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On les appelle Arkadi et Boris, Boris et Arkady, Arcadi et Boris, Boris et Arcady, même leur nom navigue entre Strougatski, Strougatsky ou encore Strugatsky, autant dire que les deux plus célèbres écrivains russes de SF sont plutôt peu connus en France, malgré une oeuvre aussi riche que curieuse...

Pour couper court à toute discussion sur la forme, harmonisons donc les différentes approximations et optons définitivement pour la version la plus “sûre”, à savoir celle de Denoël, éditeur qui possède les droits de la quasi totalité des “bons” romans des frangins, et ce dans la très mythique et très morte collection Présence du Futur. Arcadi et Boris Strougatski. Voilà. Pas compliqué, finalement. Sauf que Denoël les appelle aussi bien Arkadi qu’Arcadi en fonction des titres alors, quoi merde, tu vas nous faire une page complète là-dessus, oui mais soyons précis, Arkadi alors.


LA SF VENUE DU FROID...

Biographie simple et courte. Arkadi fait des études de linguistique et devient traducteur technique de japonais pour l’armée pendant la guerre. Métier qu’il conservera après la fin des hostilités et qu’il étendra à l’anglais [entre autres, mais on pourrait aussi citer le chinois, le thaïlandais et, au sens large, les “langues orientales”].

Boris, lui, opte pour l’astrophysique dans les laboratoires officiels de l’URSS triomphante. Deux métiers sciemment orientés vers l’ailleurs, l’autre et le différent, pour former une ossature textuelle qui soutiendra l’essentiel de leur production. Tous deux remercièrent d’ailleurs chaleureusement leurs parents [lui, critique d’art, elle, professeur] pour les avoir initiés encore enfants à la “vraie” littérature : WELLS, STEVENSON et autres.

La collaboration littéraire des deux frangins commence en 1958 alors que KHROUCHTCHEV accède au pouvoir. Bon nombre de nouvelles paraissent dans différentes anthologies russes et ne seront, hélas, jamais traduites en France [on en trouve quand même plusieurs traces à peu près certaines principalement au Rayon Fantastique sous les titre “Six allumettes” dans le recueil “Cors Serpentis”, “Le chemin d’Amalthée” dans le recueil éponyme et “réflexe spontané” dans le recueil “Le messager du cosmos” - souvent confondu avec un roman inexistant -, aujourd’hui toutes épuisées et introuvables. Plus facile à dénicher, l’anthologie “Vingt maisons du zodiaque” composé par Maxime Jakubowski en 1973 contient la nouvelle “une gigantesque fluctuation”].

Ce sont surtout leurs romans, nombreux, qui seront régulièrement traduits en français, en anglais, même si c’est en allemand seulement que la totalité de leur oeuvre est disponible [nouvelles, romans, lettres et même quelques petits essais].

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Arkadi STROUGATSKI

En URSS, le succès est immédiat. Très vite, leurs textes courts, humoristiques, ironiques et détachés se servent de la SF comme prétexte satirique et c’est bien souvent la lourdeur bureaucratique de leur pays qui y est épinglée [“La troika”, notamment, ainsi que le très pince-sans-rire “La seconde invasion des martiens”, le très humoristique “Le lundi commence le samedi” et bien d’autres].

L’ami Nikita passé à l’as et le rigolo Brejnev au pouvoir, une charmante chape de plomb s’étend sur l’URSS de Vladivodstok à Leningrad et il arrive ce qui devait arriver : l’oeuvre littéraire des frères STROUGATSKI est partiellement interdite en 1969, parce que quand même, faut pas déconner avec Leonid. C’est l’époque où les deux frères inventent un univers cohérent [jamais vraiment traduit en France, mais désigné par les anglo-saxons sous le titre “The Noon universe”] dans lequel plusieurs de leurs livres peuvent éventuellement s’inscrire [voir plus bas].

