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Publié le 10/09/2004

"Sayonara Baby" de Fabrice COLIN

EDITIONS L’ATALANTE, JUIN 2004

Par Arkady Knight Par Daylon

— EYES ONLY --------------------------
— Services d’écoutes du Cafard Cosmique —
— Motif : Conversation suspecte ----------
— Date : Mercredi 25 Août 2004 / 23H00 ---
— Lieu : ICQ ---------------------------
— Contrevenant 1 : Arkady Knight ---------
— Contrevenant 2 : Daylon ---------------
— EYES ONLY --------------------------

Arkady : hey Daylon, j’ai un service à te demander...

Daylon : ouais, vas-y, du moment que ce n’est pas pour me refiler du Harry Potter...

Arkady : euh... j’avais promis à Mr Cafard la critique du dernier COLIN pour l’ezine de septembre mais franchement ça me gonfle de la faire. Ca te dirait pas de le lire et de la faire ?

Daylon : t’as du bol, je le termine tout juste... La couv’ était sympa, je me suis jeté dessus... Et puis, vu que Dreamericana était vraiment très bien... Tu l’as survolé, au moins ?

Arkady : ouais et faudra que je remercie COLIN pour les giclées de sperme dans la gueule !

Daylon : COLIN serait-il obsédé par la filmographie de certains réalisateurs italiens, ou est-ce un effet "Crash !" rétrograde ?

Arkady : si tu veux mon avis, juste une post-puberté refoulée, enfin j’exagère un poil, y en a pas tant que ça mais quand y en a, y en a. C’est dommage, ça casse le "graphisme" que veut imposer COLIN.

Daylon : ouais, c’est vrai que l’écriture de COLIN est très esthétique... En fait, la première partie est très très visuelle [je veux dire, en dehors des trucs sales]... Une espèce de road-movie décalé avec des couleurs très saturées et des posings très marqués. Ca rend l’écriture très lisible, je trouve.

Arkady : yup ça le fait. Mais faire durer cette écriture tout du long, ça manque un peu de profondeur au final t’as pas trouvé ?

Daylon : en fait, je ne suis pas sûr que ce soit la profondeur qui importe : ici COLIN se concentre réellement sur la déliquescence du héros. Perte d’identité, amnésies...

Arkady : ah ! On dirait un argument d’un bouquin de fantasy ! Sinon ouais perte d’identité, délire total...

Daylon : c’est assez déstructuré, en effet, je trouve ça très bien. Le problème est que j’ai eu l’impression qu’on ne retombait pas réellement sur nos pieds, malgré l’effet de style.

Arkady : c’est normal, comme il l’avoue en postface il s’inspire de Lost Highway, donc deux actes avec le même personnage mais dans deux univers différents. Ces deux univers semblent liés mais comme dans "Lost", au lieu de tout expliquer à la fin, COLIN les relie de manière cyclique à l’aide d’une dernière phrase qui fait transition avec la première phrase du bouquin. Ca rapproche son bouquin de la théorie d’un temps cyclique où toutes les mêmes occurrences d’une même époque se chevauchent. Je suis clair ? [si oui tu m’as mal compris]

Daylon : mouais, mais je ne suis pas sûr que le lecteur lambda s’y intéresse vraiment... Du moins, au premier abord. Ce qui est véritablement prenant, c’est cette manière de jouer sur LES temps : déjà les parties ne s’enchaînent pas dans l’ordre [a priori, on a un enchaînement 2 - 1 - 3 puis à nouveau la première], on a aussi des références temporelles complètement contradictoires : la première semble mélanger seconde guerre mondiale et temps modernes tandis que les suivantes nous ramènent en 1967.

Arkady : non, pour moi on est 67-68 tout le temps [enfin si on peut dire], sauf que c’est un temps déstructuré mais c’est toujours le même [tu remarqueras l’emploi constant du présent]. Et cette mise à plat du temps se retrouve aussi dans le choix de la narration [il, puis je, puis tu]. C’est un peu la théorie du "tout qui ne fait plus qu’un" [je suis sûr qu’il y a moyen de faire une thèse là-dessus]

Daylon : mouais... Alors il faudrait m’expliquer les références à Marilyn Manson et aux technologies actuelles [téléphone cellulaire...] Mais ici, j’avoue ne plus être capable de trop situer l’intention de l’auteur. En fait, c’est ptêt sur ce genre de choses que je suis un peu déçu : le roman ne semble pas avoir assumé sa démarche jusqu’au bout... Peut-être manque-t-il une dose surréaliste supplémentaire [Cf. la scène finale de la première partie, avec un héros digne d’un croisement entre Musashi et le Delph de Radix], quelque chose qui nous perde réellement entre fantastique débridé et schizophrénie latente. Au fait, tu parlais de thèse, autant aller directement consulter celle de Mauvais Genres : http://mauvaisgenres.com/big_sleep.htm

