Publié le 07/03/2010

Singularité, de Stephen Baxter

[Timelike Infinity, 1992]

ÉD. LE BÉLIAL’, JANV. 2010

Par W(illiam Guyard)

An 5274 de notre ère, l’humanité fait ses débuts dans la société galactique.
Extra-terrestres, voyages dans le temps, batailles spatiales, Stephen Baxter use de tous les poncifs de la SF et livre avec Singularité un space opera astucieux, amorce d’une des œuvres les plus ambitieuses du genre.


Après une période d’expansion, et une première occupation extraterrestre dont elle s’est affranchie, l’humanité est retombée deux siècles auparavant sous le joug d’une race plus avancée, les Qax. Jasoft Parz, ambassadeur humain, consacre sa vie à adoucir cette servitude. Le gouverneur Qax le convoque alors qu’un étrange artefact s’approche de la Terre. Il s’agit de l’une des extrémités d’un trou de ver, bâti 1500 ans plus tôt par les humains. Suite au voyage à des vitesses relativistes de cette moitié du dispositif, il devrait permettre des voyages temporels.
En 3717, Michael Pool, l’ingénieur à l’origine du trou de ver, vit reclus aux confins du système solaire avec pour seule compagnie une copie numérique de son père. Mais suite à l’émergence d’un vaisseau arrivant du futur par le trou de ver, son isolement va prendre fin. Ces voyageurs permettront-ils de défaire les Qax ?

Singularité n’entre pas dans la catégorie des grands romans, même s’il apparaît bien plus maîtrisé et dynamique que Gravité, précédant volume du cycle des Xeelee, à l’intrigue terne et aux enjeux fades. Dense et court, Singularité s’avère assez efficace, ne sombrant pas dans les longueurs et l’effet « catalogue d’idées » de livres plus récents de l’auteur, ainsi Espace ou Origine.
Dans ce deuxième roman, Baxter témoigne en revanche déjà de son incapacité à construire des personnages à la psychologie crédible. Il se contente au mieux de leur attribuer un ou deux traits de caractères, l’essentiel de leur personnalité se fondant sur leurs buts. Le lecteur voit ainsi défiler une galerie de ce qu’il faut bien qualifier de psychopathes. Au premier rang desquels Michael Pool, ingénieur-physicien amoureux de l’espace, solitaire mais entièrement dévoué à sa vision de l’humanité. Cette description rappelle celle du Reid Malenfant de la trilogie des univers multiples [1], mais aussi celle de Stephen Baxter lui-même. L’auteur semble utiliser ses romans comme exutoires, semblable à un enfant se rêvant super-héro.

Le cycle des Xeelee regroupe quatre romans et de nombreuses nouvelles [2], et appartient au même univers que le cycle des Enfants de la destinée [3]. À ce propos, si l’on considère Gravité comme le premier volume des Xeelee, sa lecture n’apporte rien à la compréhension de l’univers et risque plutôt de rebuter le lecteur.
Avec ce « méta-cycle », l’auteur construit une œuvre unique. Non pas une histoire du futur telles celles d’Asimov ou Heinlein, mais carrément une histoire de l’univers. Du Big Bang et l’apparition des premières formes de vie, à « l’infini temporel », Baxter s’emploie dans ses textes à raconter une véritable histoire universelle du point de vue de l’humanité. Une chronologie fournie en annexe présente ce projet, des plus enthousiasmants pour l’amateur de science-fiction, même s’il elle le déflore peut-être trop.


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Roman clé dans l’œuvre de Baxter, Singularité ouvre un des cycles les plus importants du genre. Malgré quelques défauts propre à un roman de jeunesse, le lecteur est tenu en haleine le long des quelques deux cent pages.
Chaudement recommandé à tout amateur de vraie SF.



NOTES

[1] Temps, Espace et Origine.

[2] Cycle dont les éditions du Bélial’ devraient publier la totalité, le troisième volume est d’ailleurs annoncé pour Novembre prochain.

[3] Cycle composé de trois romans (Coalescence, Exultant et Transcendance, tous disponibles aux éditions Pocket), ainsi que de nombreuses nouvelles.