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Boris STROUGATSKI

Les choses se passent “normalement” jusqu’en 1980 [livres publiés et diffusés clandestinement, du moins en partie, certains étant si “SFisés” que même les censeurs n’y pigent que dalle], date charnière où la Glasnost autorise une [relative] ouverture. Le succès est à nouveau au rendez-vous et les deux frères continueront à publier jusqu’à leur mort, réussissant même à s’exporter plutôt correctement outre-Volga [c’est évidemment l’adaptation cinématographique de “Stalker” par TARKOVSKI en 1977 qui les fera connaître à l’étranger].

Existence austère, donc, secrète, et dont on ne sait finalement que très peu de choses, l’unique biographie les concernant n’ayant évidemment trouvé aucun éditeur en France.

Une oeuvre qui réconcilie Stanislaw LEM et Iain BANKS.

On l’a vu, la SF des deux frangins relève bien plus de la satire et de la réflexion introspective que du combat spatial débridé. La pleine compréhension de leur oeuvre nécessite quand même une bonne connaissance de l’histoire soviétique et [c’est là que les choses se gâtent sous nos longitudes] de la culture russe dans son ensemble. Deux barrières délicates à franchir pour le lectorat des années 60, période où les éditeurs français commence sérieusement à publier les STROUGATSKI.

Autre pépin difficile à avaler, la qualité généralement médiocre des traductions [exceptée celle d’Antoine VOLODINE pour “L’auberge de l’alpiniste mort”] qui donne aux frères STROUGATSKI la réputation d’être “lourds”, “ampoulés” et généralement “genre chiants”. Mon beau-frère, qui parle couramment le russe, précise que ces qualificatifs sont non seulement honteux, mais essentiellement faux.

Le très grand succès dont jouit l’oeuvre des STROUGATSKI en Russie ne doit pas faire oublier que derrière une langue simple, ouvertement référencée à Georges ORWELL, se cachent des préoccupations stylistiques et un “ton” qui n’appartient qu’à eux. Il est très peu probable que les traductions disponibles en français soient aujourd’hui révisées, mais on peut toujours rêver.

La particularité d’Arkadi et Boris STROUGATSKI, c’est d’avoir livré à leurs lecteurs de nombreux romans satiriques et/ou désespérés tout en proposant une “vision du futur” via un “cycle” que n’auraient pas renié ASIMOV, HEINLEIN ou BANKS. C’est notamment le cas de ce qu’on appelle en France “La trilogie des pélerins” [“Noon universe” en anglais]. Trois romans écrits à plusieurs années d’intervalle [“L’île habitée”, 1971 chez l’Âge d’homme, “Le scarabée dans la fourmilière” en 1982 au Fleuve Noir, et “Les vagues éteignent le vent” en 1985 chez Présence du Futur, tous avec le même héros plus ou moins important], dans lesquels on devine le destin d’une humanité surveillée [peut-être ?] par des entités extra-terrestres plus ou moins bienveillantes chargées de faire progresser notre turbulente civilisation.

A noter que le roman “Il est difficile d’être un dieu”, paru en 1973 et médiocrement adapté au cinéma par un réalisateur allemand sous le titre “Un dieu rebelle”, s’inscrit dans la même logique et met en scène cette même vision à notre échelle : on y suit le parcourt d’un humain envoyé sur une planète de type médiévale pour la faire progresser. La boucle est bouclée [qui surveille qui ?] et Iain BANKS reprendra la même idée pour ses célèbres Circonstances Spéciales dans la Culture.

La cas “Stalker” mérite d’être traitée à part [mais peut parfaitement s’inscrire lui aussi dans la “Trilogie des pélerins”, ce qui porte la trilogie à 5 romans - Douglas ADAMS n’est pas loin]. Voir plus bas pour l’importance de ce roman central dans l’oeuvre des frères STROUGATSKI.

