EN BREF

 
SYNDICATION


Suivez le Cafard cosmique sur Twitter

Devenez Fan du Cafard cosmique et suivez toute l’actualité du site sur Facebook

Flux RSS 2.0 : pour afficher toutes les nouveautés du site par syndication.

netvibes : cliquer ici pour ajouter le flux RSS à votre page netvibes.


 

A VOIR AUSSI

A VOIR AUSSI

 
 

Avec "Léviathan", Scott Westerfeld se fait une place au soleil de la littérature jeunesse. Nous l’avons rencontré lors du festival des Utopiales 2010.


En France, on vous connaît depuis la parution de L’I.A. et son double. Qu’est-ce qui vous a pris de mêler intelligence artificielle et sexualité ? Vos n’avez pas eu peur de choquer votre lectorat ?

Dans mon roman, les IA accèdent à la conscience et comprennent ce qu’elles sont, qui elles sont. Je me suis dit que ce genre d’évolution était une question d’expérience, et non de simple programmation. Pour moi, les humains ne se font pas tout seuls. Dans la pratique, on se construit avec les autres, on interagit. Nos amis, nos amants contribuent à ce que nous sommes. Si une IA veut grandir et devenir une véritable personne, elle doit intervenir dans la société, agir avec les autres. Et la sexualité fait partie de tout ça. Voilà, c’est tout bête. Il m’a paru intéressant d’écrire une histoire où une IA accède à la conscience et fait l’expérience de la sexualité.

Vous ne répondez pas à la deuxième question.

Oui, je m’en rends compte. Certains lecteurs ont dû être choqués, sans doute. Un éditeur m’a dit qu’il avait vomi son bägel au petit déjeuner pendant qu’il lisait le livre. Alors oui, cet aspect a dû en gêner plus d’un. Mais j’étais jeune, à l’époque, je m’en fichais. Quant aux lecteurs... Pour être honnête, ce livre ne s’est pas beaucoup vendu aux États-Unis. J’attends toujours les tonnes de lettres d’insultes des lecteurs mécontents. Aujourd’hui, c’est un peu différent. Maintenant que je suis plus célèbre comme auteur jeunesse, il m’arrive parfois de voir un lecteur de onze ans avec ce bouquin sous le bras. Et si je lui demande “tu lis ça ?”, il me répond “non non, pas encore, je le lirai plus tard”. C’est typique des jeunes, ça, ils collectionnent tout. Mais ça m’inquiète parfois de me dire qu’un gamin de onze ans, quelque part, lit ce livre.

Après le diptyque The Risen Empire / Killing of the Worlds, vous vous êtes mis au Space Opera. Pourquoi ? Pourquoi un format si carré ?

J’avais envie de m’y coller. J’ai énormément lu de Space Opera, et j’avais dans l’idée de corriger ce qui ne me plaisait pas dans tous ces bouquins. Je voulais écrire quelque chose de plus crédible. C’était une tentative de correction du genre, en quelque sorte. Disons que j’ai surtout voulu écrire ce que j’aurais aimé lire moi-même quand j’avais 14 ans. Virer tout ce qui me déplaisait et insister sur ce que j’aimais. Et concevoir un conflit galactique plausible.

Space Opera, Cyberpunk, Steampunk, dystopie, les étiquettes vous parlent ?

Je fais partie des écrivains qui aiment les étiquettes, surtout parce que tout le monde s’engueule sur ce sujet. Même chose pour la fameuse liste-des-dix-meilleurs-livres-de-SF-de-tous-les-temps. On a tous un avis. On s’engueule et on discute. Personne n’a raison, mais tout le monde a un truc intéressant à dire. Et pour revenir à votre question, ça surprend les gens quand je dis que j’aime les étiquettes, mais je lis des livres qui appartiennent à des genres bien précis. J’écris simplement ce que j’aime lire, et je réagis à ce que je lis.

Justement, vous lisez quoi ?

J’écris désormais pour la jeunesse et comme je suis en contact permanent avec cet univers, j’ai tendance à lire principalement de la littérature jeunesse. En parallèle, j’essaie de concevoir une théorie de l’adolescent. Surtout parce que les adolescents sont une invention relativement récente. Il y a encore cent ans, on passait directement de l’enfance à l’usine, à l’armée, au mariage. Cette nouvelle catégorie de vie entre l’enfance et l’âge adulte m’intéresse beaucoup. Les adolescents, c’est vraiment de la SF. Ils créent une nouvelle façon d’exister.

L’adolescence, la prochaine frontière ?

Oui, je pense, et cette période s’allonge... jusqu’à 25 ans, 35 même. Quand j’étais jeune, la section “jeunesse” de la bibliothèque ne proposait que de la SF. Les américains ont une blague, sur le sujet : C’est quoi, l’âge d’or de la SF ? Quatorze ans. Les ados sont des lecteurs de SF nés. Ils ne font pas encore partie du monde. Ils ne l’ont pas encore complètement accepté. L’idée d’un monde différent les séduit beaucoup. Des règles différentes, des réalités différentes... Ils passent du temps dans leur tête, ils inventent leur langage — on ne fait pas autre chose, en SF. Donc, oui, c’est le public idéal de la SF, à mon sens.

En France, la SF traverse une crise d’identité. Qu’est-ce que vous pensez de l’évolution de la SF, de votre côté ?

