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Publié le 04/10/2009

Rollback de Robert J. Sawyer

[Rollback, 2007]

ED. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, SEPT. 2009

Par Mr.C

2010. L’humanité capte le premier message extraterrestre. L’astronome Sarah Hallifax le déchiffre et parvient à y répondre. Mais dix-huit années nous séparent de Sygma Draconis. La réponse des E.-T. nous parvient donc... 38 ans plus tard, en 2048.
Sarah a maintenant 87 ans, elle n’est plus très en forme. Elle seule peut comprendre le message draconien. Difficulté supplémentaire : ce deuxième message semble codé.
Un multimilliardaire lui fait alors une proposition : lui offrir un rollback, un traitement de rajeunissement extraordinairement coûteux qui lui rendra sa jeunesse.
Une chance inespérée ? Non, le début des ennuis.


Les complications commencent donc après le rollback : car Sarah n’a accepté le traitement qu’à la condition que son mari, Don, en bénéficie également.
Le milliardaire a accepté et les époux Hallifax ont eu droit à leur dispendieux rollback (comptez un peu plus d’un milliard de $, chacun). Mais le traitement ne fonctionne que pour Don, pas pour Sarah.
La tuile, non ?

On voit que la mise en place de l’intrigue n’est pas simple. Robert J. Sawyer a l’esprit tortueux et place ses personnages dans une situation compliquée : non seulement Sarah a un message extraterrestre codé sur les bras, mais elle est toujours aussi âgée (et fatiguée). Et par-dessus le marché, voilà que son mari Don a retrouvé ses vingt-cinq ans, sa vigueur et son énergie, et qu’il gambade gaiement, plus intéressé par les étudiantes en jupette que par les subtilités du cryptage de Sigma Draconis.

Le lecteur doit lui aussi fournir un gros effort pour trouver un intérêt à cette double intrigue. Sarah parviendra-t-elle à décoder le message E.-T. ? Don va-t-il tromper Sarah avec l’étudiante en jupette ?
Les deux niveaux de récits co-existent difficilement. Et ce n’est pas la plume gentiment suave de Robert J. Sawyer qui donne de l’épaisseur à tout cela.

C’est qui, ce Robert J. Sawyer d’ailleurs ? Un auteur de SF canadien, Prix Hugo du meilleur roman en 2003 pour Hominids. Une demi-douzaine de textes parus en France. Pas un inconnu complet donc, mais pas vraiment un auteur marquant non plus.
Ah, si, il a tout de même réussi l’exploit d’obtenir deux razzies pour le « Pire roman étranger », avec Mutations en 1999 et avec Dernière chance pour l’humanité en 2002. Et quelle était l’intrigue de Dernière chance pour l’humanité ? Ça parlait de Heather Davis, une prof de fac. qui tente de décrypter un message codé envoyé par les extraterrestres d’Alpha du Centaure... Ça tourne à l’obsession.

Bref, Rollback, c’est inutilement alambiqué sur le fond. Quant au traitement, il est désastreux : Sawyer prétend faire dans le développement psychologique à travers les états d’âmes de Don. Des états d’âmes à longueur de page... Don qui culpabilise d’être redevenu jeune, quand Sarah souffre toujours d’arthrite ; Don taraudé par son envie de s’envoyer la jolie étudiante (pendant que la pauvre Sarah, entre deux verveines, essaie de décoder le charabia des Draconiens) ; Don confronté à ses petits-enfants désormais plus vieux que lui ; Don doute, Don se ronge les sangs, Don nous prend la tête, mais ça ne prend pas. Le ton est désespérément mièvre, le style inexistant. Aucune vérité forte ne ressort de ce qui aurait pu être une réflexion sur la mort et sur l’amour. Aucune idée bouleversante ne rend palpitant le casse-tête du message codé. Deux intrigues - et pas une qui décolle.

Pour tout arranger, Sawyer introduit à mi-parcours un robot intelligent prénommé Gunter, venu assister Sarah dans son travail de décodage. Le thème de l’intelligence artificielle s’ajoute donc au millefeuille. Hélas, là non plus, rien de très nouveau.

On a tout de même une raison de remercier R. J. Sawyer : il n’a pas fait trop long. Cet inintéressant Rollback fait à peine ses 360 pages, index (inutile) compris. Au moins, ça passe sans douleur.


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Sur le thème de la difficulté à communiquer avec les intelligences d’outre-espace - malgré les délais imposés par l’espace et le temps - on trouvera sans peine bien mieux. On conseille L’Oeuf du dragon de Robert L. Forward. Il y en a d’autres.
Sur le thème de la cruauté de la vieillesse, conseillons, hors SF, Un homme, de Philip Roth (c’est précisément le thème du livre, et c’est quand même classe de citer Philip Roth).
Quant à Rollback, évitez-le : le héros rajeunit, mais le lecteur, lui, perd son temps.