N’attendez donc pas des frères STROUGATSKI une description minutieuse de conflit galactique pan-quantique. Ici, c’est l’humanité qui prévaut. L’humour. La dérision. La tendresse, parfois, la cruauté souvent. La vie, quoi.

NOTE : Les dates de parutions données ici sont les dates de parution françaises. Voir plus bas pour les dates de parutions russes.



S’il est toujours possible qu’un ou des éditeurs s’occupent à nouveau du cas Strougatski, force est de reconnaître que leurs romans sont aujourd’hui assez difficiles à dénicher [la libraire Scylla peut vous y aider, librairiescylla@hotmail.com, Xavier, tu m’envoies mon chèque ?]. Les derniers encore disponibles sont édités en Présence du futur. Les autres sont clairement introuvables. Reste que des rumeurs de plus en plus insistantes parlent d’une nouvelle adaptation cinématographie de “Stalker”, par l’équipe du projet “Solaris” emmenée par Soderbergh. Rien n’est perdu, donc.


- "Les revenants des étoiles" [1960] EDITIONS HACHETTE, 1962

Sur les écrans du Central Dispatching cosmique, une forme insolite apparaît. Celle d’une fusée périmée à réacteur nucléaire qui va s’abattre sur un cosmodrome désaffecté.
- Salut à vous tous, mes descendants ! dit l’un de ses deux occupants blessés, avant de s’évanouir. La fusée ZT3 "Taymir" était partie en 2017. Mais au 434ème jours de son envol, elle avait brusquement disparu en tentant de franchir le "mur de la lumière". Et la voilà revenue...plus de cent cinquante ans après !

Les deux revenants des étoiles, les polote Kondriatev et Slavin, son compagnon, ont tout à réapprendre dans ce monde de l’an 2169 où ils se retrouvent sans avoir vieilli, avec ses routes automouvantes, des D-cosmofusées, ses fermes de baleines ou d’éléphants et tant d’autres merveilles... Comme si des hommes n’ayant connu que la lampe à huile se trouvaient devant un tube d’éclairage au néon !

Un bon roman des Strougatski, qui introduit le monde de Noon. Une vision étonnante d’un communisme idéal confronté à une réalité douloureuse. [Avis de Bidibulle]

- "L’arc-en-ciel lointain" [1963] EDITIONS FLEUVE NOIR, 1982

La planète Arc-en-ciel est régulièrement explorée par différentes missions scientifiques et quelques touristes en mal d’exotisme. Parfaitement comparables aux stations polaires peuplées de savants et de techniciens, les rares “villes” manquent de tout [une critique implicite qui a valu au livre une interdiction pure et simple, une fois Brejnev installé au pouvoir]. Mais les études qui y sont menées sont pourtant de la première importance : on y travaille sur la téléportation. Et direct vers la Terre, avec ça. Sauf que ne téléporte pas qui veut, et surtout pas sans conséquences.

Très moyen, ce roman ne vaut pas vraiment le détour. Il est de toute façon quasiment introuvable.

- "Il est difficile d’être un dieu" [1964] EDITIONS DENOËL / PRESENCE DU FUTUR, 1973

Roman qui a tout du monde de la Culture de Banks [et qu’on pourra d’ailleurs comparer à “Inversion”], “Il est difficile d’être un dieu” décrit le quotidien douloureux d’un individu évolué immergé dans une société médiévale ultra-violente. Son boulot ? Observer, rendre compte, discrètement influer, pour que cette société rétrograde rejoigne un jour la brillante civilisation pan galactique dont le jeune homme est issu.

Très sarcastique, le texte est tour à tour poétique, nostalgique et évidemment triste. Un des meilleurs romans des frères STROUGATSKI, même si son rythme laisse parfois à désirer.

-  "Le lundi commence le samedi" [1966] EDITIONS DENOËL / PRESENCE DU FUTUR, 1974

Publié en Présence du futur [à l’époque des couvertures blanches] mais jamais réédité depuis, “Le lundi commence le samedi” raconte le curieux voyage d’un physicien dans un laboratoire paumé.

