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Publié le 01/02/2007

Salem de Stephen King

[Salem, 1975]

REED. AUGMENTEE JC LATTES, 2006 ; 1ERE ED. JC LATTES, 1975

Par Shinjiku

L’an dernier les américains des éditions Doubleday ont réédité « Salem », œuvre-phare de Stephen KING, à l’occasion des trente ans de sa première publication. Lattès, qui n’est pas l’éditeur français emblématique de l’auteur [c’est Albin Michel] mais possède les droits de ses romans les plus célèbres [comme « Shining », « Dead Zone » et, donc, « Salem »], embraye le mouvement et propose à son tour une réédition augmentée et illustrée.


Pour justifier la manœuvre, Lattès propose des ajouts prétendus inédits pour entrer davantage dans l’univers du roman, à la manière des « bonus » offerts dans les éditions collector des DVD. Selon la quatrième de couverture, on trouve donc :

« Deux nouvelles inédites sur le village de Salem.
De nombreuses scènes coupées que Stephen KING souhaitait faire découvrir à son public.
Et les photos extraordinaires de Jerry N. UELSMANN.
 »

Les bonus sont plus ou moins convaincants. Ce sont de petits filous chez Lattès... Leur méchant marketing à propos du caractère "inédit" des nouvelles ne résiste pas à l’étude : elles sont en vérité tirées de « Danse macabre », un très bon recueil de nouvelles du sieur KING édité chez... Lattès [économie des droits de publication] en 1993.

Donc, il ne s’agit pas de nouvelles inédites.

L’amateur de longue date, ou le lecteur Librio, en gardent sans doute un bon souvenir - surtout de la seconde nouvelle, « Jerusalem’s lot ». Quant aux photos, elles sont peu nombreuses et, si elles flattent l’œil deux minutes, développent-elles réellement l’univers du roman ?

Plus intéressant, la postface de KING [plus développée que la maigre et dispensable Note de l’auteur au début de l’ouvrage] et les fameuses « scènes coupées » [une idée vraiment imitée des DVD] qui fournissent un document passionnant sur la façon de travailler de l’auteur. On y apprend par exemple que Salem [la ville] s’appelait au départ Momson ou encore que le vampire en chef de l’histoire, Barlow, avait été dans un premier temps soviétisé par le mignon sobriquet de Sarlinov. On relève aussi que KING a abandonné en route l’idée de l’exécution/exorcisation d’un vampire bébé. Il y a des limites à l’horreur.

Quant au roman, il se confirme comme l’une des grandes œuvres du maître de l’horreur. Comme toujours, on l’achève avec cette impression d’avoir lu quelque chose de bien calibré, avec une histoire et un style qui cherchent l’efficacité dans la montée de la tension, mais beaucoup plus dense, sensitif et intelligent qu’une simple histoire de vampire et grimaces à la fenêtre.

L’intrigue : un jeune écrivain, Ben Mears, revient à Jerusalem’s Lot, la ville de son enfance, pour y trouver l’inspiration. Néanmoins, il est rapidement visible que son obsession est surtout de retrouver Marsten House, un vieux manoir perché qui domine la ville et dans lequel il a vécu un atroce épisode quelques années plus tôt, ainsi que de fricoter avec Susan Norton, la fraîche jeune fille locale.

De ce banal scénario introductif, de ce personnage point-de-vue qui nous accompagnera dans la découverte de l’élément fantastique dont on peut difficilement cacher qu’il s’agit de vampires, KING tire une description à la fois attendrie et sarcastique d’une ville et de ses habitants. Ces cités moyennes aux citoyens moyens perdues dans les forêts Maine sont une constante inaltérable des romans de l’auteur.

Son intention première, comme il l’explique en postface, fut d’américaniser le personnage de dandy de la nuit créé par Bram STOKER pour « Dracula » [dont il a aussi parcimonieusement retiré le côté « patchwork » des supports d’écriture] en le croisant avec la sauvagerie sanguinaire des vampires de comics des années 50.

Mais au final, le coeur du propos, c’est l’environnement, très travaillé par la multitude de point de vue offerte par les habitants de la ville, sur lesquels on a le sentiment de s’attarder comme par hasard. La conscience que l’on a de Jerusalem’s Lot après la première partie du romanes est si prégnante, les descriptions si minutieuses, que l’univers est rendu suffisamment crédible pour que l’élément fantastique s’y incorpore de façon aussi naturelle que terrifiante. Le discours général qui s’en dégage est bien éloigné de l’optimisme scientifique de STOKER : c’est une société gangrenée par la défaite du Vietnam que nous montre KING, avec un malaise social sous couvert de convenances qui nous fait songer au « Dubliners » de JOYCE. Et ce n’est pas un hasard si les vampires, produits du mal, se trouvent tellement à leur aise dans cette ville du Maine rongée par la modernité post-industrielle.


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Amateurs de KING qui avez raté cette œuvre, jeunes lecteurs ignorant tout du maître, nostalgiques désireux de se remettre dans le bain et de découvrir, à l’occasion, quelques nouveautés, entrez sans remords dans « Salem ».

Et si jamais les bonus ou le marketing vous gonflent, il y a le même, en moins cher et en tout aussi bien,en poche chez Pocket.