Aux États-Unis, la SF a vieilli, elle est tombée malade, les festivals sont devenus de plus en plus petits, on avait la sensation qu’elle mourrait lentement. Mais l’explosion de la littérature jeunesse a changé la donne. Les jeunes sont désormais les nouveaux fans. Ça amène du sang neuf. Du coup, l’espoir renaît.

Les jeunes vont sauver le genre ?

Il s’est passé la même chose avec la bande-dessinée. Les histoires ont vieilli avec leurs lecteurs, les X-Men ont dominé le marché pendant des décennies et les éditeurs se concentraient là-dessus. Et puis soudain, on s’est rendu compte que les jeunes ne rentraient pas dedans. Ils ne les lisaient plus. Le système s’est écroulé. Il a fallu faire autre chose. Une nouvelle génération d’éditeurs est arrivée et c’est reparti. Mais à mon tour de poser des questions. C’est quoi, cette crise française, dont vous parlez ?

La SF se vend mal. Ce n’est pas de la littérature. Il y a une vraie différence culturelle entre les marchés anglo-saxons et français. Les auteurs font de la blanche qui n’en est pas vraiment sans savoir où se positionner. Les auteurs de blanche font de la SF sans l’assumer etc.

L’Angleterre assume le genre dans sa littérature, c’est certain, mais les USA ressemblent à la France, de ce point de vue-là.

Le genre fait partie des classiques, en Angleterre. Si on demande à un lecteur anglais quels sont les meilleurs livres au monde, on trouvera Orwell, Tolkien, peake. En France, on sépare.

Mais c’est le pays de Jules Verne, pourtant !

Une exception. L’académie le tolère. Plus pour sa valeur historique que ses qualités littéraires. Pour les anglais, c’est différent. Shaekespeare se sert du fantastique, Shakespeare, c’est de la fantasy... Et aux États-Unis ? La littérature jeunesse est une sous-littérature ?

Oui, un peu. Il y a encore cinq ans, la plupart des gens estimaient que les auteurs jeunesse faisaient ça pour l’argent. Un simple boulot alimentaire, pas de la véritable littérature. Mais ça a changé récemment. Les adultes s’y sont mis. Harry Potter a fait un tel carton. Cette série a sauvé tellement de librairies et d’éditeurs, on prend la littérature jeunesse au sérieux, maintenant.

En France, Harry Potter a fait beaucoup de bien à Gallimard.

Cool. Ma femme est publié chez Gallimard, tant mieux.

Parlons d’avenir. Vous jouez avec l’idée d’écrire à nouveau pour les adultes ?

On me pose très souvent cette question et je ne veux pas répondre non, mais...

Vous écrivez ce que vous voulez, en fait.

Oui, c’est ça... Le fait d’avoir fait un livre illustré me donne des envies de romans graphiques, maintenant. C’est une nouvelle direction. Et puis avec le roman graphique, on fait moins de différence entre littérature jeunesse et adulte.

Votre façon d’écrire est très visuelle, ça collerait bien.

Oui, je lis beaucoup de romans graphiques et de bandes-dessinées, comme Ex-machina. Des mangas, aussi, comme Monster,

Quant à Léviathan, c’est une nouvelle trilogie Steampunk ?

C’est une uchronie sur la Première Guerre Mondiale. Darwin découvre l’ADN au milieu du 19ème siècle et ils crée des créatures entièrement nouvelles. L’empire victorien se construit littéralement sur le dos de ces animaux-machines. Les Allemands et les Austro-hongrois prennent une autre direction, basée sur la mécanique. La guerre de quatorze est un choc entre deux mondes, entre deux conceptions, entre les machines vivantes et les machines mécaniques. Le conflit se déroule à travers les yeux de deux personnages. Le fils de l’archiduc Ferdinand — qui se sent responsable de la guerre, en tant que prince autrichien — et une jeune fille écossaise — qui se fait passer pour un garçon pour servir dans la Royal Air Navy. Elle embarque sur une machine volante vivante. Et comme ce livre se passe en 1914, je voulais qu’il ressemble aux livres parus à cette époque, d’où les cinquante illustrations aux résonances edwardiennes. J’ai adoré travailler avec Keith Thompson, l’illustrateur. Il a changé la façon dont j’écrivais l’histoire, la façon dont je la construisais.

La carte de l’Europe en début d’ouvrage a un petit côté Arcimboldo.

Oui. Je voulais une carte de l’Europe pour montrer aux lecteurs américains à quoi ça ressemblait. Et Keith a eu l’idée de la carte allégorique. En 1914, il y avait beaucoup d’illettrés, les cartes devaient rendre une vision du monde. Ici, la Russie est un ours qui dévore l’Autriche-Hongrie. Cette dernière est un chevalier qui transperce la Serbie. L’Allemagne est un canon pointé sur la Russie et la France est une sorte d’éléphant qui attaque l’Allemagne. On voit vraiment que le monde est en guerre. Pour Béhémoth, le deuxième tome, on a fait la même chose : une affiche de propagande. Allemande, en l’occurrence, destinée à inonder les rues d’Istanbul pour convaincre les habitants que les allemands sont leurs amis et que les darwinistes sont des monstres.

Béhémoth arrive en septembre 2011. Goliath en 2012 ?

On a prévu un quatrième tome. On fait toujours des trilogies en quatre tomes, en SF, non ? Ce n’est pas un roman, en fait, mais un beau livre. Grand format, couleur, avec plein de détails sur le monde. Des plans, des paysages, des costumes, etc.


A LIRE : La critique de Leviathan sur le Cafard cosmique


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de Scott Westerfeld [et d'autres critiques]

PAT