On y trafique le temps, ce qui permet au passage d’espérer une sensible amélioration de la glorieuse productivité nationale. Mais le lecteur s’en doute, il arrive que la science foire. Et il arrive aussi que le scientifique se retrouve projeté dans... Un roman d’anticipation !

Assez proche des délires de LEM, ce roman est certes passable, mais néanmoins essentiel pour qui veut comprendre l’importance des références culturelles au sein de l’oeuvre des frères STROUGATSKI.

“Le lundi commence le samedi” est un festival de citations [Tolstoï, Zamiatine, Gogol, Pouchkine, tout le monde y passe, sans oublier Holmes, Tarzan et bien d’autres] et le laboratoire est facilement comparable... au Kremlin. Remis dans ce background culturel, le roman prend soudainement une autre dimension. A lire.

- "La troïka" [1968] EDITIONS ALBIN MICHEL, 1977

Dans un immeuble ultramoderne en plein coeur de Moscou, des explorateurs cherchent une solution à tous les problèmes de l’humanité. Car c’est d’un immeuble pluridimensionnel qu’il s’agit, s’étendant sur plusieurs mondes et planètes, sans fin apparente. Mais les explorateurs [courageux, beaux, en salopette et pourvus de faucilles avec un regard résolument tourné vers de glorieux horizons, pardon... je m’égare] se heurtent à l’interminable bureaucratie qui, telle du bitume chaud, les empêche d’avancer dans leur quête altruiste.

Banni des librairies russes pendant de nombreuses années [et publié à l’étranger pendant l’ère Brejnev], “La Troïka” est une caricature sauvage de la bureaucratie soviétique.

Plus proche de Swift que de Kafka, la Troïka est un roman intéressant et drôle, mais aujourd’hui extrêmement daté. Une curiosité.

- "La seconde invasion des martiens" [1968] EDITIONS L’ESPRIT DES PENINSULES, 2002

L’action se situe à la campagne, un bled tranquille où il ne se passe jamais rien, mais où le narrateur remplit jour après jours les pages de son journal. Retraité de l’éducation nationale, Apollon [tous les personnages du roman portent les noms du panthéon grec] assiste à la naissance d’une rumeur : les martiens ont débarqué, les martiens ont détruit une ville au nord du pays, les martiens dirigent le gouvernement.

D’abord incrédule, Apollon se rend pourtant compte que les lois changent, que l’argent semble être désormais remplacé par le suc gastrique [!], et que les fermiers reçoivent des subventions pour faire pousser une sorte de blé bleu au rendement prodigieux.

De curieux véhicules volants font leur apparition dans les rues du village, et de ces engins émergent des jeunes gens fort bien vêtus, qui mettent rapidement au pas les quelques tenants de l’ancien pouvoir. Peu à peu, la population s’adapte, voir s’enthousiasme, au point de détester les rares qui ont pris le maquis.

Publié sous la couverture la plus mensongère de l’histoire de la SF [deux vaisseaux spatiaux fonçant dans l’espace], “La seconde invasion des martiens” est évidemment un clin d’oeil à H.G. WELLS [dont les deux frères feront d’ailleurs la promotion en Russie] sans contenir le moindre élément science-fictif décelable.

On a affaire ici à un texte essentiellement satirique sur le pouvoir, la corruption et la laideur du quotidien. Brillant, certes, mais à déconseiller à ceux qui attendent divertissement léger ou petits hommes verts.

- "L’escargot sur la pente" [1970] EDITIONS CHAMP LIBRE, 1972

Les frères STROUGATSKI y décrivent la vie administrative sur un haut-plateau, alors qu’en bas s’étend la forêt où s’ébattent, dit-on, de jeunes ondines nues.

Pour Perets, le visiteur de passage à qui seront inexplicablement remis les rennes du pouvoir au bout de quelques années, c’est l’occasion de renier ses rêves d’insurrection. C’est décidé, il exécutera les ordres, même les plus absurdes.

