Cela fait plusieurs mois que j’enquille les films fantastiques français dans l’espoir (naïf) de faire un article spécial sur « le renouveau de cinéma de genre français » – puisqu’il paraît qu’il y en a un, et que les studios hollywoodiens s’arrachent les réalisateurs de notre contrée. J’ai même été jusqu’à louer le Hitman de Xavier Gens – trompé sans doute par la parenté phonétique avec Christophe Gans –, pour me convaincre que, non, définitivement non, le cinéma de genre français n’est pas bon.
Cet article va donc se résumer en un triste « quel est le moins pire film de genre français de l’année ? »


Premier candidat : Rubber de Quentin Dupieux, sorti début novembre.

Mais est-ce vraiment un film de genre ? Oui, si on se base sur son pitch : « Les aventures d’un pneu tueur ». Dit comme ça, n’importe quel pékin, dont moi, s’attend à un film déjanté, barré, décalé, tout ce que vous voulez, mais avec du punch quoi.
Eh bien, en fait, non. Rubber est ennuyeux de la première… allez… de la cinquième à la quatre-vingt-cinquième minute – même le générique de fin est ennuyeux.

En faisant de son « film » une mise en perspective ultra-explicite et redondante (et donc lourde) du cinéma (des faux spectateurs assistent pour de vrai au film ; l’un des personnages explique le principe du film aux vrais spectateurs), Quentin Dupieux tourne en rond. Il n’approfondit à aucun moment son argument de départ (le cinéma est absurde), un argument faussement original et discutable.

Quentin Dupieux a beau se répandre en interviews sur l’inanité, la vieillesse, l’uniformité, et cætera, du cinéma actuel – opinion que je partage –, sa tentative cinématographique n’en reste pas moins aussi inoffensive et bobo que les films qu’il dénigre. Dupieux se la raconte, se la jouant cinéaste du pauvre filmant avec son petit appareil photo numérique face à tous ces réalisateurs feignasses et friqués à la Guillaume Canet. Si l’attitude est louable, mais facile, elle est biaisée car il ne délivre lui-même aucune idée de cinéma.
Pire, Quentin Dupieux ne montre aucune réelle qualité de cinéaste. Le montage est heurté, le cadrage approximatif et la mise en scène absente. Une bande-son hasardeuse et stressante achève d’irriter la patience du spectateur.

Malgré son positionnement de rebelle, Rubber c’est du vent (et pas qu’un pneu). Ça part de nulle part et ça n’arrive nulle part. Et, entre temps, qu’est-ce qu’on s’ennuie.
Quand on voit l’enthousiasme de la critique française autour du film, on se dit que, ouais, Rubber est bel et bien un film conformiste, et plaira à ceux-là mêmes que Quentin Dupieux s’affiche de critiquer.

Autant aller revoir l’extraordinaire et véritablement anti-conformiste Cecil B. Demented de John Waters.


Deuxième candidat : Captifs de Yann Gozlan, sorti mi-octobre. Un film assez symptomatique de l’échec du cinéma de genre français : de bonnes intentions, mais un résultat souvent médiocre.

Captifs relate le kidnapping et la détention de médecins humanitaires français par [attention, c’est du lourd] des méchants trafiquants d’organe roumains.
Sur le papier, si les séquences de captivité sont maîtrisées, ça peut le faire. Et d’ailleurs, à la décharge de Yann Gozlan, ça le fait : la mise en scène du huis-clos est appliquée et traduit bien les sentiments de réclusion et d’angoisse de l’héroïne ; les scènes violentes sont bien rendues et Captifs évite les écueils du grand-guignol abêtissant (du genre A l’intérieur) ou du voyeurisme façon torture porn. Le rythme du récit est bien dosé ; Zoé Félix est plutôt convaincante.

De bonnes intentions, donc. Et en partie transformées.
En revanche, sur le fond, Captifs prend l’eau et se saborde complètement en fin de parcours. Yann Gozlan accable son héroïne d’un trauma absurde (petite fille, elle a vu une amie d’enfance se faire bouffer par un chien enragé), trauma qui précipite la conclusion du film vers un happy end douteux et niaiseux. Quant aux méchants, leurs rôles sont tellement appuyés et peu crédibles qu’ils perdent leur potentiel de terreur – et, après Ils, Vertige et j’en oublie, on commence à le savoir que les pays de l’Est sont peuplés de sauvages prêts à vous scalper à la moindre occasion.
Enfin, si le huis-clos est maîtrisé, l’évasion de l’héroïne est insupportable : téléphonée, irréaliste, interminable, …, un grand moment d’improvisation qui gâche la réussite du huis-clos.

