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Publié le 05/06/2007

« Rouge Sang » de Melvin BURGESS

[« Bloodtide », OCTOBRE 1999]

ED. GALLIMARD JEUNESSE, 2002 - REED. FOLIO SF, AVRIL 2007

Par PAT

Encore un Gallimard Jeunesse qui passe en Folio SF. Cette fois, c’est Melvin BURGESS qui s’y colle, et ce quelques mois après [l’excellente] trilogie de Philip PULLMAN, « À la croisée des mondes ».
Avec « Rouge sang », cet auteur inconnu sous nos longitudes développe une histoire post-apocalyptique parfaitement bancale et, au final, ratée, mais qui est très très loin de manquer de charme.


Dans un futur quelconque [jamais précisé], la ville de Londres a résisté comme elle pouvait à l’apocalypse [bombes, maladies, qui sait ?] et survit tant bien que mal sous la botte de deux chefs de guerre ennemis assoiffés de pouvoir, Val Colson et Conor.
Au-delà des murs de la cité, les Mi-hommes [des créatures génétiquement modifiées à mi chemin entre les hommes et les animaux et livrées à elles-même depuis la fin du monde] ont fondé leur propre société. Encore plus loin, d’autres cités plus "civilisées" ont, semble-t-il, re-créé des conditions de vies quasi modernes [mais dont on ne saura rien].
Et partout, la peur, la violence, la mort.

À Londres, l’affrontement permanent entre les Colson et les Conor dure depuis trop longtemps. Aveuglé par ses rêves de gloire et d’unité, Val Colson décide de passer une alliance entre sa famille et celle de son ennemi juré. Pour ce faire - c’est la coutume - il offre sa fille Signy en mariage à Conor lui-même. Dépité, Siggy, le frère jumeau de Signy ne se résigne pas à cette alliance, même si sa soeur semble assez bien s’accommoder d’un tel traitement. Il faut reconnaître que Conor n’est pas si méchant et que la paix semble tenir, malgré l’étrange apparition d’un Dieu qui remet un poignard à Siggy via une scène qui tient beaucoup d’Excalibur [mais c’est normal, voir plus bas]... Et Siggy a raison de se méfier, la traîtrise menace de partout et bientôt, des épreuves atroces attendent le frère et la soeur, épreuves qui les feront traverser plusieurs fois la mort, la trahison, l’horreur et le désespoir.

Plutôt violent, parfaitement désespéré quant à l’âme humaine et bien fourni en scènes difficiles qui rappellent les heures les plus sombres de l’histoire européenne [les rafles de juifs, par exemple], « Rouge sang » se lit d’une traite, prend le temps de développer des personnages attachants, mais sombre inéluctablement dans le n’importe quoi.
Melvin BURGESS en fait trop.
Récit post-apocalyptique, parabole sur la guerre, l’eugénisme, la tolérance, l’amour et... calque fidèle d’une saga islandaise, son roman ne manque certes pas d’attraits, mais il déçoit par son côté brouillon et limite incohérent [l’économie de la ville qui fonctionne comme si de rien n’était en plein chaos, la lutte humains / mi-hommes qui va et vient en fonction des nécessités scénaristiques, les personnages qui apparaissent, semblent destinés à un rôle important et disparaissent soudainement dès que l’auteur se rend compte qu’ils ne servent à rien etc etc.]

C’est véritablement dommage, car Melvin BURGESS dépeint un monde plus qu’intéressant et son sens du rythme n’est jamais pris en défaut. On a presque l’impression de lire une bande-dessinée conçue par un graphiste hors-pair, mais dont les faiblesses scénaristiques plombent un récit pourtant promis au plus bel avenir.


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Il est difficile d’excommunier purement et simplement « Rouge sang ». On aime autant qu’on déteste. En attendant, on gardera l’oeil sur l’auteur, et on atteindra d’oeil ferme ses prochaines productions.

[A noter qu’il existe une suite, une génération plus tard, déjà disponible en Gallimard Jeunesse... et sans doute à venir en Folio SF un peu plus tard.]