Arkady : les références qui te perturbent sont peut-être seulement des clins d’œils ou des délires persos de l’auteur. Et y pas que Manson, y a aussi Nixon et les écoutes qui sont évoquées... en 1968... En fait moi mon problème c’est justement ce côté Lost Highway où au final on t’explique rien. Du coup je me sens baisé car rien ne me prouve que ce qu’on vient de me raconter à un sens. Et c’est pratique, ça évite à l’auteur tout travail de cohérence. Et ça a un côté "gadget" et pas vrai roman assumé. Et arrête de faire de la pub pour d’autres sites, tu veux te faire virer ou quoi ?

Daylon : je suis djeunz, je suis rebelz, je ne crains pas le courroux de Mr Cafard ! Mais pour revenir à ce coté gadget, c’est ça que je trouve bancal : si tu délaisses la narration, autant carrément te pencher sur l’esthétique [ce qui est totalement réussi dans la première partie, inutile dans la deuxième mais un peu bancal dans la dernière]. En fait, je trouve le livre réellement excellent, mais il a trop le concept [pour ne pas dire autre chose] entre deux chaises... pour retrouver la puissance de Dreamericana. C’est étrange, car le propos est ostensiblement plus profond et fouillé. Une véritable recherche sur la perte d’identité.

Arkady : yes c’est vrai que la deuxième partie est assez monotone par rapport à la première. Ca aurait pu faire un super bouquin avec plus de recul [et si COLIN passait moins de temps à jouer à la console avec Gaborit...]. Tu disais DreamMachin c’est bien ?

Daylon : très très bon. Y’a aussi quelques errances pornos, mais "Dreamericana" reste une véritable recherche sur la construction narrative et accessoirement, une excellente histoire steampunk [prix imaginaire 2004, et nominé prix Rosny Aîné de cette année]. Ceci dit, Sayonara reste à lire. Ne serait-ce que pour varier des romans basiques. Ca mérite d’être salué, je pense.

Arkady : ouais. A part la couv quand même... parce que les requins style Tintin et le secret de la licorne...

Daylon : la couv est très bien, je suis désolé :) Je n’y peux rien si tu n’as aucun goût et que tu n’es fan que des productions Bragelonne !

Arkady : sale bat...

Daylon : de rien

Arkady : je dénie tout attachement avec toute couv de Bragelonne ! Putain quel coup bas !

Daylon : je savais que tu apprécierais :D

Arkady : bon finalement pas mal la couv de Sayonara, très sobre j’aime bien

Daylon : :]

Arkady : au fait t’as pensé quoi des tirets longs ?

Daylon : je me suis dis que la prime devait être au mot donc avec quelques cadrins supplémentaires...

Arkady : tss... Je trouve ça pas mal vu, ça aide à la respiration, ça renforce les pauses dans les ressentiments du héros... Mais dis-moi, en parlant de prime, t’as enregistré notre conversation ?

Daylon : c enregistré en auto.

Arkady : génial ! J’ai une idée d’un coup !

Daylon : aïe

Arkady : si je refilais ça à Mr Cafard pour la critique !

Daylon : un log tout pourri dans les critiques ? Tu veux passer pour un fanzine, ou quoi ? Un délire pseudo-littéraire de caniveau pour s’aligner avec les trips déconstruits de COLIN ?!

Arkady : bah t’as vu les critiques de PAT ?

Daylon : oué, remarque vu comme ça, un log icq, ce sera pas pire qu’une tribune politique

Arkady : et personne l’a jamais fait le log icq. On est des pionniers !

Daylon : bordel... y’a vraiment des branqs’, sur terre, j’hallucine.

Arkady : ouais :-) Et faut arriver à caser mon extrait préféré : « Ses jambes sont nues, son sexe en érection se balance entre ses cuisses » [ça va plaire à Max !]


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Daylon : bon c’est pas tout ça mais il est bientôt minuit, chuis claqué. Arkady : un dernier mot sur le COLIN ? Daylon : oui, la couv est jolie et COLIN c’est bon, mangez-en. Arkady : c’est nase Daylon : oué je sais, c’est ma spécialité Arkady : le COLIN c’était meilleur à la cantine

Daylon : ahah bordel, et t’arrive à avoir moins d’humour que moi

Arkady : ça y est j’ai le vrai mot de la fin. Page 40 : Nous enculons l’Amérique !


Fin de la communication ---------