


Les préoccupations des rockers des sixties rejoignent les thèmes favoris des fans de SF : peur du nucléaire, prise de conscience des menaces de la pollution, fascination pour l’exploration spatiale [Armstrong marche sur la lune en 1969]...
De nombreux textes d’artistes rock font référence à la littérature de SF : citons les hippies délirants du Grateful Dead avec l’album « From the Mars Hotel » et les Jeffersson Airplanes [« Crown of Creation », « Blows Against the Empire »] qui multiplient les références à Robert HEINLEIN ou John WYNDHAM au point d’être nommés au prix Hugo en 1971 !
Le dieu de la guitare, Jimi HENDRIX était un grand fan de SF et les paroles de « Purple Haze » lui furent directement inspirées par un roman de Philip José FARMER, « La Nuit de lumière » [« Night Of Light », 1966]
Les Pink Floyd alignèrent eux aussi une série d’albums aux sons futuristes explicitement nourris à la SF avec des titres comme « Astronomy Domine » ou « Interstellar Overdrive » [dans « Piper At The Gate of Dawn » [1967]].
Dans « Let There Be More Light », apparaît un Rhull piqué à A.E. VAN VOGT [« La Guerre contre le Rull », 1968].
L’univers de « The Wall » oscille entre le fantastique et la dystopie orwellienne. Enfin, « The Division Bell » [1994], album plus récent, doit son titre à l’auteur de SF anglais Douglas ADAMS, ami personnel de GILMOUR.
Quant aux DOORS de Jim MORISSON, leur nom vient d’un livre d’Aldous HUXLEY, « Les portes de la perception ».
Le glam-rock popularise les délires vestimentaires kitscho-futuristes : Bowie [voir plus bas] en est le hérault, The Rocky Horror Picture Show, la comédie musicale culte.
Le show débute ainsi : « And Flash Gordon was there - In Silver Underwear - Claude Rains was the invisible man ... »
John LENNON, lui aussi grand amateur de SF, a sérieusement envisagé d’adapter au cinéma « Le Dieu venu du centaure » de Philip K. DICK, dont les délires psychédéliques faisaient écho à ses propres visions... mais le projet a capoté.
Quant au groupe Alan Parson Project, il intitule son deuxième album « I Robot », en hommage à Isaac ASIMOV, et plus tard baptise un single « Eye In The Sky », un titre qui se trouve être aussi le titre d’un bouquin de... Philip K. DICK.
Aujourd’hui, l’imaginaire de la Science-Fiction est passé dans les moeurs, et certains groupes ont totalement intégré, dans leurs textes, les questions posées par les grands auteurs.
Citons parmi les plus doués de ces rockers influencés SF, Sonic Youth ou Radiohead [« Paranoïd Androïd » etc.]

