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L’écrivain maudit du rock
Passionné de rock et de SF audacieuse, doué mais malchanceux, Lewis SHINER fait partie de ces auteurs entre-deux, trop marqué SF pour ne pas effrayer le grand public, et trop peu soucieux des frontières du genre pour séduire vraiment le fandom. C’est un nouvelliste à ne pas louper lorsqu’on apprécie les styles bien trempés, quelque part entre Lucius SHEPARD et Walter John WILLIAMS.


Né dans une famille de la classe moyenne supérieure, Lewis SHINER connaît une enfance difficile liée à une éducation très stricte. Père autoritaire, mère d’une santé fragile [elle souffrait d’asthme], l’enfant est élevé jusqu’à l’âge de un an par une voisine, avant de suivre ses parents au gré de leurs pérégrinations professionnelles ; le père de Lewis est anthropologue et la famille déménage aussi souvent que le père change de poste.
Oregon, Texas, Virginie, Géorgie, Arizona, Nouveau-Mexique, et même l’Europe et l’Afrique, le jeune Lewis SHINER semble avoir été marqué par cette existence nomade et par les maltraitances psychologiques exercées par son père. Sous la férule de ses parents, visiblement fatigués de lui raconter des histoires pour enfants, le garçon apprend très tôt à lire et se passionne assez rapidement pour Jules VERNE, qui fut selon ses dires l’une de ses premières influences littéraires.

« My parents got lots of compliments on how grown-up and well-behaved I was, and that seemed to not only make them happy but to justify all the punishment, both mental and physical, that had shaped me to that end. »


Lewis SHINER se met également rapidement à l’écriture et au dessin, créant ses premières bandes dessinées, qu’il revend à quelques camarades de classe pour se faire un peu d’argent de poche. Adolescent, il s’intéresse vivement à la musique et devient un passionné de rock, un genre musical que ses parents détestent cordialement... Qu’à cela ne tienne, après avoir vu un concert de Bob Dylan, Lewis achète à l’âge de quinze ans sa première guitare, une Silvertone bas de gamme, qu’il gratte comme un forcené en dépit des critiques assassines de son père.

Elève moyen, mais doté d’un bon potentiel, Lewis est capable de se faire des amis aussi rapidement qu’il peut se les aliéner. Il se définit d’ailleurs lui-même comme un clone miniature de son père : arrogant, raciste, misogyne, anticommuniste ; autant dire, qu’il ne compte pas parmi les élèves les plus populaires de son école.
A l’âge de 16 ans, il se blesse à la main et perd l’usage d’un de ses doigts. C’est à cette occasion qu’il va faire sa première expérience avec la drogue : les médecins lui prescrivent du demerol, et il devient accro. Son handicap physique l’empêche désormais de jouer de la guitare et accessoirement de passer son permis de conduire cet été 1966. Lewis SHINER ne s’avoue pas vaincu et se met à la batterie après avoir tenté de former un groupe de rock avec quelques amis [Les Doors, Cream, Bob Dylan, Vanilla Fudge, Jimi Hendrix, Jefferson Airplane semblent avoir été ses principales influences musicales]. Influencé par ses lectures, dont les héros sont souvent des bretteurs de talent [il évoque entre autre E.R. BURROUGHS], il se met également à l’escrime, un sport très peu populaire qui le marginalise encore un peu plus.

C’est à 17 ans qu’il publie son premier texte professionnel, dans un magazine local pour ados. Une nouvelle qui reçoit le premier prix du concours. Malgré ses résultats médiocres, il entre à l’université Vanderbilt [Nashville] poussé en grande partie par son père ; lui rêvait plutôt d’une formation courte, d’un appartement pour lui et sa petite amie, et d’un vrai boulot.
Malgré ses études, Lewis trouve le temps de s’intégrer à un nouveau groupe, le Nashville Blues Group, et continue d’écrire des nouvelles. Certains de ses textes connaissent un petit succès local. Curieusement, ce sont les répressions policières de Kent State et de Jackson State [des rassemblements d’étudiants antimilitaristes] en 1970, qui le poussent à quitter l’université.

Lewis SHINER espère percer sérieusement dans le milieu du Rock et délaisse ses études. Malheureusement, son groupe le lâche pour un nouveau batteur [détail qu’il reprend dans son roman Fugues]. Alors Lewis SHINER se remet à l’écriture, et comme il a besoin d’argent il prend un emploi dans le bâtiment, avant de retourner à la fac pour décrocher son diplôme d’anglais.

