l’on assiste à des pluies de cendres, restes de machines vivantes incompréhensibles aux allures de plantes vénéneuses, et dont la beauté remarquable se teinte d’une poésie rarement lue depuis Bradbury. On tient là un auteur complet, qui — il le dit lui-même dans son interview — termine ce qui doit l’être et passe désormais à autre chose. Une évolution qui ressemble beaucoup aux bouleversements subis par ses héros fatigués. Robert Charles Wilson ressemblerait-il à ses personnages ? Sans doute un peu. On n’a pas fini d’en entendre parler.


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