« La science-fiction, c’est moi. »
David BOWIE
Peu d’artistes du rock moderne semble aussi perméable à la SF que David BOWIE. Dès ses premières compositions, les références à l’exploration de l’espace ou aux extra-terrestres sont permanentes : « The Rise and Fall of Ziggy Stardust and The Spiders From Mars » [1972] raconte les tourments de Ziggy, rockstar extra-terrestre sur la planète Terre en perdition.
Ré-écoutez donc « Space Oddity » ou « Starman », et souvenez-vous des combinaisons aluminium et des cheveux rouge fluo qu’arborait BOWIE à l’époque !
« Ground control to major Tom
Your circuits dead, theres something wrong
Can you hear me, major Tom ?
Can you hear me, major Tom ?
Can you....
Here am I floating round my tin can
Far above the moon
Planet earth is blue
And theres nothing I can do. »
En 1970, BOWIE intitule son troisième album « The Man Who Sold The World », d’après un morceau éponyme qu’il a composé et qui reprend le titre et le thème d’une nouvelle de Robert HEINLEIN parue en 1949. [La chanson fut reprise par Nirvana en 1994] Même dans les plus récents « Hallo Spaceboy » ou « Gemini Spacecraft », BOWIE continue d’être émerveillé par certains des thèmes récurrents de la SF.
Grand lecteur de SF, BOWIE est un grand admirateur notamment du « 1984 » de George ORWELL. Il écrivit tout un concept-album autour de livre, album qu’il ne put baptiser "1984" parce que les héritiers d’ORWELL le lui interdirent. L’album fut donc baptisé « Diamond Dogs » [1974]... mais les thèmes du disque restent largement puisé dans l’univers totalitaire d’ORWELL avec des titres comme « Big Brother »...
Côté cinéma, BOWIE a joué le rôle d’un extra-terrestre paumé dans le film « L’Homme qui venait d’ailleurs » [1976], film adapté du chef-d’oeuvre d’un grand de la SF, Walter TEVIS, « L’Homme qui tombait du ciel ». BOWIE a également endossé la chair et les os d’un vampire-dandy mourrant dans « Les prédateurs » [1983 - daté mais goûteux, avec Catherine DENEUVE et Susan SARANDON], et celui d’un sorcier coiffé en pétard très années 80’, dans le kitschissime « Labyrinth » [1986].
« Outside » [1995] est un concept album très orchestral qui conte l’enquête policière cyber-glauque d’un privé dans le Londres délabré du futur. [à écouter en lisant William GIBSON ou Bruce STERLING ?]. Planant, urbain, un de ses meilleurs albums.
Opportuniste en diable - ou Pionnier au flair imparable ?] BOWIE ne pouvait pas louper l’embranchement des autorroutes de l’informations... Grand pionnier du Net et de la cyber-culture, il a trouvé moyen de se glisser dans un jeu vidéo. « Nomad Soul », est une enquête dans un univers nettement SF, et le double de synthèse du "Thin White Duke" tient un rôle central dans l’intrigue, incarnant à la fois un chanteur rebel et une entité informatique. L’album « Hours » [1999] forme d’ailleurs la BO du jeu.
Le Hard-rock et le Metal ont une parenté culturelle évidente avec la Fantasy, le Fantastique et l’Horreur.
Black Sabbat, branché magie noire, fait hurler les guitares sur des complaintes de héros maudits, de sorciers maléfiques et d’épées enchanteresses. Il délivre également un « Computer God » qui ne déparerait pas dans une recueil cyberpunk.
Chez Iron Maiden on trouve un « To Tame a Land » sur l’album « Piece of Mind » basé sur l’univers de « Dune » de Frank HERBERT, et la quasi-totalité des textes du groupe se classent d’évidence dans les genres horreurs ou SF.
Les oeuvres les plus effroyables de H.P. LOVECRAFT fournissent des milliers de pages soigneusement pillées par tous les groupes amateurs de rockers chevelus - avec plus ou moins de subtilité.
Les plus inspirés sont peut-être les musclés de Metallica, qui se sont permis plusieurs morceaux clairement lovecraftiens, dont un « Call of Ktulu », opportunément rebaptisé avec distorsion d’orthographe pour éviter tout ennui judiciaire...

Les pionniers de la musique électronique et /ou new age avaient tous la tête dans les étoiles [Tangerine Dream, , Tim Blake, Brian Eno...].
Dans une logique visuelle inégalée, les quatre membres du groupe Kraftwerk [« The Man Machine » en 1978] se font représenter, à la scène et dans leurs clips, par quatre androïdes à leurs effigies.
Dans les années 80, le pessimiste Ian CURTIS de JOY DIVISION reconnut bien volontiers sa dette aux textes post-modernes destructeurs de J.G BALLARD ou W. BURROUGHS. Il emprunte même au premier le titre de sa nouvelle « Atrocity Exhibition » pour nommer l’une de ses compositions.
L’album le plus électronique des rockers de U2, Zooropa, se veut directement issu des oeuvres cyberpunk de William GIBSON : « Babyface » chante la passion amoureuse d’un homme pour une animatrice télé, « Lemon » critique la technologie dans ses dérives nombrilistes, et « Achtung baby » est un hymne cynique au sexe virtuel.