Son regain d’intérêt pour la SF date à peu près de la même époque : il découvre A.C. CLARKE, Roger ZELAZNY, Ursula Le GUIN, J.G. BALLARD et bien d’autres auteurs, qui lui font l’effet d’une véritable révélation. Sans avoir pour autant tout à fait renoncé à la musique, Lewis SHINER se met à écrire sérieusement de la SF, et s’essaie aussi au genre policier, sans grand succès puisqu’il accumule les lettres de refus. Le jeune écrivain s’accroche, il achète même sa première machine à écrire électronique. Sa rencontre avec d’autres auteurs en devenir, comme Lisa TUTTLE, Bruce STERLING, Howard WALDROP, Chad OLIVER ou bien encore Steve UTLEY, qui font partie du même atelier d’écriture, contribue à entretenir sa motivation.

A cours d’argent au milieu des années 70, il est accepte un job dans un société informatique texane. C’est à la même période que l’une de ses nouvelles est acceptée par un magazine professionnel, une bouée de sauvetage pour un écrivain qui sombre peu à peu dans l’alcoolisme alors qu’il est à peine âgé de 27 ans.
Après quelques mois d’errance, Lewis SHINER s’impose une nouvelle discipline, il s’attelle à un nouveau projet de roman, qu’il écrit après ses journées de travail. C’est au cours d’un séjour au Mexique que l’inspiration lui vient véritablement, la forêt équatoriale, les ruines mayas semblent exercer sur lui une influence créatrice. C’est ainsi qu’il ébauche le squelette d’un nouveau roman intitulé In transit. Grâce à son ami Joe LANSDALE, Lewis SHINER dispose désormais d’un agent [celui-là même qui s’occupe de LANSDALE], qui tente de faire décoller véritablement sa carrière d’écrivain. Mais le succès refuse toujours de lui sourire. SHINER vire son agent, en engage successivement une demi-douzaine d’autres, tout aussi incapables de vendre ses textes. Seules ses nouvelles de SF semblent intéresser les supports professionnels et au début des années 80, Lewis SHINER devient l’un des auteurs texans de SF les plus prolifiques. Ses textes paraissent aux sommaires de magazines aussi prestigieux que F&SF, Asimov’s science fiction magazine ou bien encore Twilight magazine.

LE DECLIC CYBERPUNK

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Frontera
[Edition originale : Baen, 1984]

En 1981, Lewis SHINER se marie, avec une étudiante de neuf ans plus jeune que lui. Sa vie personnelle et professionnelle semble se stabiliser, et c’est avec amusement qu’il se met à fréquenter les conventions de SF ; le public particulier qui fréquente ces hauts lieux du fandom ne cesse de susciter son étonnement, mais c’est un passage obligé pour rencontrer les professionnels du secteur et ainsi optimiser ses chances d’être publié.
Son ami Bruce STERLING lui envoie un jour le manuscrit de Gravé sur chrome, une nouvelle d’un jeune auteur canadien prénommé William GIBSON, et SHINER reçoit ce texte comme un coup de poing ; la SF semble enfin émerger de l’avenir et non plus subsister d’un passé glorieux mais révolu. Du coup, SHINER affine ses propres projets de romans.
Le premier à paraître est Frontera, dont le titre est inspiré d’une chanson de Roxy Music. Ce roman semble intéresser l’éditeur Jim Baen, qui lui fait une offre avant même que le travail soit terminé. Frontera est publié à l’été 1984.
Mais malgré de bonnes critiques, et en dépit d’une nomination pour le Prix Philip K. Dick et pour le Nebula [c’est Neuromancien qui remporte le Nebula cette année là], les ventes sont modestes.

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Deserted Cities of the Heart
[Edition originale : Doubleday, 1988]

Lewis SHINER ne s’arrête pourtant pas en chemin et continue à travailler avec acharnement sur In transit, rebaptisé Deserted cities of the heart [en français, En des Cités Désertes], titre inspiré par une chanson du groupe Cream. C’est un roman qui lui demande beaucoup de travail de recherches historiques sur la civilisation maya. Frontera avait été écrit en à peine une année, mais il en faudra trois pour boucler Deserted cities of the heart

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Glimpses
[Edition originale : Morrow, 1993]

La carrière de SHINER semble alors avoir atteint un pic : ses nouvelles se vendent bien, l’auteur est associé au mouvement cyberpunk [il publie deux nouvelles dans l’anthologie-manifeste du cyberpunk Mozart en verres miroirs], aux côtés de STERLING et GIBSON, ce qui lui assure une certaine publicité - même si cette étiquette ne lui convient pas totalement. L’éditeur Bantam achète Deserted cities of the heart, mais finalement rechigne à le publier. C’est une filiale, Doubleday, qui s’en chargera...

Au troisième roman, son éditeur semble avoir perdu tout intérêt pour lui, concentré sur un nouveau phénomène appelé John GRISHAM.

MAUDIT, MAUDIT...