Captifs est à demi-raté, donc. Ce n’est déjà pas si mal.

En passant, puisque j’en parle, le Vertige de Abel Ferry (2009) était plutôt réussi dans le genre survival. Un thème classique bien traité (des alpinistes face à un méchant bogeyman), malgré quelques maladresses scénaristiques et une fin expédiée. On retiendra surtout une réalisation à couper le souffle (vraiment). Prometteur.


Troisième candidat : La Meute de Franck Richard (à ne pas confondre avec La Horde), sorti début octobre.

Là, pareil, sur le papier, ça le fait. Émilie Dequenne, Yolande Moreau, Philippe Nahon face à des mineurs zombies en pleines terres lorraines, je ne sais pas vous, mais moi je signe tout de suite pour voir ça. En plus, quand l’introduction du film dévoile des plans larges façon Carpenter d’une voiture progressant en plein brouillard, on se dit que ça va peut-être enfin le faire.

La Meute est un film que j’aurais franchement envie d’aimer, d’autant que Franck Richard opère des ruptures de registres intéressantes entre le survival terroir à la Calvaire et le film de monstres à la Jeepers Creepers – deux références largement recommandables. Richard livre également plusieurs plans d’abandon et de monstres plutôt inspirés.

Malheureusement, La Meute est rempli de personnages caricaturaux, dont des bikers à la Johnny surréalistes [je sais c’est la Lorraine des années 80, mais quand même…] et truffé de punchlines qui discréditent toute tension. Le scénario enchaîne des situations improbables qui convergent vers un final fauché : un gunfight approximatif dans une cabane au sommet d’un terril, plombé par des effets sonores à la De Palma.
Quand on pense au potentiel d’une vraie mine en terme d’ambiance, on se dit que La Meute aurait dû être souterrain – à la façon du mauvais mais souterrain The Descent ou du mauvais Frontières (de Gens) mais dont les scènes souterraines sont réussies.
Quant au double épilogue, il conclut le film sur une note saugrenue.

Dans La Meute, on rigole beaucoup, parfois c’est voulu, parfois non. Le film de Franck Richard déborde de bonnes intentions, d’amour du cinéma de genre, mais trop c’est trop, à vouloir trop en faire, sans forcément en avoir les moyens financiers, on finit par faire n’importe quoi.
Ça m’embête de le dire, mais La Meute tient au final plus du nanar, que du film de genre.


Dernier candidat (désolé pour ceux que je n’ai pas vus) : La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher (à ne pas confondre avec La Meute), sorti en février.

L’histoire est simple : c’est comme le Zombie de Romero, mais dans un HLM. 
Là aussi, plein de bonnes intentions, pour un résultat en demi-teinte.

La demi-teinte étant que, vu son potentiel, La Horde aurait dû être plus engagé socialement, plus sérieux dans son propos ; Yannick Dahan et Benjamin Rocher accentuent trop l’aspect potache de leur métrage. Quand ils adjoignent à leurs héros un vieux papy vétéran, certes c’est drôle, mais au-delà de 5 minutes, ça casse l’ambiance angoissante qu’un film de ce genre devrait délivrer. Plus tard, dans son final souterrain, le film se résume à un simple dézingage de zombies, à une déconnade pure et simple. Vous me direz, c’est bien la déconnade, mais bon, un film de genre sérieux, c’est bien aussi.

Si ce virage rigolard peut agacer, c’est parce que tout le traitement jusque-là avait été sérieux (personnages, rythme et narration fonctionnent). Et, par-dessus tout, il y a une vraie mise en scène. Comme dans Captifs, la réalisation est pensée ; dans le cas de La Horde, il y a un réel travail de compositions, notamment dans les arrières-plans.
On est loin de la réalisation à l’emporte-pièce du dernier zombie movie français, le Mutants de David Morley dont je préfère par décence ne rien dire.
Rien que pour ça, La Horde reste une réussite, et même s’il est gâché par un trop plein de bonne volonté, il est encourageant pour la suite de la carrière de ses auteurs.

Curieusement, La Horde a été assez mal reçu par la critique, y compris la critique de genre. Yannick Dahan, également critique de cinéma, serait-il victime du syndrome Christophe Gans et de la jalousie de ses confrères ?
Quoi qu’il en soit, ne vous détrompez pas, La Horde est un film correct, un honnête divertissement, avec une mise en scène réfléchie [j’ai l’impression de dire un gros mot], qui ne tient pas toutes ses promesses, mais qui a le mérite d’en tenir beaucoup.

Le prix du moins pire film de genre français de l’année est donc décerné à… La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher.


Arkady Knight