La techno actuelle a totalement repris à son compte les thèmes visuels de la SF [robot, aliens, vaisseaux spatiaux...] mais développe rarement un discours construit au-delà des images.
Restent quelques bons exemples comme le français DJ. SPOOKY ou l’américain Jeff MILLS [grand lecteur de SF, avec plusieurs albums à thèmes SF à son actif et même un remix de la BO de « Metropolis », grand classique de Fritz LANG.]
Autre exemple : les Français DAFT PUNK, costumés en robot à diodes multicolores pour la promo de leur dernier album, accompagné de clips manga futuristes signés du dessinateur d’Albator !
Plusieurs auteurs de fantasy et de science-fiction sont eux-même musiciens, participent à des groupes et s’inspirent du monde de la musique dans leurs écrits. D’autres comme Alan MOORE font, en parallèle à leurs carrière d’écrivains, une carrière de rock critic.
C’est aussi le cas de Neil GAIMAN, qui a la particularité d’entretenir une relation amicale et artistique avec la chanteuse Tori AMOS, amitié qui se perçoit dans de nombreuses références repérables dans les BD/romans de l’un et dans les chansons de l’autre.
En France, Roland C. WAGNER est connu pour sa passion de la musique. Maurice G. DANTEC, lui, participe au groupe Schizotrope de Richard PINHAS. Sur scène, DANTEC lit ses auteurs de référence [DELEUZE, NIETSZCHE, Philip K. DICK, euh... NIETSCHE, DELEUZE...], sur une trame musicale faite d’effets de guitare, de boucles de synthés etc. DANTEC a également écrit pour No One Is Innocent.

MOORCOCK a deux passions : la musique et la littérature. Il a donc souvent travaillé à la réunion des deux.
Tout en imaginant les premières aventures d’Elric le Necromancien, il a participé à plusieurs groupe comme guitariste et/ou parolier, le plus durable étant Hawkwind, groupe de hard-rock créé en 1969 dont l’ album « Warrior On The Edge Of Time » [1975] contient le single Kings of speed inspiré très largement du thème de l’éternel champion.
Les représentations graphiques d’Elric par le dessinateur Michael WHELAN ont été reprises comme couverture d’album par le groupe Cirith Ungol.
Sollicité par Eric BROWN, fan de ses romans et membre du groupe Blue Öyster Cult, MOORCOCK a participé à l’écriture de quelques albums du groupe de hard-rock entre 1979 à 1981. C’est donc Corum [personnage des Chroniques de Corum de MOORCOCK] qui est le narrateur du morceau « Veteran of the Psychic War » et Elric lui-même qui est représenté dans « Cultosaurus Erectus ».
MOORCOCK a également écrit « The Great Rock ’n’ Roll Swindle », une novellisation du film consacré au Sex Pistols.
Enfin, MOORCOCK a eu son propre groupe de rock, Deep Fix [qui est aussi le nom d’un groupe dans les aventures de Jerry Cornelius...] qui commettra un album, où l’auteur donne de la voix et de la guitare.
En 1985 est sorti un album basé sur l’histoire d’Elric, « Chronicles of the Black Sword », qui comporte un texte de MOORCOCK, Sleep of a Thousand Tears. Michael a participé à plusieurs concerts pendant lesquels il a lu des poèmes spécialement composés pour l’occasion.
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A LIRE AUSSI :
Merci à Olivier, Thomas, jéjé, Pigface, Acfinors, Oscar et à tous les intervenants du S.-F.orum du Cafard cosmique, grâce auquel se dossier est né, s’est enrichi... et continue de s’améliorer !
Mr.C