Immédiatement interdit à sa parution, “L’escargot sur la pente” est l’un des premiers romans ouvertement estampillé SF à paraître aux très à gauche éditions Champ Libre.

Féroce satire de l’obéissance et de la soumission, “L’escargot sur la pente” n’est pas sans rappeler certains romans d’Ursula K. LE GUIN, l’humour en plus. Difficilement trouvable aujourd’hui, ce roman est sans doute l’un des plus politiques des deux frères.

- "L’île habitée" [1971] EDITIONS L’AGE D’HOMME, 1971

Roman que les fans de Richard MORGAN n’hésiteront pas à qualifier de “Relou à mort”, “L’île habitée” n’a pas été publiée chez l’Âge d’homme pour rien [on rappelle que c’est cet éditeur suisse qui publie le très recommandable “L’unique et sa propriété” de Stirner]. Très politique, très humaniste, très curieux et très subversif, le roman est aussi la pierre fondatrice de l’oeuvre “sérieuse” des frères Strougatski. Il dessine en outre la première esquisse de ce qui sera le “Noon Universe”. La question centrale [qui trouvera son prolongement humoristique avec “Un gars de l’enfer” et douloureux avec “La trilogie des pélerins”] posée par les auteurs est celle du bien fondé d’une intervention extérieure pour améliorer une société.

Tel Robinson sur son île [sauf que l’île est évidemment... Habitée], Maxime est envoyé par le Groupe de Recherche Libre sur une planète quelconque dévastée par une guerre nucléaire et dont le fonctionnement social à tout de la dictature mentale et physique. Hélas pour lui, Maxime bousille son vaisseau et se retrouve seul, désarmée, face à une société viscéralement rétrograde et effrayante.

Magnifique, dense et remarquable d’intelligence, “L’île Habitée” est assurément LE livre à lire des deux frères. Même s’il manque aujourd’hui de rythme et de fluidité, l’acuité de son propos et sa dimension clairement philosophique en font une oeuvre de référence dans la littérature au sens large.

- "Les mutants du brouillards" [1972] EDITIONS ALBIN MICHEL, 1975

Très Dickien dans ces tenants et aboutissants, “Les mutants du brouillard” décrit une ville d’aujourd’hui éternellement noyée sous une pluie torrentielle et plongée dans une brume opaque.

Pour certains de ses habitants, le salut est dans la mutation. Ils développent une aptitude psychique qui leur autorise l’ouverture aléatoire de portails dans le ciel... pour regarder la lune.

Mais leur originalité ne s’arrête pas là. A l’instar de bon nombre de Cafarnautes, ils ont autant besoin de littérature que de nourriture pour survivre. Sans livres, ils meurent. Point. Pour les autres habitants de la ville [les normaux], leur présence est intolérable. Il s’agit même de les exterminer...

Jolie fable anti-raciste, éloge de la différence [qui fera plaisir aux fans de Theodore STURGEON], “les mutants du brouillard” est une parenthèse non-dénuée de poésie dans l’oeuvre des deux frangins.

Un très bon moment.

- "Stalker" [1972] EDITIONS DENOËL, 1982

Célèbre pour son adaptation cinématographique [en 1977, par TARKOVSKI], “Pic-nic au bord du chemin” [traduction littérale du titre original] est un étrange roman aussi angoissant qu’enthousiasmant.

Après l’atterrissage d’un mystérieux vaisseau extra-terrestre, une vaste zone entièrement bouclée par l’armée se révèle contenir des objets manifestement abandonnées au hasard par les visiteurs.

Immédiatement étudiée par les scientifiques, les politiques, les journalistes et autres personnages peu recommandables, la “Zone” déchaîne les passions... Et les morts. Car pour les “Stalker” qui s’aventurent à l’intérieur [légalement ou pas], l’héritage des étoiles est souvent mortel.

