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Retour sur l’horizon, pavé anthologique de nouvelles signées par quinze auteurs français parmi les plus en vue, s’annonce d’ores et déjà comme l’événement francophone de cette fin d’année. Serge Lehman, qui en a choisi le sommaire, nous en raconte la gestation.


Le Cafard cosmique : Pourquoi un Retour sur l’horizon ? C’était nécessaire ?

Serge Lehman : L’idée est née fin 2007, pendant un dîner avec Pierre Bordage et Laurent Genefort. Ce sont eux qui m’ont fait remarquer que le dixième anniversaire d’Escales sur l’horizon [1] approchait et que ce serait bien de refaire une anthologie. Alain Damasio m’avait suggéré la même chose un peu avant. J’en ai parlé à Gilles Dumay qui commençait à chercher une idée pour les dix ans de « Lunes d’encre » et c’est parti comme ça : parce qu’il y avait un créneau et que ça faisait plaisir à tout le monde.

Du coup, quelle ambition pour cette anthologie ?

« Juste publier un grand livre de science-fiction », comme il était dit dans l’appel à textes.

Et puis c’est pratique, parce qu’à l’arrivée, ça peut donner non pas UN grand livre de SF, mais DES grands livres. Des grands textes, en quelque sorte, non ? Et des auteurs appelés à continuer.

Je crois effectivement qu’il y a quelques grands textes au sommaire.

Il y a une assez forte différence d’âge entre un Curval, par exemple, et un Daylon. L’anthologie ne présente donc pas qu’une « nouvelle avant-garde ». Ne craignez-vous pas de n’offrir aux lecteurs qu’une anthologie parmi d’autres ? 

L’appel à textes était ouvert et n’imposait pas de thème ni de ligne éditoriale. Mais le livre a quand même trouvé son style. Disons que c’est le livre d’un moment plus que d’un groupe. Et il est servi par une circonstance éditoriale qui le distingue aussi.

Justement, le côté « appel à texte » laissait plutôt entendre « appel aux petits nouveaux ». Or, si on regarde le sommaire, on trouve un inconnu et deux ou trois débutants déjà assez confirmés. Les autres sont bien connus. Sans juger de la qualité des textes, c’est sans doute assez frustrant.

Je n’y pense pas comme ça. L’appel précisait que tout le monde était le bienvenu, les débutants comme les « grands anciens ». J’ai reçu deux cent quarante textes, j’ai pris les quinze que je préférais. C’était joyeux, pas frustrant.

Mais le lecteur ?

On parle d’une anthologie originale. D’une collection d’histoires. On peut aimer, partiellement aimer, ne pas aimer. Mais se sentir frustré de quoi ?

Se sentir frustré de ne pas avoir beaucoup de « nouveaux » à se mettre sous la dent, mais ce n’est sans doute pas le propos.

Non.

D’ailleurs, comment avez-vous procédé pour choisir les heureux élus ? Sur deux cent quarante textes, la sélection était rude...

Ça s’est fait naturellement. J’ai tout lu en mettant de côté ce qui m’intéressait et je me suis retrouvé avec une trentaine de nouvelles. À ce moment-là, le problème a cessé d’être « quels textes ? » pour devenir « quel livre ? ». J’ai fait des piles, des petits tas, des tables des matières hypothétiques jusqu’à ce qu’une impression dominante se dégage. L’idéal aurait été de pouvoir faire deux volumes.

Si l’anthologie marche bien, on est en droit d’espérer des suites ?

Je l’ignore.

Revenons au travail d’anthologiste. Comment présenteriez-vous le recueil ?

Quinze histoires pour utiliser intelligemment son temps de cerveau humain disponible.

Et comment le vendriez-vous ?

Quinze machines de troisième espèce pour infiltrer les circuits du métacortex planétaire et déclencher par feed-back une reprogrammation cognitive capable de muter n’importe quel sous-homme en guérillero rétroviral.

D’accord, ne vous énervez pas. Et votre préface, vous racontez quoi, dans votre préface ?

Je transpose à notre époque l’intuition de John Donne citée en ouverture : « La philosophie nouvelle rend tout incertain / L’élément du feu est tout à fait éteint / Le soleil est perdu et la Terre ; et personne aujourd’hui / Ne peut plus nous dire où chercher celle-ci. / Les hommes confessent franchement que ce monde est fini. » C’est une vision d’apocalypse écrite en pleine Renaissance. Avec un brin d’optimisme, on peut se dire qu’on vit la même chose.

Ah tiens, oui. Gilles Dumay nous confiait d’ailleurs que la majorité des textes était plutôt politique. Vous confirmez ?

Cinq textes à visée clairement politique, plus les épopées de Curval et de Noirez, ça ne fait pas une majorité. Mais je comprends ce que Gilles a voulu dire.

Qu’est-ce que vous diriez à celles et ceux dont les textes n’ont pas été retenus ?

Que je me souviens de ce qu’on éprouve dans ces cas-là et que je les remercie. Mais ils le savent, j’ai répondu à tout le monde.

Et à celles et ceux dont les textes ont été retenus ?

Chapeau.

Vous les avez beaucoup fait retravailler ?

Ça dépend. En ouvrant les enveloppes, j’ai trouvé certains textes parfaits d’emblée. D’autres demandaient des interventions ici et là, des coupes ou des développements, des corrections locales. Et puis il y a eu un petit dernier tiers où j’étais emballé par le concept, mais en désaccord avec le système de narration. J’ai proposé aux auteurs une réécriture d’ensemble en leur expliquant pourquoi et en les laissant libres de résoudre le problème autrement s’ils avaient une meilleure idée. Avec ceux-là, les allers et retours ont été très riches. Mais ça s’est bien passé, tout le monde a été patient. Un autre anthologiste aurait sans doute fait différemment.

Et le rôle de Gilles Dumay, dans tout ça ?

Retravailler ensemble après dix ans, c’était vraiment bien. On est amis. Il m’a dit : « fais ce que tu veux, je te soutiens », et c’est ce qui s’est passé.

Comment Lehman l’auteur cohabite-t-il avec Lehman l’anthologiste ?

J’ai trouvé ça intéressant. Sur quelques nouvelles, je me suis colleté au texte avec l’auteur et j’ai retrouvé des sensations que je n’avais pas eues depuis longtemps. J’ai perçu plus nettement ce que j’aimais ou pas. J’ai appris des choses. Ça aura sans doute une incidence sur ce que j’écrirai après (s’il y a un après).

Vous avez un texte phare à nous proposer ? Non pas « le meilleur texte », mais celui qui incarne l’idée de ce que vous vouliez faire au départ ?

Mais je n’avais pas d’idée de départ ! Je ne savais pas ce que les auteurs allaient m’envoyer. Le ton du livre a émergé pendant la sélection finale, quand je me suis retrouvé avec cette pile de trente manuscrits que je devais encore diviser par deux. Quelques textes m’ont servi de point d’appui à ce moment-là et parmi eux, il y avait « Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais », de Léo Henry.

Et au final, vous avez le sentiment d’avoir photographié la SF française en octobre 2009 ? 

J’ai le sentiment qu’une partie de la SF française a photographié 2009 et le résultat, c’est ce livre.


> A LIRE : La critique de l’anthologie Retour sur l’horizon


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de Lehman (Serge) [et d'autres critiques]

PAT


NOTES

[1] Escales sur l’horizon est une anthologie de SF d’auteurs français, dirigée par Serge Lehman, parue en 1998 aux Éditions Fleuve Noir, qui a marqué son époque par la qualité des textes réunis.