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Publié le 19/06/2010

Royaume-Désuni de James Lovegrove

ED. J’AI LU, 2010

Par Nicolas Winter

Second roman de Lovegrove paru en 2008 et réédité aujourd’hui en poche, Royaume-Désuni s’inscrit à nouveau dans le genre science-fictif. En considérant les comparaisons racoleuses de la quatrième de couverture avec des livres tels que 1984 ou L’oiseau d’Amérique, ainsi que les quelques six-cents pages que compte le volume, il faut bien avouer que l’on s’aventure dans ce Royaume-Désuni avec une légère appréhension. Dans le genre déjà bien fourni du post-apocalyptique, que peut apporter de neuf l’écrivain anglais ?


Tout commence dans la petite bourgade de Downbourne. On y découvre Fen Morris et ses élèves, ainsi que sa femme Moïra. Rapidement, l’auteur pose son cadre et les problématiques. Moïra et Fen ne forment plus vraiment un couple. La petite communauté centre sa vie autour de ses festivals et de son maire Michael Hollingbury, un personnage étrange qui se nomme lui-même L’homme vert. Dans cette atmosphère sereine, les habitants ne font pourtant que survivre avec le strict nécessaire. Et pour cause : le Royaume-Uni est tombé en déliquescence et se retrouve isolé du reste de la communauté internationale. La vie suit donc son cours jusqu’au jour où les Bulldogs – un gang londonien – décident d’enlever les femmes du village pour les ramener sur leur territoire. Lorsque Fen apprend que Moïra figure dans la liste des victimes, il se résout au dangereux voyage vers Londres pour retrouver son épouse.

Le livre se sépare en quatre parties. De la rencontre avec Wickramasinghe – un conducteur de train bipolaire – au séjour dans un château près de Londres, on suit les mésaventures du professeur. Un périple entrecoupé par des passages sur la captivité de Moïra à Lewisham. Le gros problème de James Lovegrove apparaît alors de façon flagrante : la longueur. Au fur et à mesure des péripéties de Fen Morris, on s’aperçoit rapidement que l’auteur a une fâcheuse tendance à tirer à la ligne. Bien trop souvent, le fil du récit s’abîme dans des considérations inintéressantes et soporifiques. À titre d’exemple, on citera le passage où Fen Morris souffre d’une fracture à la jambe. Lovegrove s’éternise à décrire son calvaire là où quelques pages auraient amplement suffi... Pire, certaines parties du récit s’avèrent totalement inutiles : celle du château et dans une moindre mesure celle de Netherholm. La première comme la seconde ressemblent surtout à des prétextes pour faire évoluer la situation de Moïra et permettre à Fen de récupérer de sa blessure. L’écrivain aurait-il tenté de rallonger artificiellement son intrigue ?

Pourtant, les personnages dépeints par Lovegrove n’apparaissent pas comme ratés. Fen se révèle un excellent héros, aussi benêt qu’attachant dans ce monde brutal. Quant à Moïra, elle profite sûrement d’une intrigue de meilleure qualité... mais se retrouve handicapée par des personnages secondaires caricaturaux. À ce titre, Craig ou « Le Roi du Con » [King Cunt en VO], leader des Bulldogs, fait figure d’énorme point noir. Présenté de prime abord comme une montagne de muscles impitoyable, il se révèle vite sensible et intelligent. Un véritable cliché que son surnom de « Roi du Con » n’aide guère à crédibiliser. Sans surprise, les Bulldogs sont des caricatures, du méchant vraiment méchant et ambitieux au petit avorton moche mais fidèle. Désastre d’autant plus regrettable au vu des personnages de Fen, de Moïra et surtout de l’indien Wickramasinghe. On en vient à se demander pourquoi Lovegrove l’évacue si vite, surtout pour exploiter ensuite des personnalités bien fades en comparaison.

Mais qu’en est-il du contexte post-apocalyptique dans cette Angleterre revenue à l’anarchie ? Le constat final s’avère beaucoup moins glorieux que ne le laissait présager la quatrième de couverture. Lovegrove ne s’étend à aucun moment sur le sujet de la déchéance du Royaume-Uni, et ne fait que l’effleurer. À l’exception de rares bribes d’explications avec ce nébuleux « pari malchanceux » du gouvernement anglais, une réaction de la communauté internationale et bien entendu l’évocation d’un chaos total. Pour notre plus grand désarroi, l’auteur n’exploite jamais véritablement ces idées. Et ce ne sont pas les quelques considérations sur la responsabilisation des politiques qui viennent nous consoler...Tout l’intérêt du sujet, la crise en elle-même, les relations avec l’international et les considérations politiques se résument à insister sur la pénurie, les bombardements occasionnels et la domination des gangs. Bien que le thème du récit se concentre sur la relation Moïra-Morris, on ne peut que regretter le choix de la banalité sur celui de l’audace.

Alors de quoi parle Lovegrove sur six-cents pages ? Eh bien de l’aventure pseudo-héroïque de Fen Morris, de ses quelques extravagantes rencontres dont seule la première intéresse réellement, et puis de sa femme Moïra. On n’y trouve ni prise de risques, ni originalité. Pire, l’auteur se noie en faisant le grand écart entre les Bulldogs sanguinaires du début et les Bulldogs raisonnables de la fin...


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Sans surprise, mal exploité et caricatural, Royaume-Désuni illustre bien l’intérêt de faire court. James Lovegrove nous aurait offert un bon moment de lecture en condensant son récit. En l’état, l’œuvre ne mérite certainement pas le détour. Et si l’on souhaite vraiment visiter une Angleterre en ruines, on préférera à coup sûr Le Jour des fous d’Edmund Cooper.