Magnifique parabole sur l’amère destinée humaine [le dialogue central où deux personnages comparent les Hommes aux fourmis est un des sommets de la littérature SF], le roman n’a pas grand-chose à voir avec la description minutieuse d’une catastrophe écologique.

Pourtant, "Stalker" est une fable qui a le mérite de pointer la ridicule importance de l’humanité et d’anticiper assez largement un événement sympathique comme Tchernobyl [on prendra néanmoins des gants avec ce dernier rapprochement, tant il est facile de juger une oeuvre avec 14 ans de retard, la centrale ayant cramé 86].

L’incommunicabilité entre extra-terrestres et humains rappelle ici le désespoir qui saisit les astronomes dans le magnifique “La voix du Maître” de Stanislaw LEM. L’aspect miraculeux de “la zone” est là encore un clin d’oeil à LEM et au vaste océan pensant du classique “Solaris” [adapté aussi au cinéma par, ah tiens, TARKOVSKI]. Mais le vrai fond du problème, et le vrai propos des auteurs, c’est la comparaison somme toute peu charitable des humains aux insectes. Aveugles, sourds, muets et stupides, nous n’avons aucune chance de comprendre d’éventuels extra-terrestres. Et nous sommes comme des fourmis qui colonisent les restes d’un pic-nic abandonné par des promeneurs sur un chemin boueux... Pauvre de nous.

Très poétique, lent et inquiétant,"Stalker" est aisément classifiable au rayon des “chefs-d’oeuvre inconnus”.

- "Un gars de l’enfer" [1974] EDITION DENOËL, 1978

Incursion drolatique parfaitement inconvenante et une fois de plus désespérée des deux frères dans le registres archi-classique de l’humain enlevé par des extra-terrestres [ou de l’extra-terrestre enlevé par des humains, le doute subsiste et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle le roman n’a pas été interdit], “Un gars de l’enfer” met en scène le soldat Gag, soustrait à une mort certaine dans sa tranchée par des voyageurs de l’espace et emporté sur leur planète comme objet d’étude.

Sur place, Gag ne peut que suffoquer d’horreur devant la société idéale qu’on lui présente. Absence d’argent, anarchie réalisée et dépassée dans la praxis dialectique, paix prospère et durable, égalité entre tous, bref, une abomination pour un type comme Gag, habitué à piller les villes et dégommer ses semblables.

Roman certes rigolo, mais fondamentalement triste et désabusé quant à notre espèce décidément irrécupérable.

- "Le dernier cercle du paradis" [1976] EDITIONS LE MASQUE SF, 1978

Ivan Zhilin enquête sur plusieurs disparitions mystérieuses sur L’Imbécile Heureux, station balnéaire décérébrée où l’intelligence est interdite et où la télévision la plus crasse s’immisce dans la réalité. De quoi mourir pour de bon.

Surtout ne pensez à rien ! Un slogan qui n’est pas sans rappeler le morbide 1984 d’ORWELL et que les deux frères ont le douteux privilège de vivre en live chez eux. Là encore, le roman évite la censure de très peu, la station balnéaire dans laquelle enquête un agent de l’ONU pouvant se comparer à la société occidentale dans son ensemble... Mais si vous n’êtes pas un censeur stalinien aveuglé par une connerie aussi vaste que profonde, vous y trouverez un tir tendu contre le système soviétique dans toute son horreur, habilement camouflé sous une apparente critique de la décadence de l’Ouest. Imparable.

- "Le scarabée dans la fourmilière" [1980] EDITIONS FLEUVE NOIR, 1982

On retrouve ici le Max de “L’île habitée” et il est maintenant clairement établi que des extra-terrestres [baptisés “les pélerins] ont un jour visité la terre, ont fait évoluer ses habitants et sont aujourd’hui repartis dans l’univers. Chargé par un organisme d’enquêter sur la disparition d’un savant, Max découvre peu à peu l’origine exacte du savant en question. une origine qui n’a peut-être rien d’humain.