Après avoir quasiment coupé les ponts avec son père, SHINER tente de s’en rapprocher, mais ce dernier n’a que des reproches à lui faire et son premier réflexe à la lecture de Deserted cities of the heart est d’en relever les erreurs et les approximations historiques. Slam, le troisième roman de SHINER est publié en 1990 ; un mois après sa publication, l’auteur apprend le décès de son père en Australie. Pour couronner le tout, et encore une fois malgré des critiques élogieuses, Slam ne se vend guère...

Lewis SHINER fait un détour par le scénario de comics puis s’attaque sérieusement à un nouveau roman, Glimpses, un projet ambitieux dans lequel il insuffle une bonne part d’autobiographie. Indiscutablement, ce roman est le plus personnel, non seulement l’auteur transmet sa passion pour la musique et plus particulièrement celle des seventies, mais il utilise nombre d’éléments de sa vie personnelle pour donner de la substance à son héros, y compris tout ce qui se rattache à son propre divorce.
Fin 1991, et après avoir trouvé une nouvelle compagne, SHINER termine Glimpses, mais le roman a du mal à trouver un éditeur et c’est une maison bien plus modeste que Doubleday qui se charge de le publier.
Malheureusement Glimpses est un désastre financier. Seule consolation, les critiques sont une fois de plus élogieuses et Lewis SHINER reçoit le World Fantasy Award. Pour l’anecdote, Brian WILSON fut enchanté par le roman et fit même une apparition au cours d’une séance de dédicace de Glimpses.

En 1993, Lewis SHINER déménage à San Antonio avec sa compagne Mary. Financièrement exsangue, il est obligé d’accepter un travail dans une société informatique. Démoralisé par les échecs commerciaux de ses romans, il envisage même de mettre un terme définitif à sa carrière d’écrivain. Mais après s’être fait une raison, il se remet à la tâche.
Il vit aujourd’hui en Caroline du Nord et a publié deux nouveaux romans chez de petits éditeurs : Say goodbye en 1999 [un roman à nouveau situé dans le milieu de la musique] et Black & White, une chronique sociale qui se déroule dans sa propre ville paru en juin 2008 chez Subterranean.


> SOURCE : site personnel de Lewis SHINER

> A VOIR AUSSI : Pour lire Lewis SHINER sur la toile, gratuitement et légalement, il y a le Fiction Liberation Front, site créé par l’auteur lui-même, qui propose des dizaines de nouvelles en VO.


BIBLIOGRAPHIE CHOISIE


ROMANS :

  • Frontera, 1984 [non traduit]
  • Deserted cities of the heart, 1988 [En des cités désertes, Denoël / Lunes d’encre, 2001]
  • Slam, 1990 [non traduit]
  • Glimpses, 1993 [Fugues, Denoël / Lunes d’encre, 2000]
  • Say goodbye, 1999 [non traduit]
  • Black & White, 2008 [non traduit]

NOUVELLES PUBLIÉES EN FRANCE :

  • Le jour où les voix humaines nous éveilleront, in Mozart en verres miroirs, anthologie dirigée par Bruce STERLING [Folio SF n°49]
  • Mozart en verres miroirs, nouvelle co-écrite avec Bruce STERLING, ib idem
  • Les hommes lézards de Los Angeles, in Fiction n°2 [Les moutons électriques, 2005]

> TOUTE L’ŒUVRE DE LEWIS SHINER sur le site Amazon.fr



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« En des cités désertes » de Lewis SHINER

[« Deserted cities of the heart », 1988]

Deuxième roman de Lewis SHINER, qui s’était déjà distingué avec un pur roman de science-fiction intitulé Frontera, En des cités désertes [dont le titre est directement inspiré par une chanson du groupe Cream] marque un tournant dans la carrière de l’auteur américain.
SHINER déploie un univers personnel en plein épanouissement, habile mélange de roman psychologique aux personnages très travaillés et de roman d’aventure digne des meilleurs épisodes d’Indiana Jones, l’humour en moins.
Fidèle à sa marotte, SHINER introduit quelques références fort bienvenues au rock des seventies, réussissant le tour de force d’inviter Jimi Hendrix au détour du récit...

 

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« Fugues » de Lewis SHINER

[« Glimpses », 1993]

Rock et SF, voilà un mélange qui a tout pour plaire et qui par le passé à déjà fait ses preuves, en témoignent l’excellent Rock Machine de Norman SPINRAD ou le non moins méritant Le temps du twist de Joël HOUSSIN. Mais cette fois, Lewis SHINER dépasse largement le cadre du bon petit roman sympathique, pour ancrer Fugues dans ce qui demeure à mon sens l’un des plus grands hommages fait à l’histoire du rock tous genres confondus. Evidemment, on peut être allergique au rock [si si, ça arrive] et alors le roman perd une grande partie de sa saveur. Mais la grande force de Fugues c’est qu’il tient parfaitement la route sur le plan littéraire et dégage une force, une authenticité et une émotion d’une rare intensité.

 

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