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Publié le 01/02/2009

Science-fiction. Les Frontières de la modernité de Raphaël Colson et André-François Ruaud

ED. MNÉMOS, NOV. 2008

Par Nébal

Le duo composé de Raphaël Colson et d’André-François Ruaud, à la tête des Moutons électriques, avait déjà commis il y a quelque temps de cela un bref ouvrage du nom de Science-fiction. Une littérature du réel aux Editions Klincksieck.
Trop bref, sans doute : les compères ont donc remis le couvert pour une nouvelle étude plus approfondie, qui vient de paraître chez Mnémos [et c’est le premier essai publié chez l’éditeur, sauf erreur]. Un ouvrage plutôt alléchant a priori. Mais tient-il ses promesses ?


Quelques mots, tout d’abord, sur l’apparence de la bête. La mise en page a été réalisée par Les Moutons électriques, et ça saute aux yeux : iconographie abondante et régulièrement du plus bel effet [mais pas toujours légendée, hélas], qui aère agréablement une lecture autrement fort dense, en petits caractères sur deux colonnes qui piquent un peu les yeux. Dans le détail, hélas, on retrouve un autre défaut récurrent : une abondance de coquilles, qui pour le coup tient presque du foutage de gueule.
Franchement pénible.

On continue le survol avec le plan : un bref préambule, puis quatre parties chronologiques ; « le temps des précurseurs » [XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ; une initiative bienvenue, qui ne manque pas de faire penser à la fameuse Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction de Pierre Versins], puis, dans une logique étonnamment positiviste et passablement critiquable, « l’imaginaire européen » [XIXe siècle], « l’imaginaire américain » [XXe siècle], et enfin « l’imaginaire japonais ? » [XXIe siècle ; le point d’interrogation est salutaire...]. Suivent un index et une bibliographie tristement sommaire, ce qui n’est généralement pas très bon signe.

Zoom : chaque partie est à son tour - heureusement - divisée en sous-parties chronologiques, évoquant tant le contexte de la production science-fictive que la production en elle-même, envisagée selon des aires géographiques. Et une première intuition se vérifie bien vite : ce plan, globalement comme dans le détail, est complètement foireux. Le découpage a nécessairement quelque chose d’arbitraire, mais, pour le coup, les deux auteurs ont un peu forcé la dose ; cela ne serait pas forcément ennuyeux s’ils parvenaient eux-mêmes à se tenir à leur plan. Hélas, loin de là, ils ne tardent pas à multiplier les sauts chronologiques et spatiaux, en avant ou en arrière, à l’est et [complètement] à l’ouest, qui ne font qu’accentuer la confusion de l’ensemble...

Attaquons maintenant l’introduction, au titre quelque peu prétentieux : « De la nécessité de repenser l’idée de science-fiction ». Pourquoi pas... Sauf que ce n’est pas vraiment ce que font les auteurs. On cherchera en vain leur définition de la science-fiction [exercice périlleux, certes, mais que l’on est en droit d’attendre dans ce genre de travail]. Dans le flou qui émane déjà de ces premières pages, on ne relèvera véritablement que deux points saillants :
1°) la science-fiction doit être pensée comme une culture globale : l’essai parlera donc de littérature, mais aussi de cinéma, de bandes-dessinées, etc. Une idée moins originale que ce que prétendent les auteurs, mais plutôt bien vue ; dommage, cela dit, que l’étude ne se montre finalement guère transversale, mais tende à envisager chaque dimension séparément...
2°) La science-fiction est indissociable de la modernité ; ce n’est là encore guère original, mais, hélas, l’essai ne se montre guère convaincant sous cet angle... car confus, une fois de plus, mélangeant un peu tout et n’importe quoi sans jamais donner de définition véritablement satisfaisante [on en retiendra tout de même le lien avec le libéralisme ; mais voir plus bas...].

Finalement, ce qui frappe surtout dans ce préambule, c’est son incipit emprunté à Jean-Claude Michéa : « la mise en évidence d’une logique philosophique suppose toujours, par définition, un travail de reconstruction conceptuelle et, par conséquent, des simplifications, des choix et des interprétations qui sont tout sauf idéologiquement neutres. » Oui, certes, un bon point pour la franchise. Hélas, à la lecture de l’essai [pas très clair sur cette « logique philosophique »...], cette note d’intention sonne surtout comme une excuse justifiant un invraisemblable bordel généralisé et une multitude de jugements à l’emporte-pièce, qui plus est non exempts de pédantisme à l’occasion...

On passera rapidement sur les nombreux et bien vite abominablement pénibles chapitres de contextualisation [historique, idéologique, sociale...] : l’idée, en tant que telle, est indéniablement bonne, mais hélas desservie par une abondance de simplifications éhontées type brèves de comptoir [disons café-philo] et de caricatures à s’arracher les cheveux, empruntées à quelques sources très limitées, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. C’est parfois d’un aveuglement consternant, a fortiori quand l’essai adopte des allures quasi pamphlétaires, totalement déplacées, et plus risibles qu’autre chose... Dans d’autres occasions, c’est simplement naïf : on « apprend » ainsi que le libéralisme, faut pas croire, hein, en fait, ben c’est à la base une idéologie « révolutionnaire » : sans blague ?

C’est heureusement un peu mieux quand les auteurs nous parlent de science-fiction [c’est le sujet, après tout]... mais à peine, d’autant que l’on tombe de nouveau régulièrement sur quelques erreurs grossières. C’est parfois intéressant, cela dit [Raphaël Colson, par exemple, sait nous allécher pour son prochain essai co-écrit avec Julien Bétan et consacré aux zombies... même si ces développements ne sont pas forcément à leur place ici ; ils ne sont pas les seuls...]. Parfois seulement, hélas : le reste du temps, on retrouve dans le détail les confusions, maladresses et approximations du plan. Cet essai, du coup, se révèle passablement laborieux, et sonne surtout très « amateur », témoignant d’une érudition incontestable, mais dilettante [pour ne pas dire foutraque] et hyper-subjective. C’est ainsi que des auteurs essentiels, des œuvres fondamentales, sont expédiés quand ils ne sont pas tout simplement passés sous silence, tandis que l’on s’étend pendant des pages et des pages sur des auteurs et œuvres nettement moins marquants dans l’histoire du genre, mais qui pour certains d’entre eux ont le bon goût de figurer au catalogue des Moutons électriques. Pour le lecteur, c’est l’occasion de faire des découvertes, certes, mais, pour la validité de l’histoire du genre à laquelle se livrent les deux auteurs, ça n’en est pas moins gênant... Euphémisme...

Un dernier mot, enfin, sur la dimension « japonaise » de l’essai. Si l’on passe sur certains jugements douteux, c’est là sans doute la partie la plus originale du livre. À tel point, en fait, qu’elle aurait peut-être mérité un ouvrage à part entière. Peut-être seulement ; car, là aussi, Science-fiction. Les Frontières de la modernité se montre décevant, en ne traitant en gros que de ce que l’on connaît déjà de la culture science-fictive nippone en Occident : mangas et animes surtout, plus un peu de cinéma [kaiju eiga essentiellement], quasiment pas de littérature. C’est regrettable : là encore, les promesses d’originalité ne sont pas tenues, tandis que le déséquilibre avec les autres parties et l’ineptie du plan n’en ressortent que davantage...


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Non, les promesses ne sont pas tenues. Raté, essayez encore. En attendant, on peut regarder les images...