Encore disponible quand on cherche bien, ce roman continue l’étude lancée par “L’île habitée” tout en s’autorisant un ton un peu plus léger et quelques descriptions humoristiques du système bureaucratique du COMECON.

A lire de toute façon.

- "L’auberge de l’alpiniste mort" [1982] EDITIONS DENOËL / PRESENCE DU FUTUR, 1988

Coincé dans les alpes autrichiennes avec un emploi du temps somme toute léger, un inspecteur se confronte à ce qui ressemble bel et bien à un meurtre. Mais la réalité est trompeuse et le mort n’est peut-être pas mort. Peut-être même pas humain, d’ailleurs...

Très joli roman qui délaisse l’humour au profit d’un savant dosage entre enquête policière et événements surnaturels, “L’auberge de l’alpiniste mort” est d’une rare gravité.

Sans doute le texte le plus accessible des frères Strougatski, parfaitement noir quant à l’humanité. de quoi déprimer quelques jours.

- "Les vagues éteignent le vent" [1985] EDITIONS DENOËL / PRESENCE DU FUTUR, 1989

Exercice littéraire qui tient tout aussi bien du journal de bord que du roman expérimental, ce roman est l’aboutissement de ce qu’il faut bien appeler “La trilogie [en cinq volumes, donc, voire plus] des pélerins”. L’enquête minutieuse et parfois péniblement bureaucratique [on ne se refait pas] d’un homme sur les activités des Pélerins, ces entités extra-terrestres dont la présence est officiellement attestée [quoique] et dont les louables intentions effraient un pouvoir forcément rétrograde. très poétique, très beau et très lent, ce non-roman est sans doute le moins accessible de tous.

A réserver aux initiés. A noter qu’on retrouve ici le personnage de Maxime [déjà vu dans “L’île habité” et “Le scarabée dans la fourmilière”]. 



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L’île habitée de Arkadi et Boris Strougatski

[Обитаемый остров, 1971]

Traduit en 1971, L’île habitée appartient à la « trilogie des pèlerins », à laquelle se rattachent Le Scarabée dans la fourmilière et Les Vagues éteignent le vent. À l’image des autres opus des frères Strougatski, le thème de l’intrusion constitue le fil conducteur de l’ ouvrage à tel point que le lecteur découvre ou redécouvre, comme dans le précédent Il est difficile d’être un dieu, réédité par « Lunes d’encre », un cycle de la Culture avant la lettre.

 

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Stalker
ou Pique-nique au bord du chemin

de Arkadi et Boris Strougatski

[Piknik na obotchine, 1972]

Un peu plus de vingt ans après la catastrophe, les touristes affluent à Tchernobyl. À côté des circuits visitant les rues et les habitations fantômes de la ville de Pripiat, des guides proposent des excursions individuelles, non loin de la zone contaminée. On appelle ces hommes des « stalkers », c’est-à-dire des traqueurs d’objets, un surnom attribué aussi aux fameux liquidateurs, des russes qui jouèrent les pompiers de la mort dans la centrale en feu. Au cœur de cette mythologie, ancrée comme une des grandes tragédies du XXe siècle, un texte de science-fiction publié en revue par A&B Strougatski en 1972 et réédité aujourd’hui en France chez Denoël / Lunes d’encre. À y regarder de plus près Stalker n’est pas Tchernobyl, mais pourrait l’être…

 

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Il est difficile d’être un dieu d’Arkadi et Boris Strougatski

[Daliokaïa radouga, 1964]

Réédition d’un roman appartenant au fond Denoël, Il est difficile d’être un dieu marque le début de la notoriété d’Arkadi et Boris Strougatski dans l’Hexagone. La réimpression de ce beau texte dans la collection « Lunes d’encre » en laisse espérer d’autres, en particulier Stalker.

 

PAT